Révolution blockchain : Oubliez la techno et focalisez-vous sur les nouveaux usages (et ceux à inventer)

Il est délicat de se prononcer avec certitude sur les impacts que la Blockchain pourrait avoir dans le monde de l’assurance. Pourtant, quelques axes semblent déjà se dégager: La sharing économie / La densification de la relation client / Les nouveaux produits et modèles.

La sharing économie

PwC estime ce pan économique à 15 Milliards de dollars en 2013 et fait le pari qu’en 2025, il atteindra 335 Milliards de C.A. (c’est-à-dire que les montants générés par la sharing economie seront équivalents à ceux des entreprises traditionnelles des secteurs concernés). Sur ce segment, la Blockchain offre de nombreuses perspectives pour les assureurs:

  • D’abord, elle constitue une technologie à l’intérêt immédiat pour accompagner l’essor des nouveaux acteurs Peer-to-Peer (même si les «grands» noms, Friendsurance, Guevara, ne sont pas encore sur une Blockchain) en particulier dès lors que l’on imagine les possibilités offertes à la fois par la possibilité du séquestre mais également par celles des smart contrats ;
  • Ensuite, elle permet également aux assureurs de proposer des produits adaptés à cet « écosystème » tant du point de vue tarifaire, de facilité de souscription que de mécanique de cautionnement. Dans cet esprit, le cas de Safeshare avec Vrumi est tout à fait remarquable et devrait donner des idées ;
  • Enfin, de façon un peu plus anecdotique, on pourrait voir émerger des DAO permettant des systèmes d’assurance Peer to Peer plus orienté autour de l’économie du partage que de l’économie collaborative. Mais à ce stade, il est très difficile d’imaginer que cela puisse concerner autre chose de de petits risques.

La densification de la relation client

La Blockchain offre des perspectives très intéressantes dans la connaissance et l’interaction avec les clients.

  • D’abord, c’est une possibilité pour les entreprises de collecter de l’information via des blockchains publiques (mais non anonymes) ;
  • Ensuite, via des smart contracts, on peut collecter des informations automatiquement via d’autres sources (qui jouent alors le rôle d’Oracle) ;
  • Enfin, le caractère certificateur de l’écosystème permet de penser que des systèmes d’avis «sécurisés» vont prendre la même importance que dans le tourisme par exemple.

Autres usages facilités par la technologie Blockchain, la possibilité du vote électronique certifié qui permet de penser à une coopération accrue (co-construction de produits entre l’entreprise et ses clients). A titre d’illustration, le projet Dynamisapp.com est très intéressant. Cette start-up américaine propose une assurance chômage complémentaire basée sur un smart contract Ethereum. L’Oracle utilisé est Linkedin, qui est utilisé sur l’évaluation de la réputation. Lorsqu’un prospect souhaite souscrire, le système va collecter ses informations pour valider son statut et historique de travail et ses efforts pour avoir un bon profil. In fine, le profil est approuvé ou non par la DAO qui collecte les primes (chaque participant s’engage à consacrer 15/20 mn par semaine, rémunéré en Ethers).

Le paiement des sinistres est lui aussi soumis à consensus et la DAO propose également de l’aide pour retrouver un emploi. Les excédents sont redistribués tous les ans. 12 mois de présence sont nécessaires pour bénéficier des dividendes de la DAO et pour voter sur son orientation.

D’une certaine façon, cette start-up revient aux fondamentaux philosophiques du mutualisme. Dernier point concernant la relation client, la Blockchain est sans doute la meilleure technologie pour accompagner une des grandes évolutions du secteur, la fidélisation.

  • Concrètement, il s’agit d’une solution technologique fiable, avec une mise en œuvre facile pour un coût maitrisé.
  • Par ailleurs, les crypto-monnaies permettent de revisiter les promesses classiques des points de fidélité en ouvrant la perspective d’une « monnaie » privée, avec une valeur garantie par l’assureur et la possibilité de constituer un écosystème qui accepte cette monnaie.
  • Ce type d’action pourrait permettre de faire connaitre et de favoriser le recours à des services additionnels (coaching prévention santé notamment)

Les nouveaux produits et modèles

Régulièrement citées, les assurances indicielles constituent un axe naturel de développement de la Blockchain dans l’assurance. Certes, ce type de produits existe déjà mais les smart contract devraient être un formidable accélérateur…A ce stade, on évoque très souvent les assurances météo (agriculture mais aussi industrie ou tourisme…) mais il est probable que les domaines vont s’étendre et que des modèles plus proches des options financières que de l’assurance pure vont émerger.

Les assurances indicielles permettent également de se confronter à la notion d’Oracle. Dans l’ecosystème Ethereum, c’est « l’entité » qui fournit aux smart contract les éléments pour déterminer si oui ou non, les conditions sont réalisées ou non. Dans l’exemple d’une assurance de type sécheresse, on peut imaginer que le smart contract valide auprès d’un Oracle (par ex Méteo France) qu’il y a bien eu une absence de pluie durant une période donnée.

Il est fondamentale de comprendre que l’Oracle peut être choisi tout à fait librement. Dans l’assurance, on peut penser par exemple, que les objets connectés vont jouer un très grand rôle dans ce domaine.

Les capteurs en tout genre vont détecter et évaluer le montant d’un préjudice et déclencher les services additionnels.

A titre d’illustration, on peut imaginer un système dans lequel un capteur détecte une fuite d’eau dans votre appartement, coupe l’eau et propose au bénéficiaire de prendre rendez-vous avec un plombier agréé par exemple. On peut également estimer que les dizaines de capteurs que contiennent les nouvelles voitures seront en mesure d’estimer très précisément le montant du préjudice matériel subit. Il est tout à fait imaginable que le processus engagé d’automatisation des déclarations, d’expertises et de dédommagements s’accélère.

Toutefois, même dans un modèle très automatisé, il est possible qu’un niveau 2 soit nécessaire, avec une forte dimension relationnelle et un grand niveau d’expertise. Si on se projette encore un peu plus, certains imaginent des modèles où les assureurs se concentreront sur leur cœur business, le scoring qu’ils seront donc les Oracles de DAO qui prendront en charge les autres process.

Dans cet environnement excitant mais mouvant et en friche, il semble primordial de chercher à comprendre, de suivre au mieux les projets, initiatives et si possible de tester pour acquérir des convictions.

Ma conviction (et celle de nombreux analystes, technologues et autres stratèges), c’est que peu importe la technologie Blockchain et ses limites techniques, la véritable révolution est dans les usages.

par Frédéric Panchaud,

Directeur assurance associé Noima,

(et l’aimable relecture d’Adrian Sauzade, de CZAM)

Photo : CC BTC Keychain