Grands risques : Le marché de l’assurance aviation en quête de rentabilité

    Christophe Paulin

    TRIBUNE – Le marché de l’assurance aviation est confronté à des changements majeurs qui semblent passer au second plan, tant le manque de profitabilité du secteur ces dix dernières années a monopolisé l’attention.

    La hausse continue du trafic aérien couplée aux évolutions technologiques engendre une diversification et une complexification des risques pour le secteur aéronautique. La dernière décennie a vu l’apparition des prémisses du tourisme spatial, l’intégration des UAVs (communément appelés drones) dans l’espace aérien, les risques cyber, la réduction de la séparation entre aéronefs par système satellitaire, l’intégration de nouveaux matériaux notamment composites, pour ne citer que quelques exemples.

    Une évolution complexe pour l’assurance aviation face à des innovations technologiques constantes

    Il est souvent reproché aux garanties aviation de ne pas avoir su évoluer au même rythme que les évolutions technologiques et les besoins de transfert de risque des acteurs du secteur aéronautique. Mais l’assurance aviation a aussi été souvent réduite ces dernières années à une commodité dont la seule valeur est d’être… la moins couteuse possible. Il semble difficile aujourd’hui pour les assureurs aviation d’investir dans l’innovation ou d’étendre certaines garanties, alors même que leur cœur d’activité n’est pas rentable.

    Une remise en cause du secteur apparait indispensable et tous les acteurs doivent comprendre qu’un marché profitable est au bénéfice de tous. La surcapacité a été le point Godwin des discussions entre assureurs depuis le milieu des années 2000. Mais il ne faut pas oublier que, dans un marché qui donne à un seul assuré une limite de garantie équivalente à deux fois la prime totale annuelle mondiale collectée, il est indispensable de disposer des capacités suffisantes afin de couvrir convenablement les sinistres catastrophiques qui constituent sa vocation première.

    Il semble par ailleurs de plus en plus évident que les limites actuelles de garanties RC des compagnies aériennes vont devenir insuffisantes au regard des montants d’indemnisation moyens par passager et de la capacité des avions récents. Certains montants d’indemnisation récents, dans des circonstances tragiques et exceptionnelles, excèdent désormais 100m $ par passager. Et ceci sans même tenir compte d’éventuels dommages aux tiers non transportés.

    Dans un secteur où la technologie évolue rapidement, il est frappant que les garanties actuelles soient les mêmes que celles qui existaient il y a plusieurs décennies.

    Les franchises pour les compagnies aériennes varient de 500 000$ à 1,5M$ et ont été fixées il y a plus de 30 ans. Le coût moyen des avions commerciaux a été multiplié par 6 dans cette même période, sans que la franchise n’évolue en conséquence, ni ne tienne compte de l’inflation. L’impact des nouvelles technologies engendre également une hausse significative des coûts de réparation, parfois jusqu’au triple par rapport à l’aluminium. Dans le même temps, l’aviation d’affaires a vu les franchises applicables aux dommages matériels réduites de 100 000$ à 25 000$, pour finalement disparaitre totalement dans certains cas.

    Les assureurs se sont longtemps reposés sur le fait que chacun des segments (Aerospace, Airlines, Aviation Générale) compensait les pertes respectives de l’autre, plus ou moins à tour de rôle. Cependant, ces 8 dernières années des sinistres importants ont impacté tous les segments simultanément, sans considération des temps de développement habituellement plus long du segment Aerospace. Au cours des 10 dernières années, le marché de l’assurance aviation générale aux US a été touché par un sinistre excédant 50m en RC tous les 1,2 ans, et excédant 100m tous les 2,2 ans (cf. Ainonline, 07.05.2018).

    Aujourd’hui, le volume de primes collectées ne permet pas de faire face à cette sinistralité, en l’absence de sinistres dits majeurs. Une réaction disproportionnée ne serait sans doute bénéfique pour aucun des acteurs du secteur à moyen terme, mais les assureurs ne peuvent plus se permettre de rester hermétiques aux changements impactant les stratégies de transfert de risques des clients.

    Un marché viable et compétitif est souhaitable et garant de l’adaptation aux enjeux à venir, tout en reconnaissant que chaque assureur a ses objectifs et appétits qui lui sont propres. Le dynamisme du secteur aéronautique et les besoins de mobilité croissants préfigurent toutefois un avenir ambitieux pour les acteurs du secteur, qui sauront tirer profit de cette croissance en adaptant leur offre aux besoins de l’industrie.

    Par Christophe Paulin, souscripteur aviation chez Beazley France