Cercle LAB : 2ème réunion du club prévoyance (saison 2019-2020)

Le club prévoyance du Cercle LAB s’est réuni le 22 janvier pour aborder la prise en charge des fragilités des collaborateurs comme une condition nécessaire à la maîtrise des arrêts de travail.

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Après la première réunion du 26 novembre consacrée au rôle de l’assureur dans la préservation du capital humain des entreprises, le club prévoyance s’est réuni le 22 janvier pour traiter la prise en charge des fragilités des collaborateurs.

Cette réunion a bénéficié des interventions de Pascal Andrieux, directeur des engagements sociaux et sociétaux et RSE de Malakoff Humanis et directeur général de la Fondation Malakoff Méderic Handicap, Pierre Mayeur, directeur général de l’Ocirp, Julien Rémy, chargé de clientèle de Gras Savoye WTW et Serge Bizouerne, président de Domplus Group.

Les intervenants ont répondu à plusieurs questions : Qu’est-ce que la fragilité ? Comment la repérer ? Quelles actions de prévention sont pertinentes pour accompagner les collaborateurs en situation de fragilité ? Comment mesurer leur efficacité ? Et sur quel modèle économique ?

« Un salarié sur deux s’est retrouvé par une situation de fragilité durant sa carrière. 90% des dirigeants affirment avoir au moins 1 ou 2 salariés en situation de fragilité au sein de leur entreprise. Deux tiers des salariés se disent concernés et affirment que cela a un impact sur leur performance professionnelle. La fragilité peut être provoquée par d’une problématique personnelle (cancer, maladie chronique, handicap, parentalité,…) ou professionnelle (digitalisation, perte de sens, manque de compétences,…) », a expliqué Pascal Andrieux.

Le directeur de l’action sociale a présenté le diagnostic du capital humain, nouvel outil d’évaluation de Malakoff Humanis qui vise à encourager les entreprises à travailler sur leur efficacité économique et sociale. Le DCH repose sur trois diagnostics : un premier diagnostic pour mieux comprendre l’absentéisme de son entreprise, son coût et les leviers pour agir, un deuxième diagnostic sur la qualité de vie au travail effectué suite à une enquête auprès des salariés, et enfin un diagnostic sur les fragilités sociales (handicap, aidant).

Ces diagnostics permettent de définir un plan d’actions avec les entreprises, fait par des experts de la prévention et de l’accompagnement social. Cela passe par des dispositifs de proximité, mais également par des plateformes téléphoniques, des outils digitaux… Cela dépend de la problématique. La prise en charge des fragilités passe souvent par de l’ingénierie sociale.

Malakoff Humanis propose certains services en interne et fait appel à des start-ups dans une logique de co-création pour d’autres, le groupe fait du sourcing d’innovation sociale et travaille en étroite collaboration avec des incubateurs.

Les services de prévention sont non payants pour les clients de Malakoff Humanis. « La performance économique de notre entreprise doit redistribuer le plus possible dans un volet serviciel de prévention et dans un volet d’accompagnement social », explique Pascal Andrieux. L’enjeu du groupe paritaire des dernières années a été d’articuler l’offre, l’assistance, les services et l’accompagnement social dans une logique cohérente et complémentaire.

« Le niveau de prise de conscience des dirigeants sur l’importance de la performance sociale des entreprises a augmenté ces dernières années. Ils se soucient du bien-être de leurs salariés sur le plan professionnel mais également sur le plan personnel, en dehors des murs de l’entreprise. Pour augmenter l’utilisation des services, il convient de bien les intégrer dans le parcours client et d’être en mesure de repérer les situations de pré-fragilité. Le défi dans les prochaines années est d’intervenir le plus en amont possible grâce à la data », considère Pascal Andrieux.

La difficulté pour les personnes en situation de fragilité est d’avoir connaissance des services, car le prescripteur reste l’entreprise. « Pendant des années, nous avons tout fait pour que les services ne se voient pas et ne soient pas consommés », a regretté un collaborateur d’une société d’assistance. « Nous sommes passés d’un modèle de service pur marketing à un modèle de service avec un impact sur la maîtrise du risque », a commenté un autre participant.

La communication de masse n’est pas forcément efficace pour améliorer le taux d’utilisation des services. L’objectif des acteurs est de pousser le bon service au bon moment, en travaillant avec les équipes indemnisation et en utilisant les données.

Julien Rémy, chargé de clientèle de Gras Savoye Willis Towers Watson, affirme qu’après des années d’externalisation, les entreprises souhaitent aujourd’hui internaliser l’accompagnement des personnes en situation de fragilité. Les services RH, les partenaires sociaux, les managers ou la médecine du travail sont mis à contribution pour identifier les personnes à risque.

Marie-Sophie Houis, associée de PMP, considère que certains services d’accompagnement, pour les salariés atteints d’un cancer par exemple, peuvent être commercialisés à part. Les entreprises seraient prêtes à investir, dans une logique de marque employeur.

Les familles monoparentales

Serge Bizouerne a présenté la méthode de Domplus Groupe d’accompagnement global à destination des personnes en situation de fragilité. En partant d’un cas concret : Léa, 40 ans, 2 enfants à charge, aidant de sa mère, en situation de divorce. Le déménagement est le signaux faible qui permet de déclencher un service d’accompagnement personnalisé. 94% des salariés ont donné leur consentement à Domplus sur l’utilisation de leurs données dans le but de détecter des situations de fragilité.

Domplus propose du soutien psychologique, un accompagnement juridique pour lui améliorer l’accès aux droits et un service d’assistance sociale à distance… Serge Bizouerne a ensuite évoqué l’exemple d’un senior de 60 ans qui a été hospitalisé. « 80% des problématiques du parcours d’hospitalisation sont liés à des déterminants sociaux », affirme Serge Bizouerne.

Le retour sur investissement de ces services est difficile à mesurer sur la sinistralité en prévoyance. En revanche, Domplus affirme que sur l’accompagnement post-hospitalisation, le coût de la prévention revient à 46 euros tandis que le coût de l’inaction revient à 200 euros, sans compter les coûts indirects relatifs au présenteisme du salarié qui a l’esprit ailleurs.

Les aidants salariés

Pierre Mayeur a présenté la garantie d’aide aux aidants conçue par l’Ocirp. « 50% des aidants sont en situation d’activité professionnelle, ce qui explique que les partenaires sociaux soient plus intéressés par une aide aux aidants que par une assurance dépendance », explique Pierre Mayeur. Les salariés aidants souvent ne se déclarent pas en tant que tels au sein de l’entreprise de peur d’être stigmatisés. Leur situation à la fois un sujet des ressources humaines et de dialogue social. En moyenne, les aidants habitent à 230 km de la personne aidée. L’assureur doit prendre en compte cette complexité et se positionner en facilitateur, fluidificateur. Le sujet de la coordination des acteurs sera déterminante dans les années à venir car les personnes en perte d’autonomie souhaitent rester dans leur domicile.

La loi de financement de la Sécurité sociale prévoit la rémunération du congé de proche aidant, sur la base du Smic et dans la limite de trois mois durant toute la carrière professionnelle. Cette mesure s’inscrit dans le plan « Agir pour les aidants » pour la période 2020-2022 du gouvernement, doté de 400M d’euros.

La garantie Ocirpaidants de l’Ocirp est conçue comme une couverture complémentaire. « Le fait que les pouvoirs publics apportent un début de réponse en créant un socle de solidarité nationale légitime et crédibilise notre garantie », explique Pierre Mayeur. Elle comprend une compensation financière partielle des jours de congé pris par l’aidant pour s’occuper des proches ainsi que des garanties en nature pour faciliter l’accompagnement global de la personne : bilan psycho-social, aide administrative, soutien psychologique, aide à domicile, prestations de garde de nuit à domicile, sessions de formation, achat de matériel paramédical, assistance disponible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 et protection juridique avec prise en charge des frais de procédure.

Sans sélection médicale, cette garantie qui peut être négociée au sein de la branche professionnelle ou de l’entreprise, prévoit un complément de revenus de jusqu’à 2.250€ par an, en échange d’une cotisation équivalente à 0,9% du montant du salaire. L’Ocirp est actuellement en discussion avec plusieurs branches professionnelles et a bon espoir de commercialiser l’offre Ocirpaidants courant 2020.

Pour Julien Rémy, les garanties prévoyance (arrêt de travail, incapacité, invalidité, rente éducation, capital décès) sont le premier rempart contre les situations de fragilité. Cela dit, les services prennent de plus en plus de place et dans certains appels d’offres, les candidats sont priés de présenter uniquement leur offre de services. « La gestion des prestations sera de plus en plus automatisé, et notre métier de courtier gestionnaire s’oriente vers la gestion des services et la coordination des différents acteurs. L’avenir nous dira si c’est le courtier ou le porteur de risque celui qui occupera ce rôle central de coordination », affirme Julien Rémy. « Certains assureurs proposent des services en inclusion, d’autres payants, cela dépend du porteur de risques », affirme-t-il qui constate une prédisposition des entreprises à payer pour des services à forte valeur ajoutée.

En France, les services Employee Assistance Program (EAP) qui proposent une assistance psychologique et un accompagnement personnalisé sont uniquement utilisés par 3% des salariés, tandis qu’aux Etats-Unis ces services atteignent des taux d’utilisation de 30%. « Ces services fonctionnent quand c’est l’employeur qui les propose, même s’il confie la gestion à un tiers de confiance afin de garantir la confidentialité ».

La prochaine réunion du club prévoyance aura lieu le 26 mars sur la prévention, avec la start-up Havasu.