IoT : Gadgets ou révolution imminente ?

Lors du « workshop innovation » du CercleLAB le 24 avril dernier, consacré aux objets connectés, trois startup ont présenté leurs innovations et ouvert le débat sur l’IoT (Internet of things).

Ce workshop a donné l’occasion de réfléchir et faire le point sur un sujet polémique qui s’apparente souvent à une querelle entre anciens et modernes : les uns ne voyant dans les objets connectés que des gadgets sans avenir toujours avéré, les autres s’enthousiasmant pour les outils d’une révolution sociétale, industrielle, commerciale, phénoménale et imminente, qui impacterait tous les secteurs de l’économie et notamment la banque et l’assurance.

L’approche est complexe, car elle passe par l’appréciation de la plus-value concrète pour le client et pour le prestataire, par le coût (investissement et usage), par le degré d’aboutissement (immédiat ou futur lointain), par l’estimation du périmètre de la cible et par l’acceptabilité du concept par la dite cible. Car toute connexion suppose un échange de données qui ne saurait se soustraire à un volontariat et à un encadrement juridique. Selon le secteur d’activité peut aussi se poser le problème de l’intégration de la fonctionnalité dans son environnement et son modèle industriel.

Les trois intervenants au workshop du CercleLAB ont parfaitement illustré ces questionnements

Ainsi Safety next offre une nouvelle compréhension du risque, adaptée aux nouvelles formes de mobilité et aux nouveaux usages (covoiturage, “uberisation” de la mobilité, autopartage). Le risque est analysé non plus seulement de l’extérieur, mais de l’intérieur avec la prise en compte du “comportement raisonnable du conducteur”, apprentissage (intégration des réflexes de conduite) compris. Le risque automobile est ainsi repensé et élargit pour intégrer de nouveaux paramètres grâce aux moyens de la technologie de l’IOT. Il peut ainsi apparaître judicieux de prévenir un conducteur de la proximité d’un danger quelconque ; il est incontestablement utile de lui signaler qu’il dépasse la vitesse autorisée ou qu’il ne respecte pas la signalisation ;… et l’on comprend aisément que la statistique de ses infractions pourrait aussi intéresser son assureur voire les services de police. L’acceptabilité par l’assuré dépend alors de qui a accès aux données et de la valorisation d’un comportement vertueux. Comme toujours dans le secteur automobile se pose aussi la question de l’intégration par le constructeur et par les équipementiers qui conçoivent les aides à la navigation et à la conduite, ou par l’adjonction d’un post équipement. L’implication de l’assureur sera alors différente, selon qu’il utilise des données (standardisées et disponibles ?) pour adapter sa prestation, ou selon qu’il doit initialiser un système complet avec des capteurs dédiés.

Dans un domaine très différent, MYXYTY propose un outil, dopé par la technologie WATSON d’IBM, qui intègre tous les services liés au logement et toutes les prestations liées aux personnes, dans un service universel de contrôle et de facilitation de la vie domestique. Il pourrait permettre par exemple de suivre à distance et d’alerter sans délai d’une intrusion ou d’un risque de sinistre, ou de suivre l’état de santé d’une personne fragile ou dépendante à son domicile, le tout par une « interface unique », intégrant tous les protocoles de connection. Ce concept pose la question de la pertinence des prestations “physiques” de gardiennage ou d’assistance (très coûteuses si elles sont permanentes et d’une efficacité relative si elles sont intermittentes). Il offre la technologie pour créer les services qui permettraient aux assureurs non seulement de mieux maîtriser leurs risques, mais de proposer des services de fidélisation. Selon MYXYTY, des assureurs auraient entamé des tests et expérimentations…À suivre !

Enfin, pour Lifeina dont les activités sont axées sur la santé, la façon de prévenir, de se protéger, de se soigner, ne seront plus les mêmes demain alors que l’internet des objets impactera toutes les approches de la santé, notamment l'”e-prévention”. Lifeina a présenté un produit s’apparentant à un micro-réfrigérateur, portable (dans un sac, un cartable voire dans une poche) pour conserver les produits médicaux sensibles à la température. Connecté ce micro réfrigérateur pourra rappeler la posologie au patient, éviter les oublis, intégrer la mesure de glycémie pour les diabétiques, ou enregistrer et analyser les divers symptômes de sa pathologie. Pour Lifeina la diffusion de la technologie IOT, qui saura s’adapter aux besoins les plus divers et les plus précis, de façon individualisée, aura des effets considérables en termes de coûts et de confort pour les malades.

En conclusion il semble évident que l’IOT devient un moyen de faire face aux enjeux futurs de la société et des assureurs pour la maîtrise des frais de santé, la prise en compte du vieillissement des populations, de l’évolution du climat, de la maîtrise de l’énergie, et pour la facilitation des nouvelles mobilités. Avec l’IOT, la matière assurable ne sera plus la même. La façon de prévenir les risques et d’en réduire leurs conséquences (la protection) exigera que la technologie soit intégrée dans les process assuranciels.

Pour être compris, l’IOT doit aussi être apprécié, étudié, examiné au plan international. Il faut suivre ce qui se développe à l’étranger, Les assureurs doivent s’organiser en conséquence et rester ouvert aux produits et prestations des sociétés étrangères. Mais le plus important est de comprendre et d’anticiper ce qui se passerait si les assureurs négligeaient d’intégrer les apports de l’IOT dans leurs processus de gestion des risques, dans leur façon de les maitriser et de mieux les connaître. Quel que soit l’enthousiasme qu’il suscite, le monde des objets connectés impose d’ores et déjà une veille permanente, sélective mais toujours curieuse et ouverte.

Les enjeux sont considérables sachant que, mal appréhendé, le foisonnement des innovations pourrait, soit disperser nos investissements dans des impasses inutiles, soit nous faire passer à côté de solutions majeures capables d’optimiser fondamentalement, la gestion des risques, la prévention, la relation client, le marketing… L’alternative pouvant se traduire par la promotion significative de nos activités et par le développement d’une offre de services nouveaux, différenciants ou essentiels, et à défaut par la disqualification de ceux qui aurait tardé à saisir les opportunités.

Michel REVEST, Membre du Comité scientifique du LAB