Jean-Philippe Dogneton : “2020, année apprenante ou guerre des mondes ?”

Jean-Philippe Dogneton
Jean-Philippe Dogneton, directeur général délégué IARD et vie du groupe Aéma et directeur général de la SAM Macif dresse le bilan de l'année 2020 en assurance dommages

[TRIBUNE] Pour News Assurances Pro, Jean-Philippe Dogneton, directeur général délégué IARD et vie du groupe Aéma et directeur général de la SAM Macif dresse le bilan de l’année 2020 en assurance dommages. Il se projette par ailleurs sur les enjeux à venir en 2021.

Le pire n’est pas certain a-t-on coutume de dire mais la réalité peut parfois hélas s’en rapprocher dans une période où le très court terme domine, les perspectives s’effilochent ou se dérobent et les instruments de stabilité sont pris à partie.

L’assurance, “c’est la vie” disait Jacques Vandier, fondateur de la Macif, comme une corde de rappel au sens. Nous y sommes !

L’assurance est-elle débordée par les risques ? A y regarder de près, l’assurance a « encaissé » sur les 20 dernières années, les manifestations du dérèglement climatique, les impacts post attentats du 11/09/2001, la crise économique de 2007 et désormais l’impensable pandémie. Mais jamais un risque n’avait à ce point percuté notre manière de faire et d’être d’assureur. La réalité veut que l’assurance est désormais confrontée au triptyque infernal du changement climatique, des taux bas « enkystés » et des risques nouveaux dans un concert systémique difficilement appréhendable. La collectivité n’échappera pas à remettre sur l’ouvrage tant les questions de risques et leur partage, de solvabilité que de modèles de couverture, d’auto assurance partielle, d’approches paramétriques ou bien encore d’espaces de mutualisation. L’assurance et son écosystème devront tracer les transformations et offrir des horizons longs dans une société qui refuse pour des raisons que l’on peut comprendre de s’y plonger.

Le sort lié entre assurance et activité. Dans l’esprit commun, le secteur de l’assurance est préservé de la crise mais nous savons qu’il en est différemment selon que l’on regarde la photo ou le film. Entre crise financière, incertitudes sur le développement et l’appauvrissement des garanties, l’inquiétude pèse sur nos activités. Sur le plan économique, plus que l’invraisemblable reprise de l’inflation ou l’annulation de la dette, le monde mise sur une reprise d’activité et de croissance au retour de conditions plus normales. C’est dans cette configuration encore largement théorique que l’assurance jouera son plein effet. Le déconfinement a montré sur ce point des signaux encourageants… bien sûr nous n’y sommes pas et l’assurance inaudible dans la période se débat dans les injonctions paradoxales.

L’assureur est attendu sur sa compétitivité et son offre. Les débats « enflammés » autour de la prime automobile et des professionnels rappellent à quel point la compétitivité c’est-à-dire l’accessibilité au juste prix est un discriminant décisif. A un moment où nous entrons dans une période de crise et que les assureurs se doivent de porter les investissements de leurs transformations autour de la relation client, le chemin de crête sera nécessairement délicat. Malheur à celui qui renoncera à l’un pour l’autre mais que l’équation est délicate sur la période qui s’ouvre ! Au-delà des polémiques, les assureurs ont multiplié les initiatives de soutien à l’économie et aux acteurs sociaux comme a pu le faire la Macif en mettant en place de nouvelles actions de solidarité.

La mobilité encore et toujours… Parmi les enseignements de l’année, se retrouve en bonne place l’incontournable question de la mobilité. Déclencheur des mouvements sociaux de l’année passée puis traumatisme du confinement, la question de la mobilité est un driver des réactions mais aussi un facteur accélérateur de la reprise économique comme cela a été observé pendant le déconfinement.
Si les réponses sont plurielles, sont posées les questions du déplacement, d’accès à l’emploi, d’autonomie voire de sacralisation de l’automobile comme bulle de protection en cette période de pandémie. Ces champs sont les siens et il doit prendre garde à ne pas s’en détourner.

Les assureurs ont-ils disparu des radars de la confiance ? Les retours d’image du secteur sont fragilisés et doivent nous inviter à l’autocritique. Pour autant, il faut savoir voir le verre à demi plein. La crise actuelle a éprouvé les assureurs dans leurs limites opérationnelles. Qui aurait imaginé qu’en l’espace d’un mois, la grande majorité d’entre eux aurait été en capacité de rétablir la continuité d’activité. Pour autant, le monde de l’entreprise a redécouvert toute la valeur d’un collectif d’entreprise et du lien social. Les options binaires n’ont pas leur place. Par ailleurs, avec une augmentation de plus de 70% des flux, le contact digital s’est taillé la part du lion. Malgré l’image et les contradictions de la profession, les flux de contacts sont demeurés élevés qui font du simple assureur l’espoir d’un tiers de confiance.

Les insurtechs n’ont pas trouvé la martingale. Traversés par des questions existentielles, les assureurs ont développé une peur paranoïaque des acteurs dits de rupture. Pourtant, si les insurtechs challengent positivement les standards de la relation, aucun n’a trouvé en 2020 la martingale. Ce serait ignorer que les assureurs sont des acteurs de la transformation rapide, des porteurs de sens et que l’assurance est plus qu’un jeu de dés. Des assureurs qui doivent avoir pour fil rouge la simplicité, l’utilité, la transparence, trois mots emplis d’exigences s’ils ne sont pas renvoyés au stade de concepts et de formules.

En conclusion, dans une période particulièrement anxiogène autant qu’inédite, les acteurs de l’économie et du risque doivent porter un cap et un espoir. Je retiendrai alors la formule de celui qui par l’histoire a connu les moments les plus sombres « S’il m’était possible, j’écrirais le mot assurance dans chaque foyer … », Winston Churchill.

Par Jean-Philippe Dogneton

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