Tribune : Dans 15 ans, l’assurance automobile aura disparu… mais peut-être pas vous

Elon Musk (fondateur de Paypal et de TeslaMotor) déclarait en mars 2015 : «Dans le futur, je pense que l’on pourra en arriver à interdire la conduite automobile sous prétexte que c’est une activité trop dangereuse. On n’autorisera plus une personne humaine à conduire une machine de deux tonnes potentiellement létale. »

Certes un peu tonitruante (et par ailleurs minimisée par son auteur quelques temps après), cette déclaration illustre une option qui se renforce chaque jour : Les voitures autonomes (c’est-à-dire sans chauffeur) sont l’avenir de l’automobile. C’est une conviction largement partagée si l’on observe les investissements consentis par de nombreux acteurs et la proximité de cette mutation pourrait être plus proche que l’on ne croit.

L’Eno Center for Transportation annonce un début de la commercialisation des dites voitures autonomes dans les 7 ans et de 5 à 8 ans supplémentaires pour l’apparition d’offres à prix abordables permettant une diffusion de masse. Notons que cette autonomisation est également en cours dans le domaine du train, du bus ou même de l’avion… Mais si l’on se concentre sur l’automobile, il convient de mettre en lumière deux des nombreux impacts :

Tout d’abord une diminution drastique du nombre d’accidents puisqu’on estime que 93% d’entre eux sont liés à des comportements humains (70% à 80 % selon l’administration américaine en charge de la sécurité des autoroutes)

Par ailleurs, un facteur majeur d’accroissement des parcs de véhicules partagés du fait de l‘optimisation induite de la disponibilité. Cet avantage rencontrant une tendance de fonds à la « dépossession » qu’il s’agisse de conducteurs privés (L’institut de recherche sur les transports de l’université du Michigan annonce une chute de 43% ) ou de flottes puisque le nombre de véhicules utilisés dans le cadre de l’auto partage pour entreprises devrait se multiplier par 50 durant les 6 prochaines années en Europe (Frost & Sullivan).

En synthèse, à moyen terme, une diminution substantielle du nombre de véhicules personnels et du nombre global de véhicules (optimisation des usages avec le les systèmes de partage) et raréfaction voire disparition des sinistres majeurs. Cette faible quantité de matière assurable permettra-t-elle la survie de tous les acteurs actuels ? Même si la tentation de répondre par l’affirmative est forte, l’avenir n’est peut-être pas aussi sombre qu’il n’y paraît pour les acteurs qui auront réalisé les choix stratégiques adéquats.

En premier lieu, il est quasiment certain que de marchés de niches subsisteront pendant une période assez longue. A titre d’exemple, on peut citer le marché de la moto (à la fois car les projets d’autonomisation semblent plus complexes du point de vue de l’équilibre mais aussi pour l’aspect plaisir de la conduite), le parc des véhicules dédiés au non-urbain (4*4 par exemple), etc …

En second lieu, même sur des voitures autonomes, certains risques persisteront (vol, bris de glace,…) mais surtout d’autres apparaîtront (dysfonctionnement électronique, voir hacking) et se réaliseront à grande échelle. Cela nécessitera de nouvelles couvertures (et de nouvelles compétences peut être) qui néanmoins ne s’adresserons pas au client final.

Quelques observateurs prennent le pari qu’elles seront commercialisée auprès des constructeurs (dans un modèle embarqué type carte de paiement). Pour ma part, je crois plutôt que le bon prospect est le fournisseur de l’OS mais peu importe car dans les deux cas, c’est le passage d’un marché de masse à un marché oligopolistique. Cependant, au-delà de la difficulté opérationnelle pour tous les acteurs de jouer sur ces leviers tactique, une option stratégique parait plus prometteuse.

Le partage et l’autonomisation ne sont que les outils technologiques qui accompagnent l’émergence d’une nouvelle vision comportementale du transport (particulièrement dans les mégalopoles mais pas que) et la matière assurable qui est en train de se créer est celle de la mobilité. Pour aller vite, au lieu d’assurer un bien qui permet de se déplacer, on assure une personne qui est mobile (soit dans sa voiture, soit sur un vélo, soit dans une voiture partagée, soit dans un train……) et d’ailleurs cette analyse est déjà en cours chez certains leaders

Pour appréhender au mieux ces sujets et se préparer, les acteurs concernés pourraient suivre les quelques règles suivantes : Avoir l’esprit ouvert : beaucoup d’acteurs doutent de la réalité de la diffusion de masse des voitures autonomes…ils ont de très bonnes raisons de le faire…au moins autant que ceux qui parient qu’elle se réalisera.

Tester, Tester, Tester : investir dès à présent dans toutes sortes de dispositifs, même sur des périmètre restreints, présente de nombreuses vertus comme une meilleure appréhension, se crédibiliser auprès des partenaires de demain et acquérir de la donnée et de l’expérience. A ce titre, Allianz et Axa ont pris une longueur d’avance sur la voiture connectée
Développer ou créer une culture du service, qui s’autofinance au-delà de la prime assurancielle. En synthèse, une grande peur qui peut déboucher sur de très beaux projets pour se reinventer.

Frédéric Panchaud
Directeur de Secteur Assurance, Sanitaire et social, Protection Sociale
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