Cercle LAB : Retour sur la 3ème réunion du club santé (saison 2019-2020)

Le Club Santé du Cercle LAB s’est réuni le 6 février pour aborder les stratégies de prévention autour du sport santé.

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Après une première réunion dédiée à la gestion du risque et une deuxième réunion au contrat non responsable, le club santé s’est penché le 6 février sur les services de prévention autour du sport santé, comme stratégie de diversification des assureurs dans un marché de plus en plus standardisé. Les Jeux Olympiques de Paris 2024 sont en effet une formidable opportunité pour faire la promotion du sport en tant que déterminant de santé.

Le club santé a analysé deux approches différentes du sport santé :

  • Des stratégies de prévention pour lutter contre la sédentarité car elle coûte aux finances publiques 17 milliards d’euros chaque année, dont 14 pour les dépenses de santé, selon le bureau du sport professionnel et de l’économie du sport (Ministère des sports)
  • Le sport comme thérapie non médicamenteuse pour des personnes atteintes d’une maladie grave ou chronique. Le « Sport sur ordonnance » est inscrit dans la loi depuis janvier 2016, mais activité physique adaptée n’est pas financée par les pouvoirs publics. La LFSS 2020 prévoit la création d’un forfait de soins remboursé par la Sécurité sociale pour les patients atteints d’un cancer mais dont la portée sera forcément limitée à certaines pathologies et limitée dans le temps. Parallèlement, 138 maisons sport-santé qui proposent de l’activité physique adaptée ont été récemment labellisées.

Claire Lasvergnas, directrice de développement – protection sociale de Generali France, a présenté le bilan du programme de prévention Vitality, inventé par Adrien Gorre en Afrique du Sud il y a 22 ans. Présent dans 19 pays, Vitality est proposé par Generali en France depuis 2016. Aujourd’hui, 6.000 entreprises couvertes en santé par Generali proposent le programme à leurs salariés. Vitality aborde à la fois la nutrition, l’activité physique et le bilan médical de la personne. Des objets connectés permettent à l’assuré d’enregistrer ses performances sur l’activité physique. S’il atteint ses objectifs, l’assuré reçoit des rabais sur plusieurs enseignes commerciales (Amazon, Garmin, Décathlon, Auchan…). Au bout d’un an, les compteurs sont remis à zéro et la personne doit atteindre de nouveaux objectifs pour pouvoir bénéficier des réductions.

Le programme a rencontré beaucoup de succès auprès des employeurs. En revanche, Vitality affiche uniquement 10% de taux d’utilisation, le même qu’il y a 2 ans, avec une forte disparité en fonction de l’entreprise. Chez Generali, en revanche, le nombre de salariés qui adhèrent au programme augmente tous les ans et atteint actuellement entre 37% et 40% des collaborateurs de l’entreprise.

Pour améliorer la fidélité, le marketing relationnel de Vitality sera modernisé dans la nouvelle version, disponible en 2020, annonce Claire Lasvergnas. Aujourd’hui, il faut attendre 13 semaines avant d’obtenir une récompense. Dans la nouvelle version, au bout d’une semaine, le participant obtiendra la première récompense, s’il atteint ses objectifs, bien sûr. L’animation du programme au sein des entreprises est également déterminante pour augmenter le taux de participation. Pour ce faire, Generali s’appuie sur l’expertise de partenaires externes.

Parmi les principaux freins au programme, les Français ont été réticents à partager leurs données médicales lors du lancement, selon Claire Lasvergnas. Ils craignaient que leurs données stockées dans le cloud soient piratées et que l’assureur s’en serve pour sélectionner ses clients. Generali a beaucoup communiqué lors du lancement pour rassurer les utilisateurs, mais le fait que l’opérateur de Vitality soit une filiale de Generali n’a pas convaincu un certain nombre d’assurés. Depuis l’entrée en vigueur du Règlement européen sur la protection des données en 2018, le niveau de méfiance a baissé, selon Claire Lasvergnas.

Courtiers, services de ressources humaines et syndicats interrogent Generali sur le retour sur investissement d’un tel programme de prévention. Generali répond que l’objectif du programme n’est pas d’accorder des réductions tarifaires sur le contrat d’assurance mais de fidéliser ses entreprises clientes et d’améliorer l’hygiène de vie des salariés à long terme. Le programme est actuellement actif dans 6.000 entreprises clientes de Generali en France et touche donc potentiellement 170.000 salariés. En nombre de salariés, Generali a équipé 30% de ses assurés en collective. Le taux de chute global du portefeuille de Generali baisse chaque année, selon Claire Lasvergnas.

A court terme, Vitality provoque une augmentation de la charge de sinistres en santé puisque l’utilisateur est soumis à un suivi médical continu et doit donc faire des examens médicaux. En revanche, le programme a provoqué une très légère baisse de la sinistralité prévoyance dans les entreprises équipées. Vitality est donc globalement neutre sur la prime d’assurance, selon l’actuaire. L’impact du programme sur la santé des salariés se traduira en termes de longévité lors qu’ils auront 80 ans, selon Claire Lasvergnas, qui reconnaît cependant que le programme a attiré les salariés les plus sportifs en premier.

L’accès au programme reste un point contraignant. Aujourd’hui, il faut passer par l’espace client de Generali pour avoir accès à Vitality, alors que la nouvelle version du programme permettra de se connecter directement avec un nom d’utilisateur et un mot de passe.

Le sport sur ordonnance en manque de financement

Gauthier Ruspini, co-fondateur et directeur R&D de Mooven, a présenté le bilan du programme « sport sur ordonnance », proposé à 2.250 sociétaires de Maif pendant l’année 2019. Cette garantie était accessible aux sociétaires Maif atteints d’une affection de longue durée (ALD) ou d’une atteinte à l’intégrité physique et psychique (AIPP) supérieure ou égale à 20%. Ils ont pu bénéficier d’un rendez-vous avec un professionnel en activité physique adaptée qui les a orienté vers une des 1250 structures proposant de l’activité physique adaptée référencées par Mooven, suite à un bilan personnalisé et une visite médicale chez leur médecin. La garantie comprend notamment la prise en charge d’une partie de l’abonnement sportif pendant deux ans, dans la limite de 500 euros sur les deux ans.

La Maif proposait jusqu’à fin 2018 cette garantie en partenariat avec La Mutuelle des Sportifs. En 2019, la mutuelle niortaise a décidé de changer de prestataire et de s’associer avec la start-up V@si, renommée Mooven. Sans faire de communication particulière, Maif a reçu une avalanche de sollicitations. La mutuelle, qui avait provisionné entre 400 et 900 prises en charge par an, a décidé de mettre en pause le sport sur ordonnance lorsqu’elle a atteint 2.500 sociétaires couverts. Face à la dérive de la sinistralité, la mutuelle envisage de revoir le modèle économique du programme. Mooven préconise à la fois une cotisation de la part de tous les assurés et une participation forfaitaire de la part des bénéficiaires.

Le sport sur ordonnance a donc été victime de son succès à la Maif. Le cancer, le diabète et l’insuffisance cardiaque sont les trois principales pathologies couvertes. La durée moyenne du programme est de 4,9 mois, et uniquement 4,8% des participants ont arrêté le programme de façon prématurée. Parmi les freins rencontrés, Gauthier Ruspini a souligné le manque de financement, le fait que l’assuré n’ait aucun reste à charge, la difficulté à couvrir tout le territoire français, des difficultés dans la coordination des acteurs et la gestion des données de santé. Parmi les leviers, Gauthier Ruspini a cité l’aide financière à la pratique d’APA, l’accompagnement avec un référent, le réseau de structures, l’expertise et le fait d’avoir un programme d’accompagnement en visio-conférence lorsqu’une pratique d’activité traditionnelle n’est pas possible.

Gauthier Ruspini explique que le sport sur ordonnance est un outil pertinent dans l’accompagnement au retour à l’emploi après un arrêt de travail. Mooven héberge les données médicales des patients dans un espace sécurisé, et échange avec les structures partenaires via une messagerie sécurisée. L’entreprise est capable d’analyser ces données grâce à un outil statistique anonymisé, utilisé pour la recherche clinique. L’objectif, à terme, est de prouver l’efficacité du sport sur ordonnance grâce à des études médico-économiques.

Le club santé présentera ses travaux au Master Club du Cercle LAB qui aura lieu du 9 au 11 septembre à Barcelone.