Edito : Des insectes et des économes

Les Français sont averses au risque nous serine-t-on depuis plusieurs mois, voire plusieurs années. Pendant longtemps cela ne posait aucun souci. Mais aujourd’hui, le ver est dans le fruit. Les taux sont négatifs, et les assureurs-vie craignent de tomber comme des mouches si la situation devait perdurer. Car c’est un fait, le Français aime le doux nectar des produits liquides et garantis.

Il est finalement à la fois fourmi, puisqu’il soigne son bas de laine, et cigale, puisque cette passion pour la liquidité va à l’encontre du principe de placement à long terme et plus rémunérateur offert par les unités de compte. Mais d’où vient donc cette dichotomie entomologique ? D’un manque de culture financière affirment en nombre les assureurs. Il est vrai qu’à l’école, pour ceux qui n’ont pas choisi la filière économique et sociale – grand mal leur en fasse -, la bourse est essentiellement abordée sous l’angle des krachs de 1882, 1929 ou de la crise monétaire consécutive au choc pétrolier de 1973. De quoi vous coller le cafard en effet.

Mais les programmes de l’Education nationale sont-ils les seuls à blâmer dans cette histoire ? Je me rappelle ainsi de cette conférence de presse de Bernard Spitz pendant la campagne présidentielle de 2017. L’ex-président de la FFA vantait l’aspect couteau-suisse de l’assurance-vie. Pourtant, à l’époque, les taux de l’OAT à 10 ans naviguaient déjà autour des 1% et les marges financières des groupes d’assurance commençaient à accuser le coup, mettant en lumière la difficile réalité technique du métier d’assureur.

Car, pendant des décennies, les fourmis françaises ont été nourries au fonds euros par des réseaux de distribution bien contents de vendre un produit facile à commercialiser et sans la contrainte du sacro-saint devoir de conseil. Pas folle, la guêpe n’est donc pas allée voir plus loin que le bout de son dard et a cotisé sans compter sur ces contrats monosupports, jusqu’à constituer un encours de 1.500Mds d’euros, soit environ 60% de la dette française. Et aujourd’hui, on lui cherche des poux dans la tête en lui expliquant que la récré est terminée : ce n’est plus aux assureurs de porter le risque, mais aux épargnants. Finalement, ne seraient-ce pas les assureurs qui commenceraient à montrer des signes d’aversion au risque ?