Assurance islamique : les changements réglementaires pourraient faire bouger le marché dans la région du Golfe

Le 21 juillet 2015, Standard & Poor’s a publié un rapport sur le bouleversement que connaît le marché de l’assurance islamique dans la région du Golfe suite aux derniers changements réglementaires.

Pendant les 12 derniers mois nous avons pu observer des changements réglementaires importants pour le marché de l’assurance dans les pays du Golfe. Selon nous, cela témoigne de la volonté des régulateurs d’améliorer les standards et d’aligner la réglementation locale aux pratiques internationales. Dans la plupart des pays de la région, les assureurs conformes à la Charia (Takaful) sont maintenant soumis à une propre réglementation.

Nous observons également des exigences de capital minimum, des ratios de liquidité plus sévères et des contrôles de solvabilité plus rigoureux. Nous considérons que ces changements amélioreront la solidité financière du secteur à long terme notamment grâce à de meilleures mesures de la solvabilité, des contrôles internes et une meilleure gouvernance. Les nouvelles mesures aideront à atténuer des guerres tarifaires par l’encouragement d’une prise de décision en fonction des risques. Néanmoins, nous croyons que les législateurs devraient aller encore plus loin dans le renforcement et dans l’alignement des standards réglementaires à travers la région du Golfe.

Malgré ces éléments positifs à long terme, les changements réglementaires risquent d’augmenter les coûts, surtout pour les assureurs takaful, qui connaissent déjà des coûts de base élevés. Beaucoup des petits acteurs dans la région, dont les acteurs takaful, souffrent d’un manque d’échelle qui se manifeste dans des ratios de coûts défavorables. Dans les Emirats Arabes Unis par exemple, le secteur traditionnel de l’assurance a connu un ratio des coûts de 22% en 2014, alors que le secteur takaful affichait un ratio de 27%. La focalisation sur le commerce de détail où les marges sont faibles et les réseaux de distributions coûteux comptent également parmi leurs faiblesses. De plus, leur position concurrentielle et de capital les rendent plus exposés à des échecs ponctuels.

Selon nous, les assureurs takaful qui survivront l’augmentation abrupte des dépenses suite à la nouvelle réglementation, devraient davantage s’assurer d’une position commerciale durable. Pour cela, ils ont besoin de diversifier leur offre et d’attirer des résidents non-assurés en s’appuyant par exemple sur le marché commercial, qui est plus attractif en termes de rentabilité.

Merryleas Rousseau

Directrice Associée pour le secteur Assurance chez Standard & Poor’s