Bénédicte Crété : “Le masque est obligatoire sur les sites de Groupama”

Interview avec Bénédicte Crété Dambricourt
Interview avec Bénédicte Crété-Dambricourt

INTERVIEW – Bénédicte Crété-Dambricourt, DRH de Groupama, détaille le plan de déconfinement qui a été mis en place pour les 25.000 collaborateurs du groupe en France. Le port du masque devient obligatoire sur tous les sites.

Comment s’organise le déconfinement chez Groupama ?

Rétrospectivement, le confinement était plus simple. Nous avons mis en place un protocole unilatéral groupe qui a posé les principes directeurs du déconfinement. Ce document a été partagé avec les organisations syndicales.

Avez-vous signé un accord d’entreprise ?

Non, nous avons fait le choix de ne pas passer par un accord de niveau groupe mais plutôt de privilégier le niveau entreprise par souci d’efficacité. Un accord de niveau groupe serait resté très macro et ne nous aurait pas dispensé des réunions d’information et consultation au sein de chaque entreprise du groupe.

Que prévoit le plan de déconfinement de Groupama ?

Le protocole répond aux critères de progressivité demandés par les pouvoirs publics. Le premier principe concerne la santé et à la sécurité de nos collaborateurs. Il prévoit la mise en œuvre de toutes les mesures de distanciation, des masques, du gel, le marquage au sol…
Les pouvoirs publics ont décidé que le masque n’était pas obligatoire si la distanciation sociale d’un mètre était respectée. Nous, en revanche, avons préféré rendre le port du masque obligatoire sur tous les sites de Groupama depuis le 11 mai et jusqu’à nouvel ordre.

Le deuxième principe concerne le retour des salariés en entreprise en fonction du type de métier. Sont prioritaires les collaborateurs dont l’activité a été perturbée voire rendue impossible par le télétravail. Par exemple, les commerciaux, dont le confinement complique considérablement l’activité, font partie des métiers qui sont déconfinés en premier. Pareil pour les consultants RH qui doivent finaliser les procès de recrutement, ou pour les formateurs qui peuvent poursuivre des sessions de formation en présentiel, en respectant les règles sanitaires.

Enfin, le troisième critère répond à des aspects de vie privée. Au sein d’une famille de métiers prioritaire, qui peut revenir ? Les personnes fragiles, les parents devant garder leurs enfants et les collaborateurs qui doivent prendre des transports en commun peuvent rester en télétravail au moins jusqu’à début juin. Ce grand cadre fixe la structure, en respectant les principes des pouvoirs publics. Cela a permis d’éviter toute situation discriminante. Sur cette base, nous avons demandé à certains collaborateurs qui souhaitaient revenir de rester en télétravail au moins jusqu’au 2 juin prochain.

Comment envisagez-vous le retour des collaborateurs d’ici septembre ?

Nous souhaitons que tous les collaborateurs reprennent contact avec l’entreprise d’ici septembre. Autrement dit, nous ne souhaitons pas que les personnes ayant quitté l’entreprise en mars ne reviennent qu’après l’été. L’objectif n’est pas d’instaurer un mode de fonctionnement dans lequel le télétravail 5 jours par semaine est la règle. Par roulement, les collaborateurs reviendront sur site. L’objectif est d’éviter les risques d’isolement et de rupture avec l’entreprise ou même que des collaborateurs puissent s’installer dans un certain « confort » déconnecté de l’entreprise.

Craignez-vous que les collaborateurs n’aient pas envie de revenir ?

Les meilleurs ambassadeurs du déconfinement sont les collaborateurs. Nous comptons sur le bouche-à-oreille entre les collaborateurs qui reviennent sur site et les autres pour motiver les plus réticents. Le 11 mai, dans la caisse régionale de Centre Manche, les premiers collaborateurs à revenir ont pris des selfies et envoyé des messages aux collègues en télétravail, en disant que c’était bien organisé.

Dans le bassin parisien, en revanche, il y a une appréhension des transports en commun. Nous avons rendu les parkings accessibles pour tous les collaborateurs. A Lille par exemple, nous prenons en charge les frais de stationnement.
On ne va pas demander aux gens de reprendre les transports en commun avant le 2 juin.

Pensez-vous que le télétravail deviendra majoritaire à long terme, dans l’emploi du temps d’un salarié ?

Nous devons nous interroger sur la nature du travail sur site. Revenir pour des moments de brainstorimong ou des réunions d’équipe me paraît important. Le déconfinement pose également la question de la gestion des situations hybrides, avec des équipes sur site et en télétravail.

Quel sera le rythme de déconfinement chez Groupama ?

C’est variable d’une entreprise à l’autre. Dans nos sites à l’Ouest de la France, par exemple, le déconfinement est plus rapide qu’à l’Est. Les établissements des caisses régionales où les gens peuvent aller travailler en voiture seront plus fréquentées que les sites dans des métropoles où les collaborateurs voyagent en transport en commun. Sur le bassin parisien, nous nous sommes fixés un objectif de 10-15% des postes de travail occupés pour démarrer. Et 30-35% en juillet. Les salariés en agence ont été déconfinés en premier. 40% des agences seront ouvertes à Toulouse fin mai, 70% en Bretagne, dans le Grand-Est on commencera début juin. L’objectif est d’atteindre entre 70 et 100% d’agences ouvertes d’ici l’été.

Allez-vous homogénéiser les accords télétravail entre les différentes entreprises de Groupama ?

Aujourd’hui, 6 caisses métropolitaines sur 9 disposent d’un accord de télétravail. Les deux caisses ultra-marines n’en disposant pas. 8 filiales sur 9 et l’ensemble des 6 entreprises de l’UES ont un accord.
Nous allons continuer de fixer des principes directeurs communs en matière de télétravail, mais n’envisageons pas d’accord de groupe sur le télétravail.

Comment s’est passé le confinement chez Groupama ?

Dans les quatre jours qui ont suivi l’annonce du confinement, le groupe a basculé en mode télétravail. La semaine du 21 mars, 80% des collaborateurs étaient en télétravail et la semaine suivante, ce taux a grimpé jusqu’à 97%. Préalablement, 20 des 26 de nos entités en France disposaient d’un accord de télétravail. Et au sein de ces entités, 15% des collaborateurs bénéficiaient du télétravail. Cela a été donc une prouesse de permettre à presque tout le monde de travailler à distance. Pour ce faire, le système D a très bien fonctionné, nous avons livré le matériel de l’entreprise chez les collaborateurs.

Avez-vous eu recours au chômage partiel ?

Groupama a décidé de ne pas avoir recours au chômage partiel et de maintenir l’intégralité des salaires. Des pans entiers de notre activité ont été à l’arrêt, comme par exemple notre filiale Mutuaide dédiée à l’assistance. Pour les collaborateurs avec des enfants, nous avons fait le choix d’accepter des situations de télétravail dégradées.

Comment avez-vous organisé le maintien d’activité ?

Le collectif des directeurs des ressources humaines a eu un rôle central avec la direction des risques et la logistique. A la demande du comité exécutif groupe, la DRH a géré les aspects de communication interne, juridiques, de sécurité. Nous avons été largement mobilisés pour rassurer et informer les collaborateurs, leur garantir un traitement équitable et fournir aux entreprises du groupe des analyses juridiques homogènes.

Cette crise a permis de développer la créativité et le lâcher prise des managers. Nous avons également organisé deux réunions par semaine avec les représentants du personnel de l’UES. Nous avons été agréablement surpris sur la façon dont les équipes ont rebondi pour pouvoir travailler à distance, avec de la motivation et de créativité pour trouver des formats innovants. Par exemple, nous avons adapté les sessions d’intégration des nouveaux collaborateurs, les cafés avec la direction générale, les newsletters.

Avez-vous constaté une hausse du désengagement ou des risques psychosociaux ?

Cette émulation a permis d’atténuer le sentiment de rupture des collaborateurs avec l’entreprise. Le confinement a mis certains salariés en difficulté, notamment des parents de plusieurs enfants en bas âge, que nous avons accompagnés au mieux.

Les assureurs ont été épinglés par les associations de consommateurs sur l’assurance automobile. Les restaurateurs ont également demandé aux assureurs de prendre en charge les pertes d’exploitation. Comment vos collaborateurs ont-ils perçu ces informations ?

Les collaborateurs ont eu besoin de comprendre la position des différents assureurs sur les pertes d’exploitation et les mesures annoncées par Groupama. Nous avons diffusé en interne un podcast avec une interview de Thierry Martel pour expliquer la position du directeur général sur les engagements pris par le groupe et le sens de ceux-ci.

Comment avez-vous vécu cette période d’un point de vue personnel ?

Cela a été une période extrêmement dense, avec des réunions en visio-conférence de 8h à 20h, mais j’étais entourée d’un collectif de collaborateurs soudés qui ont fait preuve d’une solidarité extrêmement forte. Nous nous sommes serré les coudes. C’est une belle expérience !

L'ENASS

L'École nationale d'assurances a été créée en 1947 pour répondre aux besoins de formation des salariés du secteur de l'assurance. Opérateur de formation de référence pour les diplômes d'assurance (Licence, Master, Doctorat, MBA), l’Enass propose des formations en alternance qui permettent d’accéder à des métiers très variés. Les cursus proposés sont à la fois polyvalents et techniques pour développer une culture générale assurantielle et devenir expert dans la spécialité pratiquée en entreprise. La licence professionnelle​ et le Master ​sont classés n° 1 des formations d’assurance de France.

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