Chronique : Les assureurs européens bien positionnés face à un environnement incertain

Différentes incertitudes continuent d’affecter les assureurs européens en ce début d’année 2019. Impact des nouvelles technologies, évolution des taux d’intérêt, évènements géopolitiques tels que le Brexit, figurent parmi les principales interrogations susceptibles d’affecter leurs modèles d’affaires.

Pour autant nous considérons que la plupart d’entre eux seront en mesure de faire face à ces incertitudes, notamment grâce à la robustesse de leurs bilans ainsi qu’à la sophistication de leur gestion des risques. C’est pourquoi nous n’anticipons pas de mouvement d’ampleur sur leurs notes dans le court-terme. Ainsi, une large majorité d’entre elles (près de 90%) sont assorties d’une perspective stable.

Nous observons cependant avec une attention soutenue les évolutions que connaissent les modèles d’affaires en raison des changements dans les besoins des assurés allant dans le sens d’une sophistication croissante. Pour autant, la digitalisation des offres de services d’assurances s’avère jusqu’à présent davantage complémentaire au modèle existant plutôt que disruptive.

En effet, la plupart des innovations permettent aux acteurs actuels d’améliorer leur efficacité, notamment en matière de gestion de sinistres, et de fluidifier la relation avec leurs clients. Ceci constitue d’ailleurs un enjeu d’importance tant les assureurs ont pu accumuler du retard dans ce domaine par rapport à d’autres fournisseurs de services tels que les opérateurs téléphoniques ou bien encore les entreprises de distribution. Pour rester compétitifs, les assureurs vont devoir continuer à investir afin de se mettre à niveau par rapport aux attentes de leurs clients vis-à-vis desquels les interactions interviennent de plus en plus en mode digital.

Par ailleurs, l’évolution des taux d’intérêts à long terme est aussi source d’incertitude pour les assureurs européens. Alors que la diminution attendue de l’intervention des banques centrales était de nature à produire une inflexion à la hausse, c’est l’inverse que nous observons depuis le début de l’année.

Or cet environnement de taux bas affecte les assureurs implantés sur les marchés européens où les polices d’épargne vendues sont assorties de taux minimum garantis élevés. Ainsi, en Allemagne, en Espagne, aux Pays Bas et dans certains pays scandinaves, ce taux minimum se situe toujours entre 2,5% et 3,5% en moyenne. Les assureurs européens ont pourtant réalisé des efforts significatifs afin d’orienter la collecte vers des supports en unités de comptes au cours de ces dernières années. Toutefois, ce processus ne peut être que graduel et risque même de plafonner si la volatilité des marchés d’actions devait s’accroître au cours de prochains mois. En effet, les détenteurs de contrats d’épargne affichent, d’une manière générale, un appétit pour le risque relativement limité.

Marc-Philippe Juilliard, Directeur, S&P Global