Enquête : Les dessous de CCMO Mutuelle

Pendant plusieurs semaines les rédactions de News Assurances Pro et de la Lettre de l’Assurance ont enquêté sur CCMO Mutuelle. Véritable institution dans l’Oise, la mutuelle vit des heures compliquées tant sur le plan financier que sur celui de sa gouvernance.

Les investigations de nos journalistes s’appuient sur des documents confidentiels et des témoignages de sources internes à l’entreprise. Elles mettent au jour les luttes intestines, les guerres de clans, les arrangements entre copains, les partenariats commerciaux obscurs et une gestion financière parfois hasardeuse qui interrogent sur le pilotage de la mutuelle. C’est par exemple le cas des accords passés à la Réunion, qualifiés de potentiellement frauduleux par des rapports d’audit et qui lient la mutuelle à une société off-shore basée à l’Île Maurice et détenue par l’un de ses administrateurs.

Un véritable puzzle que nous avons patiemment reconstitué et dont voici le résultat. Dans cette histoire, la soif de pouvoir et la volonté inébranlable de le conserver quel qu’en soit le prix ont mis en danger une mutuelle et foulé aux pieds les sacro-saintes valeurs dont elle est censée être l’un des porte-étendards.

Les onglets ci-dessous explorent les différents volets de l’enquête du partenariat à la Réunion, aux soubresauts de gouvernance, en passant par la fragilité financière et les principaux protagonistes de ces 18 mois de tumulte.

Suspicion de fraude, conflit d’intérêts, risques de conformité dans le cadre de la lutte anti-blanchiment et de financement du terrorisme… le partenariat entre la mutuelle picarde CCMO et la mutuelle réunionnaise RéuniSolidarité sur l’assurance obsèques a été épinglé par plusieurs audits internes auxquels nous avons eu accès.

Tout a commencé en 2014. CCMO Mutuelle signe un accord de partenariat avec RéuniSolidarité pour distribuer des assurances obsèques à La Réunion. Jacky Lauret, alors directeur général de RéuniSolidarité, passe un accord avec Christian Germain, alors directeur général de CCMO Mutuelle. Ils créent l’UGM Réunimo. Cet accord permet à CCMO d’augmenter considérablement le nombre d’adhérents, puisque RéuniSolidarité apporte 43.000 personnes protégées, soit 40% des assurés de CCMO. La mutuelle picarde récupère également le portefeuille santé de RéuniSolidarité sans compensation financière.

Une présidente de paille

Depuis, Jacky Lauret a quitté la direction générale de RéuniSolidarité mais reste aux manettes d’un système bien huilé composé d’une mutuelle (RéuniSolidarité), une société de services (SAS Marguerite), maison-mère d’une société de pompes funèbres qui est également société de courtage (PF2) avec laquelle la mutuelle travaille de façon exclusive et une société offshore (RIC). Jacky Lauret est le fil conducteur entre toutes ces entités, ce qui soulève quelques questions autour des conflits d’intérêts. Il est également délégué à l’assemblée générale de RéuniSolidarité et administrateur de CCMO. À la tête de la mutuelle réunionnaise, Marguerite Vienne, âgée de 74 ans, serait ” une présidente de paille “. Jacky Lauret préside par ailleurs la SAS Marguerite, société détenue par RéuniSolidarité. Il aurait également pris une participation dans la société RIC basée à l’Île Maurice.

Selon plusieurs sources, Jacky Lauret facturerait des prestations à la mutuelle depuis la SAS Marguerite, et ferait remonter de l’argent à la société off-shore, selon plusieurs sources. Par exemple, lorsque PF2 commande du matériel funéraire, une commission est perçue par la société off-shore.

Jacky Lauret réside actuellement en Thaïlande, mais fait le déplacement à Beauvais pour participer aux assemblées générales et aux conseils d’administration de CCMO Mutuelle. Le directeur général de RéuniSolidarité, Thomas Boyer, siège également au conseil d’administration de la mutuelle picarde. « Ce montage financier, avec l’implication indirecte d’une société offshore à l’Île Maurice pourrait conduire à un détournement du caractère non lucratif de la mutuelle », indique un observateur.

Montage de RéuniSolidarité

43.000 adhérents inconnus

CCMO Mutuelle ne connaît pas les adresses des 43.000 adhérents de RéuniSolidarité. Les garanties prises en charge par CCMO Mutuelle ne sont pas définies. Lorsqu’un décès survient, RéuniSolidarité demande à CCMO de lui verser une somme forfaitaire de 800 euros, avec comme seule référence un nom et un prénom !

Cette méconnaissance entraîne un risque de non conformité dans le cadre de la lutte anti-blanchiment et du financement du terrorisme mais surtout elle entraîne une suspicion de fraude. « RéuniSolidarité pourrait encaisser plus de cotisations et sous-déclarer le nombre d’assurés auprès de CCMO Mutuelle. En cas de décès, CCMO Mutuelle n’a pas le moyen de s’assurer que la personne fait partie des 43.000 adhérents déclarés », s’inquiète un observateur.

Des flux financiers en liquide

Par ailleurs, environ 80% des flux financiers sont en liquide, entraînant ainsi un fort risque de malversation. Un audit commandé à Actuaris recommande de « vérifier que les enfants de moins de 12 ans ne sont pas couverts ». Les contrats obsèques commercialisés couvre en effet toute la famille alors qu’il est illégal de faire souscrire une assurance décès à un mineur de 12 ans. Enfin, cette anonymisation des adhérents empêche CCMO Mutuelle de convoquer les membres de RéuniSolidarité à l’assemblée générale.

Quel risque porte CCMO Mutuelle ?

Ces irrégularités ont été soulevées par plusieurs audits d’Actuaris, Fidal et Athela commandés par Ronan Le Joubioux, le successeur de Christian Germain à la tête de la mutuelle. Le contrat, co-assuré par CCMO, serait « dépourvu de cause et d’objet », du fait que CCMO reverse tous les bénéfices à RéuniSolidarité. La mutuelle réunionnaise perçoit une indemnité de gestion de 12% des cotisations. De son côté, CCMO perçoit une indemnité de 3% des cotisations, mais elle s’engage à les reverser à l’UGM Réunimo.

Une réserve de stabilité est prévue dans le contrat selon laquelle, si le compte de résultat est excédentaire, CCMO s’engage à verser le solde créditeur à RéuniSolidariré. En cas de déficit, RéuniSolidarité s’engage à combler le solde débiteur auprès de CCMO. Le partenariat serait donc économiquement neutre pour CCMO, mais les auditeurs se demandent « quel est le risque réellement porté par CCMO ? » et alertent du risque de requalification. « Le reversement de 3% n’est pas justifié et comporte un risque de non-conformité à l’intérêt de CCMO » ainsi qu’un “risque disciplinaire en cas de contrôle de l’ACPR », selon l’audit de Fidal.

Par ailleurs, RéuniSolidarité est en procès avec son concurrent La Mutualité de la Réunion depuis 5 ans pour non respect du libre choix de l’opérateur funéraire par l’adhérent d’un contrat obsèques. En effet, RéuniSolidarité demanderait aux assurés souhaitant choisir librement leur société de pompes funèbres de « présenter la facture de la société de pompes funèbres agréée ». Or, la mutuelle n’a agréée que la société PF2.

Touche pas à La Réunion

Ce contrat à La Réunion est à l’origine des multiples revirements de gouvernance de CCMO Mutuelle. Lorsque les successeurs de Christian Germain ont essayé d’y mettre un terme, ils ont été éconduits. En effet, Ronan Le Joubioux a émis début 2018 un rapport d’étonnement suite aux irrégularités soulignées par les différents audits. Le conseil d’administration avait alors décidé de résilier le contrat à La Réunion. Mais cette décision n’a jamais été mise en oeuvre. Quelques semaines plus tard, Ronan Le Joubioux quittait la mutuelle. Les critiques d’Hubert Gorron à l’égard du contrat à La Réunion seraient également à l’origine de son départ. Dernier lanceur d’alerte connu, Vincent Desjonquères, premier vice-président de CCMO, a écrit à l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) à propos des irrégularités du contrat avec la Réunion le 28 décembre 2018.

Contactée, la direction générale de CCMO Mutuelle n’a pas souhaité répondre à nos questions. Pol-Henri Minvielle, directeur général, et Caroline Aubry, directrice générale adjointe, occupaient des fonctions clés de la mutuelle lors de la mise en place du contrat avec RéuniSolidarité.

Un audit interne commandé par CCMO au cabinet Actuaris soulève des défauts de gestion, une rentabilité en berne et des risques de sanction.

Christian Germain, directeur général de CCMO Mutuelle pendant 18 ans, se dit l’auteur de la croissance fulgurante de la mutuelle beauvaisienne. Dans un entretien accordé à News Assurances Pro en octobre 2017, Christian Germain se vantait d’avoir transformé la mutuelle, qui est passée de 40 à 200 salariés, de 90.000 personnes protégées et gérées à plus de 200.000 en santé et à plus de 100.000 en prévoyance ; d’avoir multiplié par six les fonds propres, d’avoir augmenté le nombre d’agences, d’avoir créé une crèche inter-entreprises de 60 berceaux et un restaurant inter-enterprises .

Le conte de fées s’est brusquement interrompu en octobre 2017, lorsque le conseil d’administration de la mutuelle décide de mettre à pied Christian Germain. Son successeur Ronan Le Joubioux, commande une série d’audits sur la situation de la mutuelle, présentés aux administrateurs, auxquels nous avons eu accès. Leurs conclusions sont accablantes : CCMO se trouve dans « une situation plus dégradée que la moyenne du marché, ce qui la rend moins compétitive pour les prochaines années », écrivent les auditeurs du cabinet Actuaris.

Chiffre d’affaires en baisse

Entre 2015 et 2017, la mutuelle a perdu 8% de ses adhérents, passant de 85.000 à 78.537 personnes protégées, une baisse portée par l’érosion des contrats collectifs (-10% d’adhérents). En assurance individuelle la baisse est de 6%, de 41.221 personnes à 38.854 personnes, même si de 2016 à 2017, le nombre d’adhérents a progressé de 1%.

Le chiffre d’affaires a diminué de 6 millions d’euros entre 2015 et 2017 pour atteindre 97,3 millions d’euros. Actuaris souligne dans son rapport que « le segment des contrats individuels a plutôt bien résisté à l’ANI, avec une réduction du nombre d’adhérents partiellement compensée par la hausse des cotisations ».

L’individuel compense les déficits du collectif

La mutuelle réalise la moitié de son chiffre d’affaires en assurance collective en 2017, alors qu’en moyenne, les autres mutuelles du marché ne concentrent que 30% de leur activité sur le marché de la collective. « Si le ratio S/P global est de 99,8%, cet équilibre masque une plus forte compensation pour CCMO entre le collectif (S/P=110,5%) et l’individuel (94,1%) », indique Actuaris. Face à cette situation, le redressement s’est opéré essentiellement sur les contrats individuels, dont les S/P nets de frais sont passés de 97,2% en 2015 à 93,8% en 2016. Chez CCMO, les cotisations des adhérents individuels, essentiellement des TNS et des retraités, compensent donc la perte sur les contrats collectifs. « La pérennité des équilibres techniques de CCMO s’avère donc fragile », selon les auteurs de l’audit.

Quand les entreprises des copains sont déficitaires…

Le texte révèle l’existence de 4 comptes structurellement déficitaires : Medef de l’Oise, Transdev, Compagnie des Femmes, Chambre de commerce et de l’artisanat. À eux quatre, ils ont généré des pertes de 246.000 euros en 2017, un montant supérieur au gain réalisé sur les 16 comptes excédentaires. A noter, que ces comptes dits sensibles jouent un rôle vis-à-vis de CCMO, présentant un lien étroit avec des administrateurs, fournisseurs, contacts privilégiés de l’ancienne direction… Le président de CCMO, Marc Salingue, est par exemple membre du Medef de l’Oise. Face à cette situation, les auditeurs appellent les dirigeants de la mutuelle à redresser voire résilier les comptes les plus déficitaires.

Les plus anciens assurés paient le prix fort

L’avenir de la mutuelle semble compromis, car « en 2017, les gammes individuelles anciennes sont celles qui génèrent la quasi-totalité des excédents de CCMO. Les offres récentes, sont quant à elles globalement déficitaires ». Ces nouvelles gammes représentent 33% des adhérents  de la mutuelle. L’érosion des gammes anciennes pourrait donc conduire à des pertes structurelles à court-moyen terme.

Des frais réels supérieurs aux frais contractuels

L’audit révèle un taux de frais réels en 2016 de 18,7%, deux points au-dessus du taux de frais contractuels prélevés sur les cotisations. En collective, l’écart entre le taux de frais réels et le taux de frais contractuels est de 8 points. Cet écart « limite la capacité d’indexation », et donc la possibilité de redresser les contrats déficitaires.

En santé, CCMO commercialise une gamme de produits très large, comportant un effectif très faible, ce qui rend difficile la surveillance de portefeuille et limite la capacité de redressement. Cette diversité de produits engendre des coûts de gestion et génère un “risque d’homme clé” sur les collaborateurs qui maîtrisent ces produits.

Aucune maîtrise en prévoyance

En ce qui concerne la prévoyance, la conception des produits s’est faite « sans aucune maîtrise », ni sur le risque, ni sur la commercialisation, selon Actuaris, entraînant ainsi des risques financiers et de sanction de la part de l’autorité de contrôle. Le cabinet d’audit pointe que « les produits actuellement en portefeuille peuvent être soumis à une forte anti-sélection », attirer majoritairement des personnes à risque, et conduire à des pertes. Ce phénomène s’aggrave par le phénomène du précompte, largement pratiqué par la mutuelle à l’époque (autour de 45% en santé et jusqu’à 80% en prévoyance). Le cabinet d’audit explique que le précompte incite le courtier à distribuer le produit sans prendre en compte l’équilibre technique et oblige la mutuelle à rémunérer le courtier, y compris en cas de résiliation du contrat pendant la première année. Dans le pire des cas, le montant des commissions payées peut être supérieur à celui des cotisations encaissées, alerte Actuaris. Enfin, les produits prévoyance sont fortement réassurés, ce qui empêche à la mutuelle de capter une bonne part les bénéfices.

Au regard de ce constat, il devient urgent pour la mutuelle de revoir entièrement sa stratégie si elle veut conserver ses 78.537 adhérents. Il en va de la pérennité de la mutuelle, qui tient à préserver son indépendance.

Depuis septembre 2017, la gouvernance de CCMO Mutuelle tangue. De Christian Germain à Pol-Henri Minvielle, la mutuelle a connu trois autres directeurs généraux, a changé de président et compose avec un conseil d’administration divisé.

Découvrez les personnages clefs des 18 derniers mois de CCMO Mutuelle, tous impliqués, à divers degrés, dans la situation de la mutuelle et son partenariat avec RéuniSolidarité.

Les présidents

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    Marc Salingue, président depuis le 29 mai 2018

    M. Salingue est un homme de mandats. Il en cumule une dizaine dont ses postes de dirigeant chez Sets, une entreprise de transport routier, Stock Route, un garage pour poids lourds. Il devient président de la CPAM de l’Oise en avril 2018, (collège Medef), est président de Medisis association de médecine du travail (collège employeur). Il est aussi membre de Ceser Hauts-de-France et administrateur à l’URSSAF et la Carsat, notamment.

    Chez CCMO, Marc Salingue devient administrateur en mai 2017. Il est toutefois contraint de démissionner en janvier 2018, suite à une plainte pour injures raciales déposée par Mohamed Zaafari, un autre administrateur de la mutuelle. Le procès doit avoir lieu en mai prochain.

    Pourtant, lors de l’assemblée générale de mai 2018, Marc Salingue retrouve son poste d’administrateur et est même élu président par un conseil d’administration très divisé.

    Il accepte le recrutement de Hubert Gorron en septembre 2018 au poste de directeur général, avant de mettre fin à son contrat pendant la période d’essai en décembre 2018. Dans la foulée, le président nomme Pol-Henri Minvielle et Caroline Aubry respectivement DG et DGA.

    Depuis son élection au poste de président, Marc Salingue perçoit un plafond de la Sécurité sociale, soit 3 377 € par mois. Cette indemnité spéciale avait été accordée à son prédécesseur, Marie-Catherine LALLEMAND lors de son départ à la retraite. Le conseil d’administration ne s’est pas jamais prononcé sur le transfert de cette indemnité au nouveau président.

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    Marie-Catherine Lallemand, présidente de 2012 à 2018

    Sage-femme de profession, elle est entrée au conseil d’administration de CCMO Mutuelle en 1993, est devenue trésorière en 1999 et présidente en 2012.
    Jusqu’en 2017, elle a formé un tandem de choix avec Christian Germain, directeur général débarqué en septembre 2017.
    C’est d’ailleurs pendant les années de sa présidence que se met en place le partenariat avec RéuniSolidarité.
    Elle est alertée en 2017 et 2018, comme les autres membres du conseil d’administration, par les audits et études menés sur cette activité.
    En 2016, âgée de 69 ans, elle annonce son départ en retraite. Une indemnité équivalente à un plafond mensuel de la Sécurité sociale lui est exceptionnellement accordée pour sa présidence.
    L’indemnité proposée par le directeur général de CCMO est validée par le conseil d’administration.
    Pourtant, selon différents administrateurs et salariés, sa présence au sein de la mutuelle reste limitée à quelques jours par mois et elle effectue encore des consultations de sage-femme.
    Malgré les bonnes relations entre le directeur général et la présidente, elle décide, en septembre 2017, de licencier Christian Germain, alors à quelques mois de la retraite.
    Ironie du sort ou retour de bâton, Marie-Catherine Lallemand fut elle-même contrainte à céder son poste de présidente à Marc Salingue en mai 2018.

Les directeurs généraux

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    Christian Germain, directeur général de 1999 à 2017

    Véritable patron de la mutuelle beauvaisienne pendant près de 20 ans, Christian Germain lança le partenariat décrié avec RéuniSolidarité, faisant ainsi rapidement monter le nombre d’adhérents de la mutuelle, mais ouvrant l’assemblée générale a un contre-pouvoir important.
    Il a recruté Ronan Le Joubioux en mai 2017 avec la perspective de lui transmettre les commandes de la mutuelle à son départ en retraite.
    Membre de l’Automobile Club de Paris, farouche défenseur de l’indépendance de la mutuelle mais en discussions avec quelques mutuelles locales pour les rapprocher, Christian Germain aura agi pendant 18 ans comme le seul vrai patron de CCMO Mutuelle, allant jusqu’à organiser un système de fichage des salariés qui lui a valu un passage devant le tribunal correctionnel en janvier dernier. Le procureur de la République de Beauvais réclame contre Christian Germain 500.000 euros d’amende et trois ans de prison ferme pour harcèlement moral et sexuel, pour avoir fait suivre par des détectives privés des collaborateurs, administrateurs et autres dirigeants de mutuelles de 2004 à 2017, aux frais de CCMO.

    Débarqué en septembre 2017 par le conseil d’administration à l’unanimité, il lui a été reproché des problèmes dans le management ainsi que des défauts de gouvernance. Il aurait pris seul la décision d’entamer des discussions avec Philippe Mixe, président de la mutuelle Just, en vue d’un rapprochement, sans en avertir la présidence.
    Marc Salingue, le nouveau président de CCMO Mutuelle a été élu avec le soutien des anciens fidèles de Christian Germain, laissant imaginer en interne un retour du DG historique. Qui s’annonce compliqué.

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    Hubert Gorron, directeur général de septembre à décembre 2018

    Comme il l’indique sur son profil LinkedIn, il réalisa « le tour du monde CCMO en 80 jours ».
    L’ancien directeur général de la Mutuelle des Cheminots (MGC) est nommé en septembre 2018 après l’intérim de 6 mois de Caroline Aubry.
    Hubert Gorron est démis de ses fonctions pendant sa période d’essai par le conseil d’administration de la mutuelle en décembre 2018.
    En quatre mois, il a l’occasion d’alerter les administrateurs sur le risque de conformité juridique du partenariat avec RéuniSolidarité, qu’il tente de remettre en ordre, tout en informant le président Salingue.
    Le sujet est même présenté en séminaire des administrateurs en novembre 2018.
    Lors du conseil d’administration du 19 décembre, Marc Salingue demande la fin du contrat du nouveau directeur général. Celui-ci, présent, est défendu par une partie du conseil mais ça ne suffira pas à sauver sa tête.
    Bénéficiant d’un statut de salarié protégé, se définissant comme lanceur d’alerte, Hubert Gorron porte l’affaire devant les prud’hommes. Il obtient gain de cause le 27 mars 2019, le jugement prévoit que l’ex-directeur général soit réintégré.

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    Caroline Aubry, directrice générael adjointe depuis décembre 2018

    Nommée à ce poste par Pol-Henri Minvielle en décembre 2018, elle est encore secrétaire générale et directrice juridique et conformité sur son profil LinkedIn.
    Ancienne avocate, elle est arrivée dans la mutuelle en 2010 après sept ans de barreau à Paris, au poste de responsable juridique. En 2016, elle devient directrice adjointe en charge de la conformité et prend par la même occasion la fonction clef conformité. Elle est partie prenante dans la rédaction du partenariat avec RéuniSolidarité conclu en 2014. En mai 2018, après le départ de Ronan Le Joubioux, elle est nommée directrice opérationnelle de la mutuelle, assistée par Pol-Henri Minvielle et Carole Lefevre, dirigeants effectifs.
    Pendant cet intérim, elle fait campagne pour devenir directrice générale de la mutuelle, mais elle n’est finalement pas retenue. Si des qualités de manager sont reconnues, elle ne passe pas l’assessment organisé par un cabinet indépendant. De plus, les vives tensions avec Pol-Henri Minvielle poussent le conseil d’administration à un recrutement extérieur.
    Hubert Gorron prend alors les rênes en septembre avant d’être démis de ses fonctions en décembre 2018.
    Suite à ce départ forcé, Pol-Henri Minvielle est nommé directeur général et Caroline Aubry directrice générale adjointe. Elle obtient, de ce fait, une hausse de salaire de 40%, ainsi que des indemnités équivalentes à 15 mois de salaire en cas de rupture de contrat. Le 27 mars 2019, le conseil des prud’hommes décide d’une réintégration d’Hubert Gorron a son poste de directeur général.

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    Ronan Le Joubioux, directeur général de septembre 2017 à mai 2018

    Recruté en tant que directeur général adjoint pour prendre la suite de Christian Germain, il se voit propulsé à la tête de CCMO Mutuelle en septembre 2017 après la destitution du directeur général historique.
    Selon les dates des missions des documents consultés, c’est lui qui lance les premiers travaux d’audits sur la situation de la mutuelle et plus particulièrement sur les errements réglementaires entre CCMO Mutuelle et son partenaire RéuniSolidarité.
    Il aurait également mis fin à la tentative de développement au Portugal lancée par son prédécesseur.
    Avocat parisien, passé par le cabinet Bachelot, Ronan Le Joubioux et CCMO Mutuelle se séparent « d’un commun accord ». Selon des membres du conseil d’administration et des sources internes, ses alertes sur l’activité réunionnaise de la mutuelle auraient accéléré son départ.

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    Pol-Henri Minvielle, directeur général depuis décembre 2018

    Centralien, consultant puis chargé de mission chez Generali, Pol-Henri Minvielle entre en novembre 2012 chez CCMO comme directeur délégué. Il participe à la stratégie de la mutuelle aux côtés de Christian Germain, et ne peut ignorer les agissements de la mutuelle et les partenariats, notamment avec RéuniSolidarité.
    Nommé fonction clef gestion des risques, il a également récupéré la charge de la fonction clef actuarielle après l’arrêt maladie du responsable Philippe Velche en septembre 2017.
    En mai 2018, au départ de Ronan Le Joubioux, Pol-Henri Minvielle est candidat au poste de directeur général. Il est alors dirigeant effectif, avec Carole Lefèvre, aux côtés de Caroline Aubry, directrice opérationnelle par intérim. Les deux dirigeants ne s’apprécient pas, et une campagne de dénigrement s’organise. Pol-Henri Minvielle, dont les qualités de « stratège » sont reconnues n’est pas retenu. « Les résultats de l’assessment organisé par un cabinet indépendant n’étaient pas satisfaisants », abondent des sources internes.
    L’arrivée d’un nouveau directeur général, Hubert Gorron, en septembre 2018 sonne le glas, temporaire, de ses ambitions.
    En décembre 2018, Hubert Gorron est évincé. Pol-Henri Minvielle lui succède. Selon nos informations, une hausse de salaire de près de 80% lui est alors accordée, ainsi qu’un parachute doré de 15 mois de salaire en cas de départ.
    Le 27 mars 2019, les prud’hommes de Beauvais demandent la réintégration d’Hubert Gorron à son poste de directeur général. Pol-Henri Minvielle devra-t-il quitter son poste ?

Les administrateurs

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    Vincent Desjonquères, 1er vice-président

    Administrateur et membre du bureau de la mutuelle, il est également directeur du parachèvement groupe de Saverglass, un groupe industriel de l’Oise.
    Spécialiste des ressources humaines, Vincent Desjonquères a soutenu la candidature d’Hubert Gorron avec lequel il possède un lien de parenté qu’ils considèrent comme « lointain ».
    Suite à la décision du conseil d’administration de mettre fin au contrat de travail du directeur général en décembre 2018, Vincent Desjonquères décide de porter l’affaire à la connaissance de l’ACPR. Il écrit à l’autorité et se rend physiquement dans ses bureaux parisiens en janvier.
    Il veut alerter sur la situation de la mutuelle, de son partenariat avec RéuniSolidarité et sur le licenciement du directeur général.

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    Jacky Lauret, administrateur

    Administrateur depuis juin 2016, il représente, avec Thomas Boyer, les intérêts de RéuniSolidarité au conseil d’administration de la mutuelle.
    Homme mystérieux, n’apparaissant quasiment jamais en photo, il est pourtant le personnage central du partenariat avec CCMO Mutuelle.
    Il est, en 2014, le dirigeant de la mutuelle réunionnaise et possède, via différentes sociétés, une entreprise de pompes funèbres.
    Avec 43.000 « adhérents » au contrat obsèques, RéuniSolidarité pèse 40% des voix dans l’assemblée générale de CCMO, sans pour autant fournir la moindre adresse ou état-civil clair des adhérents à la mutuelle. Un système qui permet de faire et défaire un conseil d’administration à chaque assemblée générale. Et, de fait, une présidence plus en phase avec les attentes réunionnaises, malgré les résultats déficitaires. Et fait de Jacky Lauret l’une des personnes les plus influentes de CCMO Mutuelle.

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    Mohamed Zaafari, administrateur

    Il est le gérant et fondateur du Groupe Zaafari, holding qui détient plusieurs entreprises de sécurité et nettoyage, basé à Beauvais.
    Le groupe est un client de CCMO Mutuelle mais aussi fournisseur puisque CCMO se reposait sur les services du Groupe Zaafari pour le ménage dans ses locaux.
    Fin 2017, Mohamed Zaafari est la cible de propos racistes tenus par Marc Salingue, également administrateur de la mutuelle. Il dépose plainte et oblige ainsi l’administrateur mis en cause à la démission.
    Depuis le retour de Marc Salingue et son accession à la présidence de la mutuelle, le Groupe Zaafari a perdu ses contrats d’entretien avec la mutuelle.

Depuis septembre 2017, c’est la valse des dirigeants à la tête de CCMO. Deux présidents et quatre directeurs généraux se sont succédé. Certains ont été limogés pour faute grave, d’autres pour avoir regardé d’un peu trop près le cas de la Réunion. Dans tous les cas, les transitions se sont faites dans la douleur.

Dans la frise chronologie interactive ci-dessous, nous revenons sur ces 18 mois de soubresauts au sommet de la mutuelle picarde.