Florence Tondu-Mélique : “2023 ou l’accélération de la tectonique des risques”

Florence Tondu-Mélique est directrice générale de WTW France et Luxembourg.
Florence Tondu-Mélique est directrice générale de WTW France et Luxembourg.

TRIBUNE – Florence Tondu-Mélique, directrice générale de WTW France et Luxembourg, considère nécessaire d’oeuvrer à une réduction du coût total et à une prise en compte globale du risque. Cette tribune est publiée dans notre magazine sur le Bilan 2023 de l’assurance.

L’assurabilité aura été une nouvelle fois mise sous tension en 2023. Si l’on peut tout d’abord se réjouir de constater que le système tient, nul ne peut ignorer des signaux, qu’on ne doit plus qualifier de faibles, d’un changement structurel de plus en plus sensible.

La question de l’assurabilité du monde n’est certes pas nouvelle. Dès 1990 et le premier rapport du GIEC, les scientifiques ont alerté sur le danger du réchauffement climatique. La prise de conscience de masse de ses conséquences remonte à 2015 et la COP 21 durant laquelle Henri de Castries, alors directeur général du Groupe AXA, avait déclaré qu’« un monde plus chaud de 4° serait impossible à assurer ».

Avec des risques de plus en plus interconnectés qui augmentent en fréquence, en complexité et en intensité, nous sommes en train de passer du monde de la statistique à celui de la stochastique. 2023 est une année de démonstration des scénarios envisagés : tout se passe comme prévu, et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle.
Sur le front du climat tout d’abord. La température moyenne mondiale enregistrée cette année correspond à un réchauffement de +1,5° depuis l’ère préindustrielle. Les records de dommages liés aux catastrophes naturelles se succèdent et appellent un changement de paradigme sur leur appréciation et prise en charge. Les périls secondaires, à l’exemple du phénomène de grêle, viennent choquer les modèles assurantiels. à court-terme, un consensus s’est forgé pour relever les taux de cotisation du régime Cat Nat français dont le point d’étape à l’automne de la mission Langreney salue la vertu. Pour autant, les changements à opérer requièrent une réponse holistique et structurelle.

Si l’élévation du risque climatique est désormais bien identifiée, d’autres accélérations viennent également ébranler les certitudes. A commencer par les nuclear verdicts et l’explosion des punitive damages aux Etats-Unis, dont la prise en charge assurantielle est problématique – compte-tenu des montants en jeu – quand elle n’est pas interdite, sans même évoquer le sujet tentaculaire des PFAS. Des zones d’inassurabilité émergent dans le domaine de la santé où l’inflation des coûts médicaux, conjuguée à la hausse des actes et de l’absentéisme, soulève le problème de l’accès du plus grand nombre à une couverture de qualité.

En outre, les difficultés croissantes des collectivités publiques à accéder aux guichets dont elles ont besoin, aggravées par les épisodes d’émeutes, ne doivent pas être ignorées.

2023 restera l’année d’une autre prise de conscience massive, celle de l’impact de l’intelligence artificielle générative sur les vies et les économies. à la fois risque émergent, par nature mal appréhendé des modèles assurantiels, elle sera aussi très certainement partie prenante à l’élaboration de solutions face à la double transition du monde, écologique et démographique.
Tout ceci dessine une tectonique des risques qui, à la manière de l’écorce terrestre, voient leur structure se modifier irrémédiablement dans un double phénomène de mutation tendancielle et de rupture.

Sans céder au catastrophisme, nous devons prendre la mesure de ces enjeux et œuvrer à une réduction du coût total et une prise en compte globale du risque, de la prévention au financement, sans oublier l’intérêt de partenariats public-privé sur les aspects systémiques.

Par ses principes d’universalité, de solidarité et d’efficacité, la mutualisation du risque est un soutien puissant au développement et à la résilience des sociétés.
Dans ce contexte, le rôle du courtage est plus que jamais réaffirmé, avec une approche spécialiste qui fait la part belle à l’expertise, à la technologie et au conseil.

La structuration par industries tout d’abord, qui est la nôtre chez WTW, permet, grâce à une connaissance pointue du risque par verticale, d’apporter des solutions sur-mesure aux entreprises dont les secteurs sont exposés de manière spécifique à ces dynamiques.

Dans notre métier, la science des données, la capacité à identifier, comprendre, mesurer, prévenir, structurer et financer les risques seront au cœur de l’équation. Par le développement de produits et de services innovants, le courtage peut jouer un rôle décisif pour combler le fossé de protection et rapprocher risque et capital. Ainsi, les renouvellements de la fin d’année, qui se sont distingués par davantage d’hétérogénéité des stratégies de placement selon les lignes et les profils des sous-jacents, ont été aussi sources d’opportunités. Loin d’être conjoncturelle, cette nouvelle donne est vouée à perdurer. Elle guide déjà nos choix stratégiques chez WTW.

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