Interview : « Le fardeau fiscal a atteint le seuil maximum », selon B.Spitz (FFSA)

Bernard Spitz, président de la Fédération Française des Sociétés d’Assurances (FFSA) , a répondu aux questions de News Assurances Pro lors de la présentation des résultats de la FFSA. Retrouvez l’interview dans l’hebdomadaire n°57.

Quel bilan de l’année 2012 tirez-vous pour l’assurance en France ?

2012 a été difficile en raison de l’environnement à la fois européen, réglementaire et fiscal, mais l’assurance a montré une extraordinaire résistance. Elle a assuré son rôle de protection. Nous avons répondu aux 14M de sinistres qui se sont produits cette année. L’assurance a montré qu’elle accompagnait les Français dans leur quotidien. Sur le plan du financement de l’économie, l’assurance a contribué très fortement à stabiliser l’écono­mie française puisque 56 % des investissements des assureurs ont été placés dans les entre­prises et nous avons franchi la barre des mille milliards d’euros investis dans les sociétés, avec un biais domestique très fort pour les entreprises françaises qui profitent prioritairement de ce financement.

Et en ce qui concerne l’assurance-vie ?

L’assurance-vie a connu une collecte nette négative de 3,4Mds d’euros, un phénomène inédit. Il faut relativiser cet événement et le nuancer. D’une part, les encours restent en hausse à plus 3% à 1391Mds d’euros. D’autre part, ces montants s’expliquent assez largement par un phénomène exogène qui a été l’avantage ac­cordé pour le déplafonnement du livret A et du LDD qui représente 50Mds d’euros (c’est le montant de la collecte nette sur l’année, ndlr). Si il n’avait pas eu lieu, on peut penser qu’une partie cette somme ce serait retrouvée dans l’assurance-vie.

Vous êtes assez consensuel avec les banquiers, le phénomène de décollette de l’assurance-vie est dû aussi à leur besoin d’alimenter leur livret bancaire…

Le vrai sujet est de savoir si l’éco­nomie favorise ou non l’épargne longue par rapport à l’épargne courte. La capacité de la France à sortir de la crise économique est fondamentalement liée à notre capacité à investir sur le long terme et pour cela, l’assurance-vie est le premier levier de financement. Les encouragements à l’épargne courte brouille le message.

 Qu’est-ce que les assureurs attendent du rapport Berger-Lefebvre ?

Que la priorité soit donnée à la stabilité. La stabilité de l’environnement réglementaire est essentielle. Cette année le taux de rendement est légèrement supérieur aux 2,90 % escomptés. Il est très favorable aux unités de compte dont le rendement est supérieur à 12 %. Les Français attendent de la stabilité pour pouvoir s’engager, il ne faut pas les perturber en leur donnant un sentiment de complexité et, de fait, nous ne voulons pas être pris a contre pied de nouvelles réglementations.

 Le secteur a été fortement affecté ces dernières années en termes de fiscalité, vous avez le sentiment que vous avez atteint le seuil maximum ?

On voit que le secteur de l’assurance a payé un très lourd tribut fiscal depuis 2009 et cela retombe sur les assurés. Par rapport à son poids dans l’écono­mie française et, compte tenu du fait que c’est un secteur impor­tant qui crée de l’emploi, je crois que le fardeau fiscal a vraiment atteint le seuil maximum. Nous accordons de l’importance aux déclarations de François Hol­lande qui disait à l’automne que l’effort devrait dorénavant porter sur la sphère publique. Nous sommes solidaire de cet effort budgétaire qui doit être accompli par la nation et les assureurs remplissent leur part, même au delà.