“Un vaccin thérapeutique contre le sida dans quatre ou cinq ans” selon Luc Montagnier

    Le Prix Nobel de médecine 2008 participait à une conférence sur le futur de la recherche biomédicale au Parlement européen. Il nous a parlé de la désaffection des jeunes pour la science et de la lutte contre le sida, un virus qu’il a découvert en 1983. Il espère qu’un vaccin thérapeutique sera mis au point dans les prochaines années.

    On observe une véritable désaffection des jeunes aujourd’hui pour la recherche scientifique. Que pourrait-on faire pour rendre cette recherche plus attractive?

    Luc Montagnier : La science a récemment donné lieu à des implications que certains trouvent discutables pour le progrès de l’humanité. Il y a cette idée que la science n´est pas indispensable à la collectivité, ce qui n’attire évidemment pas les jeunes. On manque un peu de culture scientifique, notamment dans les émissions de télévision, par rapport aux Etats-Unis par exemple.

    Comment lutter contre ça ? Je pense qu’il faut montrer que si on est là aujourd’hui, c’est grâce à la science et à la médecine. La médecine et la recherche médicale sont vraiment indispensables, ce n’est pas un luxe, c’est vraiment une nécessité.

    Il faut aussi convaincre les politiques, qui ne parlent pas souvent de la science. Souvent quand il y des problèmes d’économies budgétaires, on tend à réduire les budgets de la recherche parce qu’il n´y aura pas de manifestations dans les rues en comparaison d’autres postes de dépenses.

    L’an dernier vous avez reçu le Prix Nobel pour vos recherches sur le VIH. A votre avis, que devrait faire l’Union européenne pour améliorer la lutte contre le sida ?

    LM : D’abord, on doit continuer la recherche. Tous les problèmes ne sont pas résolus, notamment on ne sait ni guérir ni prévenir l’infection par un vaccin. La recherche doit être innovative. A mon avis beaucoup d’argent a été gaspillé, pas tellement au niveau européen mais au niveau mondial, pour la recherche d’un vaccin préventif basé sur des concepts qui étaient faux.

    Moi-même j’ai souffert du fait que mon projet de vaccin thérapeutique – je ne parle pas de vaccin préventif – a été refusé au niveau européen : à l’époque on considérait comme non-éthique le fait d’arrêter la trithérapie pour tester le pouvoir immunisant d’un vaccin thérapeutique. Le principal but devrait être d’abord de faire un vaccin thérapeutique, de ne pas penser à un vaccin préventif. Cette idée commence à pénétrer, notamment aux Etats-Unis.

    D’autre part, il faut d’essayer d’identifier la fraction du virus qui résiste à la trithérapie, qui est ce qu’on appelle le « réservoir de virus ».

    A quelle échéance espérez-vous ce vaccin thérapeutique ?

    LM : Dans quatre ou cinq ans à partir du moment où on démarre, où on est financés. C’est une affaire de dix millions d’euros. Le projet est bien délimité, on sait exactement ce qu’on veut faire, et contrairement au vaccin préventif on peut déjà démontrer son efficacité sur un petit nombre de malades.