Chronique : G-SIIs, les coûts sont-ils plus importants que les avantages ?

Un homme regarde une décision de justice

Dans le cadre de sa chronique mensuelle, l’agence de notation Standard & Poor’s présente sa vision du risque systémique chez les assureurs, et les différences établies par l’agence avec le cas des banques.

Le 3 juin 2014, Standard & Poor’s a publié un rapport sur la désignation des assureurs d’importance systémique (G-SIIs). Cette désignation, attribuée en juillet 2013 par le Conseil de Stabilité Financière (FSB) à neuf des plus grands assureurs mondiaux, y compris Axa, Allianz, Aviva, Generali, et Prudential PLC, suppose qu’un assureur pourrait poser un risque systémique. En novembre, sera dévoilé si des réassureurs figureront également sur cette liste.

Les assureurs désignés comme G-SIIs auront des exigences de contrôle et de capital plus importantes pour prendre en compte le risque systémique qu’ils sont estimés poser. Le cadre de contrôle est déjà mis en place, avec un superviseur principal pour chaque G-SII mais les besoins de capital supplémentaires sont toujours à définir.

Cependant, nous nous demandons si le risque posé par la faillite potentielle d’un des G-SIIs, malgré leur rôle important dans l’économie, est aussi systémique que le risque posé par certaines banques. Nous pensons qu’en générale il est possible de résoudre les engagements d’un assureur qui fait faillite sans impact sur le système financier et sans avoir recours à des injections de capital des contribuables. Notre avis s’appuie sur les fortes capacités de liquidité des assureurs par rapport aux banques, leur levier financier moins élevé, et leur faible interdépendance. La rareté historique des opérations de sauvetage des assureurs renforce notre opinion.

De plus, nous considérons que les assureurs domestiques pourraient poser autant de risque systémique que les G-SIIs, comme nous avons pu le constater pendant la crise financière avec les assureurs de dette et d’emprunts immobiliers aux Etats-Unis. La création des G-SIIs pourrait détourner la surveillance vers les assureurs mondiaux et permettre aux non-GSIIs d’accumuler plus de risque.

Nous n’avons à ce stade modifié aucune de nos notes comme conséquence directe de la désignation des G-SIIs. A plus long terme, nous pouvons envisager un potentiel effet positif, notamment en cas d’un niveau de capitalisation amélioré, de plus de surveillance règlementaire ou de la possibilité de soutien du gouvernement. Cependant, les coûts liés à cette règlementation supplémentaire pourraient avoir un effet négatif, comme une augmentation des frais de financement, ou la vente d’une activité considérée comme représentant un risque systémique, mais qui selon notre analyse apportent des bénéfices de diversification.

Merryleas Rousseau
Directrice Associée, Secteur Assurance
Standard & Poor’s Ratings Services