Réassurance : les renouvellements confirment le durcissement de la tarification

Pluie d'éclairs

CHRONIQUE – Les renouvellements de janvier 2020 ont été globalement satisfaisants du point de vue des réassureurs au niveau mondial, avec une augmentation moyenne des prix comprise entre 1% et 5%.

Bien que l’offre de capacité de réassurance soit suffisante, elle n’est pour autant ni bon marché, ni abondante en ce qui concerne certains risques. Nous continuons d’observer un durcissement du marché de la réassurance, avec une dynamique de tarification qui varie par régions, type de risques et en fonction de la performance des cédantes. Cette tendance favorable aux réassureurs résulte d’une vision du risque qui évolue et d’un appétit aux risques qui s’ajuste dans un contexte où le secteur continue de faire face à des événements catastrophiques de fréquence et de sévérité plus conséquents. En 2019, les pertes liées aux catastrophes naturelles étaient légèrement inférieures à la moyenne observée sur la dernière décennie et 20% inférieures à celles de 2018 d’après le Swiss Re Institute. Néanmoins, le changement climatique et ses conséquences sur les conditions météorologiques extrêmes ont occupé une part prédominante des discussions entre acteurs de l’industrie.

Par ailleurs, les réassureurs ont moins eu recours à la rétrocession étant donné son coût élevé et la rareté des couvertures d’excédent de perte annuelle. Lors des prochains renouvellements, nous anticipons que la demande de rétrocession traditionnelle et sous forme d’obligations catastrophe se renforce pour couvrir certaines expositions. Dans tous les cas, nous pensons que la rétrocession restera onéreuse.

En Europe, les renouvellements de janvier ont été décevants car la tarification est restée en moyenne stable voire en légère diminution. Certains acteurs voient l’exposition européenne comme un risque diversifiant, avec d’importantes capacités et plusieurs années bégnines en termes de catastrophes soutenant la performance technique. Ces caractéristiques, combinées à l’influence des grands réassureurs européens, limitent la hausse de la tarification.

Les sources alternatives de capitaux, malgré un déclin récent, continuent de jouer un rôle important dans le marché mondial de la réassurance. Au cours des neuf premiers mois de l’année dernière, les capitaux alternatifs ont décru pour la première fois depuis la crise financière de 2008 d’après le courtier Aon. Néanmoins, nous pensons que ce recul est passager et reflète l’inquiétude des investisseurs vis-à-vis de la robustesse des modèles, notamment pour la mesure de risques dits « secondaires » comme les incendies de forêts ainsi que pour l’impact potentiel du changement climatique sur la fréquence et la sévérité des catastrophes naturelles. Cela a causé un effet de “fuite vers la qualité” car les investisseurs sont plus sélectifs et favorisent les gestionnaires ou sponsors bien établis avec un historique prouvant leurs capacités de modélisation et affichant une stratégie de souscription claire ainsi qu’un provisionnement et une gouvernance robustes.

La perspective que nous attribuons au secteur de la réassurance ainsi qu’à la plupart des acteurs reste stable. Cette opinion tient principalement au niveau solide d’adéquation des fonds propres, à des politiques de souscription rigoureuses, soutenue par une gestion des risques sophistiquée et un environnement tarifaire en amélioration.

Simon Virmaux, CFA
Analyste Senior

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