Une santé d’enfer : Le pourboire

Une dermatologue en plein dépistage de mélanome.
Une dermatologue en plein dépistage de mélanome.

BILLET – Aujourd’hui, dans notre rubrique « Une santé d’enfer », retrouvez le témoignage d’une dermatologue qui a reçu un pourboire.

A l’heure où les médecins et l’Assurance maladie sont sur le point de boucler les négociations sur le tarif de la consultation médicale, l’histoire de Margot* illustre les besoins de revalorisation de la profession.

Margot est l’une des 1.318 dermatologues qui exercent en secteur 1 en France. Comme la moitié de ses confrères, elle applique le tarif conventionnel de 47,59 euros pour un dépistage de mélanome et ne facture pas de dépassement d’honoraires. En moyenne, un dermatologue encaisse 159.385 euros d’honoraires par an, selon l’Assurance maladie. Mais avec les charges, il faut diviser par deux ce montant pour obtenir son revenu imposable.

Margot reçoit dans son cabinet un patient bénéficiaire de la complémentaire santé solidaire. Donc avec des revenus inférieurs à 1.144 euros par mois. A la fin de la consultation, le patient n’a rien à régler. L’acte est entièrement remboursé par l’Assurance maladie. Et pourtant, après avoir enfilé sa chemise, le patient lui tend un billet de 10 euros. « Merci, merci d’avoir pris le temps. Je suis très content et je trouve que ce n’est pas cher payé » se justifie-t-il. Décontenancée, Margot rougit. Elle ne sait pas comment réagir et empoche les 10 euros.

Une revalorisation très attendue

A la fin de la journée, dans la solitude de son cabinet, elle explose de rire. Comment en est-elle arrivée là ? L’espace d’un instant, Margot se met dans la peau d’un serveur de bistrot ou d’une ouvreuse de théâtre qui peine à boucler ses fins de mois. N’oublions pas l’origine du mot « pourboire » qui permettait à la personne qui le recevait de s’acheter à boire.

Toutes ces années d’études et de sacrifices pour se retrouver coincée avec un salaire qui n’a pas progressé depuis des années alors que ses charges se sont envolées. Même si la comparaison avec tous ces métiers précaires est aberrante, la dermato aimerait aussi que sa rémunération fixe augmente. Le projet de nouvelle convention médicale prévoit que le tarif du dépistage du mélanome passe à 60 euros.

En revanche, quand elle enlève un mélanome par exérèse et évite ainsi le développement d’un cancer de la peau, elle ne facture que 68,80 euros. “Un acte sous-payé étant donné le temps passé, le niveau de technicité et de responsabilité, le matériel nécessaire…“, pense-t-elle. Margot se bat avec d’autres spécialistes pour obtenir un élargissement de l’APC (Avis ponctuel de consultant) qui va passer à 60 euros dans la nouvelle convention, et qu’elle ne peut facturer que si le patient est adressé par son médecin traitant. Elle aimerait faire sauter ce verrou, mais forcément, les généralistes ne sont pas d’accord. Guerre de chapelles. Si seulement elle habitait en Allemagne ou en Italie, elle gagnerait mieux sa vie.

A l’heure de la dématérialisation des moyens de paiement, cette pratique ancestrale du pourboire se transforme aussi ! Vous avez certainement vu des serveurs qui vous demandent si vous souhaitez laisser un pourboire en vous tendant la machine à carte bleue. Qui sait, peut-être qu’un jour, après le traditionnel « vous règlerez en espèces ou en carte ? », le docteur demandera « Souhaitez-vous laisser un pourboire ? ».

*Son nom a été modifié pour garantir son anonymat

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