L’affaire AIG illustre la toute-puissance des agences de notation dans le système financier

Des détails sur l’histoire du coûteux sauvetage en septembre 2008 de l’assureur américain AIG, qui ont filtré au bout de près d’un an et demi, en font un cas d’école de la toute-puissance des agences de notation dans le système financier.

Dimanche, c’est l’inspecteur indépendant du plan de sauvetage public de la finance américaine qui a expliqué dans un rapport combien le souci de préserver la note de solidité financière d’AIG avait été déterminant pour les autorités américaines.
Principal acteur de ce sauvetage, la Banque de réserve fédérale de New York “était inquiète de la réaction des agences de notation” quand elle a décidé de donner à AIG toutes les sommes qu’il lui faudrait pour honorer ses obligations financières, selon un rapport de cet inspecteur.

Les trois grandes agences n’avaient pourtant rien vu venir de l’effondrement de ce groupe. Malgré ce manque flagrant de clairvoyance, elles eurent ensuite droit de vie ou de mort sur lui.

Début septembre 2008, le numéro un mondial des assurances se meurt peu à peu, victime de l’hémorragie financière d’une filiale londonienne qui a multiplié les paris insensés sur les marchés, AIG Financial Products.
AIG a déjà perdu sur les trois trimestres précédents 18,5 milliards de dollars. Mais l’assureur a toujours une bonne cote chez Fitch (qui le note “AA-“), Moody’s (“Aa3”) et Standard and Poor’s (“AA-), sur la même longueur d’ondes.

Cette appréciation est déconnectée de la réalité des finances du groupe, telle que l’appréhendent mieux les partenaires en affaires d’AIG. Ce sont les grandes banques d’affaires, qui lui ont acheté des produits pour se couvrir contre les défauts de paiement (CDS) et qui veulent désormais s’assurer que l’assureur a les moyens de ses engagements.
Un journaliste du New York Times, Andrew Ross Sorkin, a déjà raconté dans un livre comment Goldman Sachs en particulier, gros client d’AIG, s’était fait pressant à l’été 2008 pour exiger des garanties tangibles, du numéraire avant tout.

En même temps, ces banques pariaient sur la chute du cours de Bourse d’AIG, qui sera le premier signe visible de sa disgrâce, à partir de juillet 2008.
Une autre journaliste, Gillian Tett, du Financial Times, a raconté dans un autre livre combien les agences de notation, en estampillant “AAA” (meilleure note possible) des actifs “toxiques” achetés en masse par un AIG peu vigilant, avaient contribué à sa ruine.

Le lundi de la faillite retentissante de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, les trois agences abaissent la note d’AIG, invoquant son exposition à un marché immobilier en déliquescence. Elles ne savent rien de très nouveau, sinon que l’action a dégringolé de 60,8% sur la journée.
Cela “engendra de nouvelles demandes pour qu’AIG aligne 20 milliards de dollars de collatéral (des actifs apportés en garantie, NDLR) supplémentaire à un moment où lever de l’argent frais était littéralement impossible”, a raconté mercredi devant la Chambre des représentants le président de la Fed de New York de l’époque, Timothy Geithner, aujourd’hui secrétaire au Trésor.

AIG sera finalement sauvé, un choix qui coûtera près de 180 milliards de dollars à l’Etat, et l’assureur paiera entièrement les banques avec lesquelles il était en affaires, comme Goldman Sachs ou la Société Générale.

M. Geithner assume aujourd’hui complètement ce choix, que le Congrès lui reproche. “Si nous avions cassé ces contrats (…), cela aurait entraîné un abaissement de sa notation. Le groupe n’aurait pas été en mesure de continuer, et il se serait effondré”, a-t-il dit mercredi.

L’argument est difficilement attaquable. Si les banques n’avaient pas recupéré tout leur argent, les agences de notation auraient pu conclure à un “défaut partiel”, une note qui aurait fait s’écrouler ce qui restait debout chez AIG.

Washington, 31 jan 2010 (AFP)