Chronique : IFRS 17 mettra en lumière la façon dont les taux bas affectent les assureurs

Le 26 juin 2019, l’IASB a publié plusieurs propositions d’amendements à la norme IFRS 17. Ce sont les derniers d’une série visant à répondre aux inquiétudes de l’industrie de l’assurance et ses parties prenantes depuis sa version initiale publiée en 2017.

Le projet, dans sa version révisée, nous semble plus réaliste et cohérent que IFRS 4 (norme en vigueur) – le normalisateur comptable international cherchant à intégrer les réalités économiques auxquelles le secteur de l’assurance est exposé.

Ainsi, cette nouvelle norme pourrait notamment aider les assureurs à communiquer sur les risques associés à l’environnement de taux bas, à les gérer et à les neutraliser. IFRS 4 n’inclue pas d’éléments de valorisation de portefeuille vie et la valeur actuelle d’un contrat d’assurance vie (pour l’actionnaire) n’est ainsi pas reflétée avant l’échéance du contrat, contrairement à IFRS 17 qui introduit la marge de service contractuelle. La pression de l’environnement de taux bas devenant plus évidente d’un point de vue comptable avec IFRS 17, les assureurs devraient se concentrent sur des produits de plus court terme voire, pour certains, arrêter la commercialisation de contrats avec des garanties à long terme.

Comparer les assureurs entre eux pourrait néanmoins s’avérer complexe avec IFRS 17 s’ils utilisent des hypothèses divergentes pour évaluer leurs passifs. Par exemple, le choix de la courbe de taux d’intérêt est à la main de l’assureur dans le cadre d’IFRS 17, contrairement à Solvabilité 2 qui prévoit un courbe de taux standardisée par zone géographique.

Aussi, bien que nous accueillions favorablement la plus grande granularité d’information à venir, il semble que ce futur modèle de reporting ne soit pas voué à refléter certains traits fondamentaux du métier de l’assurance tels que la mutualisation, la diversification et l’étalement temporel des risques. Par ailleurs, de par son approche annuelle, la comptabilité s’éloigne de la vision économique adoptée par les assureurs pour gérer leur risques d’assurances.

L’introduction de nouveaux indicateurs-clés de performance accompagnant le changement de norme de comptable ne devrait pas remettre en cause les fondamentaux sur lesquels sont basés les notes de crédit des assureurs. Nous pensons donc que la mise en place de IFRS 17 ne devrait pas affecter la qualité de crédit des assureurs, même si les coûts induits par la production de données supplémentaires, notamment via l’investissement en technologie informatiques devraient être conséquents.

Charlotte Chausserie-Laprée
Analyste sénior chez S&P Global Ratings