Chronique : Une perspective ESG sur le secteur de l’assurance

Les facteurs ESG concernent les pratiques environnementales, sociales et de gouvernance des assureurs. L’incorporation de ces facteurs dans la gestion d’une entreprise peut participer à la réduction de certains risques.

L’assurance étant une activité de services, l’exposition directe des acteurs aux risques environnementaux est assez limitée. De fait, les assureurs ont généralement une faible empreinte carbone, une utilisation limitée de l’eau et ne sont pas d’importants émetteurs de gaz à effet de serre. Cependant, le risque physique peut être une considération négative pour les ré/assureurs non-vie en raison des catastrophes naturelles. En effet, l’exposition du secteur découle en grande partie des risques indirects provenant à la fois de leurs activités de souscription et d’investissement. Les risques physiques associés à l’environnement, tels que les incendies de forêt, les inondations, les ouragans, l’élévation du niveau de la mer et l’augmentation des températures, peuvent entraîner une accentuation des sinistres pour les assureurs non-vie.

Ainsi, entre 2017 et 2020, les pertes assurées liées aux conditions météorologiques ont atteint plus de 350 milliards de dollars dans le monde. Pour autant, S&P Global Ratings n’a pas observé au cours de cette même période de risques catastrophiques ayant eu un effet négatif significatif sur la rentabilité du secteur non-vie pris dans son ensemble dans la zone Europe. En effet, l’exposition se trouve diluée puisque la plupart des assureurs sont diversifiés, souscrivant des risques vie et non-vie, et opèrent dans différentes zones géographiques.

Contrairement aux facteurs environnementaux, l’exposition des assureurs aux facteurs sociaux est plus équilibrée entre leurs opérations directes et celles liées à leur chaîne de valeur : d’un côté via les investissements et la souscription et de l’autre, via les partenaires de distribution. Bien que le principe de l’assurance soit de fournir aux détenteurs de polices une stabilité financière et une résilience économique en cas de sinistres, S&P Global Ratings estime que ces caractéristiques, en elles-mêmes, ne sont pas une raison suffisante pour considérer que la solidité financière du secteur est influencée positivement par ces facteurs sociaux. Cela dit, les activités des assureurs considérées comme socialement bénéfiques dans le cadre de la notation sont celles qui génèrent des externalités positives au-delà de la propre clientèle de l’assureur.

L’analyse de la qualité de la gouvernance effectuée par S&P Global Ratings, est à la fois appréhendée au niveau de l’entité mais aussi pour une industrie donnée, par le biais de l’évaluation de la composante « risque pays ». Les assureurs, comme les banques, sont soumis à une réglementation et à une surveillance beaucoup plus stricte que la plupart des autres secteurs économiques, ce qui signifie que la qualité de leur gouvernance tend à être globalement plus solide. La plupart du temps, les assureurs présentant des faiblesses en la matière sont domiciliés dans des marchés émergents.

De ce fait, l’influence négative découle en grande partie du fait que les faiblesses des normes de gouvernance observées au niveau régional se répercutent plus fréquemment sur les assureurs de certains marchés. Comme le secteur est réglementé, on s’attend à ce qu’un assureur maintienne des normes de gouvernance relativement élevées en rapport avec son profil de risque et ceci afin de conserver son agrément. D’autres facteurs, tels que la structure de gouvernance, la communication externe et la transparence, n’ont généralement donc pas d’influence négative sur la notation de la plupart des assureurs.

Finalement, ce sont les facteurs environnementaux qui constituent les risques les plus conséquents pour le secteur de l’assurance. Il est important de retenir que ces risques ne découlent pas d’activités en elles même préjudiciables à l’environnement, mais plutôt de l’exposition des assureurs aux risques physiques qui influence à la fois le potentiel de rentabilité mais aussi, en fin de compte, la volatilité de leur situation financière.

Par Alphée Roumens, Credit Rating Analyst
S&P Global Ratings

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