Chronique : Les réassureurs mondiaux face au changement climatique

Des inondations (image d'illustration)

Au cours des deux dernières décennies, les réassureurs ont dû faire face à des catastrophes naturelles majeures et de plus en plus nombreuses.

Un consensus scientifique de plus en plus convergent attribue cette hausse de la gravité et de la fréquence de ces évènements au réchauffement climatique.

L’année 2021 vient confirmer cette tendance car, à ce jour, l’industrie a enregistré le deuxième plus grand nombre d’évènements catastrophiques assurés jamais enregistrés. Selon Swiss Re, les risques dits secondaires (tels que les tempêtes hivernales, les incendies de forêt, les vagues de chaleur intenses et les graves inondations) ont contribué pour un montant record rapporté au total des pertes assurées.

Toutefois, le secteur de l’assurance considère majoritairement que les effets du changement climatique ne se feront pas sentir avant un certain temps et qu’à l’heure actuelle, la possibilité de retarifier annuellement la plupart des polices d’assurance leur permet de réduire ce risque de dérive des sinistres assurés. Cependant, il existe un consensus scientifique clair selon lequel le changement climatique influence déjà la fréquence et l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes – et donc (lorsqu’ils ne sont pas convenablement atténués), les pertes assurées. Ceci implique que si le secteur ne prend pas suffisamment en compte l’impact du changement climatique dans la modélisation et la tarification des catastrophes aujourd’hui, cela pourrait entraîner une volatilité importante inattendue des bénéfices et du capital, entraînant des corrections de tarification subites. Ceci aurait notamment des implications sur le coût de la réassurance souscrite auprès des réassureurs et donc leur rentabilité.

Les résultats d’un test, développé par S&P Global Ratings, visant à établir la résilience de l’industrie de l’assurance et destiné à nous éclairer sur son exposition potentielle au risque climatique , indiquent que les estimations des réassureurs quant à leur exposition au risque de catastrophe naturelle – et donc au risque climatique – pourraient être sous-estimées à hauteur de 33 % à 50 %. Ceci représente 91 % de la marge du secteur au-dessus de l’exigence de capital au niveau « AA ». Bien qu’il ne s’agisse pas de notre scénario central, ce scénario illustre le potentiel important de volatilité des bénéfices et du capital.

Alors que les réassureurs ont accru leurs efforts pour intégrer le changement climatique dans leur processus décisionnel, de nombreuses entreprises rencontrent des difficultés à mettre en œuvre ces considérations de manière fiable et précise. Les difficultés inhérentes à l’attribution d’événements extrêmes au changement climatique ainsi que les risques non modélisés contribuent au risque que le changement climatique ne soit pas pleinement reflété dans la modélisation des catastrophes des réassureurs, en particulier à court terme.

Selon une enquête menée par S&P Global Ratings, soixante et onze pour cent des réassureurs ayant répondu prennent en compte le changement climatique dans leurs hypothèses de tarification, mais seulement 35 % incluent une composante spécifique du prix allouée au changement climatique. Cela varie de 0 % à 10 % du taux facturé en moyenne et ne semble pas être un déterminant significatif des prix du marché.

Néanmoins, nous restons convaincu que les entreprises qui adoptent une approche plus proactive pour comprendre et adapter leur exposition au risque climatique seront mieux protégées contre la volatilité future des capitaux et des revenus liée aux pertes liées au climat.

Olivier Karusisi
Directeur délégué

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