Dépendance / Financement : Les assureurs restent discrets face aux incertitudes posées par la réforme

En ouverture du débat sur la dépendance, Nicolas Sarkozy a de nouveau évoqué mardi la piste des assurances privées pour prendre en charge une partie des 30 milliards d’euros annuels qu’elle coûtera, les assureurs faisant pour l’instant profil bas sur ce sujet extrêmement sensible.

Lors de son discours, le président de la République a invité à s'”interroger sur le rôle que peuvent jouer les mutuelles, les compagnies d’assurance et les organismes de prévoyance” dans le financement de la dépendance.

Les assureurs n’ont pas attendu le lancement de cette réforme pour se pencher sur la question. Le premier produit a ainsi été lancé il y a 25 ans par le mutualiste AG2R et les offres pullulent sur le marché. Cinq millions de contrats couvrent aujourd’hui ce risque en France, mais avec un chiffre d’affaires jugé décevant. Pour les deux millions de contrats souscrits auprès d’assureurs (le reste relève des institutions de prévoyance), les cotisations ont atteint un peu plus de 400 millions d’euros en 2010. Certains le comparent même à l’épargne retraite, qui peine à trouver sa place dans le portefeuille des Français.

En prévision du débat qui s’amorce et devrait mener à un projet de réforme avant la fin de l’été, les assureurs ont déjà formulé des avis.

La Fédération française des sociétés d’assurance (FFSA) est favorable à un système universel couvrant tout le monde, avec “la solidarité nationale pour les plus démunis”, puis au-delà d’un certain revenu, les assurés qui contribuent eux-mêmes, a indiqué son président Bernard Spitz.
Le Groupement des entreprises mutuelles d’assurance (Gema) plaide lui pour l’inclusion d’une garantie dépendance dans les contrats d’assurance complémentaire santé. Selon ses calculs, inclure une cotisation spécifique de 10 à 20 euros mensuels assurerait une rente mensuelle de 500 euros en cas de dépendance.

Se pose la question du caractère obligatoire de l’assurance dépendance, qui permettrait de démultiplier le nombre d’assurés et donc la capacité de prise en charge. “Politiquement, le concept d’une assurance obligatoire est invendable”, estime un assureur, sous couvert d’anonymat. Il considère “plus réaliste de mettre en place une aide (chèque, incitation fiscale) pour que les Français puissent souscrire à des contrats dépendance”.

“Si l’Etat ne pointe pas du doigt une gamme de produits”, via une labellisation ou d’autres mécanismes, “on n’atteindra pas le potentiel que l’on sent dans la société” en matière de contrats dépendance, juge le secrétaire général du Gema, Jean-Luc de Boissieu.

De ce nouveau cadre dépendra la capacité de financement des assureurs, qu’ils ne parviennent aujourd’hui pas à chiffrer, faute de visibilité. En attendant que les premiers arbitrages se dessinent, ils sont très rares à accepter de s’exprimer, conscients que le sujet dépasse de loin les seules questions techniques.

En réaction au discours de Nicolas Sarkozy, le Parti socialiste a dénoncé mardi une “régression” et reproché au président d'”insister beaucoup sur la piste des assurances privées”. Le PS plaide pour un financement entièrement public.

Pour M. de Boissieu, à travers son discours, “le président de la République nous autorise à parler du sujet”, qui “n’est plus tabou”. Le secrétaire général du Gema récuse l’idée selon laquelle ce marché serait un Eldorado. “Il s’agit d’un risque difficile” pour les assureurs, les prestations pouvant être versées sur des périodes longues, fait-il valoir. “Si des assureurs pensent qu’ils vont faire beaucoup d’argent (sur ce marché), ils se trompent”, selon lui.

Avec AFP