Une santé d’enfer : Le faux pas

Un faux pas lourd de conséquences pour notre système de santé.
Un faux pas lourd de conséquences pour notre système de santé.

BILLET – Pour inaugurer cette rubrique sur la santé, je voulais partager une expérience personnelle qui illustre bien les débats actuels sur la dérive des prestations santé, la pertinence des soins et la financiarisation du système de santé.

C’est l’histoire d’un faux pas dans un moment d’inattention. Il m’est donc arrivé de trébucher dans la rue et de tomber de tout mon poids sur la cheville. Après une nuit de douleur, un passage aux urgences s’est avéré judicieux. Habitant dans un désert médical, j’ai préféré la clinique privée plus proche plutôt que l’hôpital public. La crainte de devoir attendre pendant des heures pour un petit traumatisme m’a en effet orienté vers l’organisme privé.

Le passage aux urgences un dimanche matin a été plutôt efficace. Je sors au bout de 3h avec une attelle et la boule au ventre. Dessin à l’appui, l’urgentiste me prescrit une IRM et m’explique qu’en cas de rupture de deux faisceaux ligamentaires, il faut opérer. L’examen de radiologie et la visite avec le chirurgien orthopédiste, je peux les faire dans la même clinique, me suggère-t-il. Je n’ai qu’à appeler lundi pour prendre rendez-vous. Paniquée, je me lance sur Google et apprends que la menace ultime qui pèse sur mes vacances d’été s’appelle « ligamentoplastie ».

La pertinence des soins en question

Je passe l’IRM à Paris quelques jours plus tard et le radiologue déclare, limpide : « Madame, vous ne vous êtes pas loupée. Vous avez une rupture de deux ligaments ».

Affligée, je prends rendez-vous avec un chirurgien parisien. Après lui avoir raconté mon histoire, il s’énerve : « On vous a fait peur pour rien. Vous avez une entorse. On en recense entre 5000 et 6000 par jour en France. Dans 95% des cas, cela se passe très bien après la rééducation. On n’aurait jamais dû vous prescrire une IRM qui ne sert qu’à constater l’entorse. Savez-vous combien coûte ce type d’examen à la société ?! ». J’avais l’impression d’être devant Thomas Fatôme en personne.

J’ai cherché pour lui. L’imagerie par résonance magnétique a coûté 177 euros à la Sécurité sociale et 50 euros de ma poche, que je me ferai presque intégralement rembourser par la complémentaire santé. Avec 5.000 entorses par jour, les montants donnent vite le tournis. Je pense à notre système de santé super protecteur, à tous ces actes inutiles, à la volonté politique de créer des parcours par épisode de soins.

En sortant, je me presse d’annuler tout de suite le rendez-vous que j’avais pris sur Doctolib avec un autre orthopédiste afin d’avoir un deuxième avis médical. Il n’en fallait pas plus pour me remettre sur pied.

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