Mathieu Daubin : « La sinistralité maritime entraîne une tension sur la logistique »

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Mathieu Daubin est CUO Marine Europe APAC chez Axa XL et président du comité MAT de France Assureurs

INTERVIEW – Au cœur d’un exercice 2021 marqué par plusieurs sinistres médiatiques, le marché de l’assurance maritime et transports retrouve des couleurs. Mathieu Daubin, CUO Marine Europe APAC chez Axa XL et président du comité marine aviation et transports (MAT) de France Assureurs, fait le point pour News Assurances Pro.

Quel regard portez-vous sur la santé du marché MAT mondial aujourd’hui ? Quels ont été les impacts de la Covid-19 et du hard market sur ces différents segments ?

Le marché Marine est aujourd’hui en meilleur santé avec un redressement qui s’opère progressivement depuis trois ans après près de dix années de déficit technique. La prime mondiale s’établit aujourd’hui à 30Mds de dollars pour 2Mds de dollars de capacités théoriques en assurance marine (corps & machines et marchandises transportées).

Si nous avons constaté un ralentissement de l’activité en 2020 qui a eu un impact direct sur le niveau des encaissements, la ligne marine n’a pas été touchée en termes de sinistre car les pertes d’exploitation non consécutives aux dommages ne sont pas couvertes. Il s’agit d’un marché de services plus que de capacités.
Les redressements tarifaires ont déjà été faits sur certains comptes avec une revue des conditions de souscriptions (« contract certainty ») et des garanties plus lisibles qui ont permis un retour à l’équilibre depuis 2021.

Comment se situe le marché français dans cet environnement et comment les opérateurs tricolores tirent-t-ils leur épingle du jeu ?

Même si la France est la deuxième zone maritime mondiale, les opérateurs d’assurances Marine Aviation et Transports sont internationaux. Historiquement, les acteurs opérant sur le marché français sont très spécialisés et l’Hexagone est à la 5e place mondiale en termes d’encaissement. Aujourd’hui, la Chine, l’Allemagne, Londres et le Japon, avec des nouvelles capacités apportées par les courtiers spécialisés, précédent la France en termes d’encaissement. Aussi, nous réfléchissons au sein du Cesam (le Comité d’études et de services des assureurs maritimes et transports) à une gestion mieux coordonnée de l’ensemble des flux (techniques et financiers) des acteurs du marché.

Quid de la sinistralité ?

La tendance de fonds est caractérisée par une baisse de la sinistralité de fréquence et une hausse de la sévérité. Au-delà des récents incidents médiatiques de l’Ever Given sur le canal de Suez, du Felicity Ace avec l’incendie de ses 4.000 voitures de luxe ou le récent échouage de l’Ever Forward au large de Baltimore, c’est surtout l’accumulation d’actifs assurés sur les navires qui posent aujourd’hui problème. En dix ans, les porte-conteneurs ont doublé leurs capacités de chargement avec une nouvelle classe pouvant transporter entre 20.000 et 24 .000 TEU (Twenty-foot Equivalent Unity) ce qui constitue un facteur d’aggravation compte tenu des valeurs transportées.

Résultat, certains bâtiments peuvent transporter jusqu’à 2Md$ de marchandises, ce qui représente 7 à 8% de la prime mondiale en cas de perte totale du chargement. La sinistralité maritime entraîne avant tout une tension sur la logistique avec des problématiques de gestion des stocks. Avec une flotte mondiale de 80 000 navires, les assureurs MAT sont des assureurs dommages et n’interviennent pas sur la PE.

On parle beaucoup moins des actes de piraterie ces derniers exercices ? Ont-ils réellement baissé où les armateurs ont-ils pris des mesures plus coercitives face au phénomène ? Les polices ont-elles évolué aussi face à ce risque ?

Lorsque l’on parle de risque de piraterie, on évoque en réalité les risques de dommages liés aux navires ou le vol des marchandises qu’ils transportent. Il y a une quinzaine d’année, c’était une pratique très fréquente au large de la Somalie, du Golfe de Guinée ou de Sumatra. Ces dommages sont couverts par les garanties risque de guerre, contrats souscrits par exemple en France par le GAREX (Groupement des Assureurs en Risques Exceptionnels). Selon le Bureau International Maritime (BIM), ce risque est tombé à son point le plus bas en 2021, notamment grâce à une très bonne prévention et une bonne coordination entre les armateurs et les marines militaires (MICA Center).

Quelles sont aujourd’hui les approches technologiques permettant d’améliorer la prévention des risques MAT ?

Quatre grandes tendances se dessinent selon moi. D’abord on assiste à une automatisation de la tarification et de la gestion des expositions. Côté distribution, les avancées technologiques permettent aujourd’hui une transmission plus facile des informations et donc une amélioration sensible de la relation avec les assureurs. Ensuite, notamment grâce à la data et une meilleure analyse des expositions des assurés, la technologie permet aujourd’hui une meilleure sélection des risques avec des modèles plus prédictifs. Enfin, de nouveaux outils voient le jour avec des systèmes de traçage plus élaborés. Axa XL a récemment signé un partenariat avec la société Parsyl pour favoriser la mise en place de capteurs pour collecter et analyser des données telles que la position, le mouvement, la température, la luminosité et l’humidité d’un conteneur pour mieux comprendre leur impact sur les marchandises transportées.

Enfin, Axa XL est également partie prenante dans le transport et la distribution de vaccins dans les pays à revenus faible puisqu’en plus de participer comme assureur à la nouvelle couverture placée auprès des Lloyd’s de Londres, nous assurons la responsabilité globale pour la gestion des risques logistiques inhérents à ce projet. C’est une combinaison intéressante de mesures traditionnelles couplées avec des solutions d’IA, notamment en ce qui concerne le respect de la chaîne du froid requise par ces produits.

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