Chronique : Vers une hausse des investissements en infrastructures pour les compagnies

Dans le cadre de sa chronique mensuelle, l’agence de notation Standard & Poor’s présente son analyse sur le financement des projets infrastructures internationaux et le rôle des assureurs sur le sujet, notamment à travers leurs investissements.

Les besoins de financements liés aux projets infrastructures représenteront près de 3.400Mds de dollars par an d’ici 2030, selon les estimations de Standard & Poor’s. Même si les États et les banques resteront leur principale source de financement, nous estimons qu’environ 500Mds de dollars manqueront encore chaque année.

Les assureurs pourraient trouver un certain intérêt à participer au financement des projets infrastructures. Ces projets ont en effet une nature de long terme, correspondant à celle des engagements vie au passif des assureurs, et offrent des rendements élevés dans l’environnement actuel de taux d’intérêt bas. Toutefois, ces projets ne sont pas sans enjeu pour les assureurs, du fait de leur complexité, de leur faible liquidité, ou parce que le profil de certains projets ne correspond pas toujours à leur tolérance au risque. L’impact des contraintes réglementaires est également à prendre en compte.

Au niveau mondial, nous estimons que les compagnies d’assurance ont pour objectif d’augmenter la part de leurs investissements en infrastructures de 2% à 3% d’ici 20 ans, soit une allocation annuelle de près de 80Mds de dollars. De nombreux assureurs, parmi lesquels Axa, Allianz ou Munich Re, ont déjà manifesté leur intérêt pour de tels placements. En effet, les obligations d’infrastructures notées ont récemment offert des rendements entre 4% et 5%. Elles affichent en outre un taux de défaut plutôt faible en comparaison à d’autres classes d’actifs. Depuis le premier défaut observé sur des obligations d’infrastructures notées en 1998, le taux de défaut annuel sur ces obligations s’est situé en moyenne à 1.5%, contre 1.8% pour les obligations d’entreprises au cours de la même période. Le taux de recouvrement de 75% en cas de défaut est aussi plus élevé sur les projets d’infrastructures que sur les entreprises. Enfin, ces placements permettent aux assureurs de diversifier leurs risques en raison de leur faible corrélation avec les autres types d’actifs.

Néanmoins, certains projets pourraient ne pas correspondre aux profils de risques souhaités par les assureurs. Certains d’entre eux, par exemple, ne souhaitent pas investir dans des projets en phase de construction, qui représentent pourtant 70% des projets mondiaux, du fait d’un manque de retour d’expérience démontrant une certaine stabilité des flux de trésorerie. Nous pensons aussi que peu d’assureurs ont pu jusqu’à présent développer l’expertise interne nécessaire à la gestion de ces placements : certains mettent d’ailleurs en avant le manque de données et de statistiques disponibles comme frein à leurs investissements. Les risques politiques et réglementaires ne sont pas neutres non plus. Ainsi, les changements dans la nature des contrats, des tarifs ou de la politique fiscale –souvent peu prévisibles- peuvent rapidement remettre en cause l’attractivité de certains projets. Côté Solvabilité II, nous pensons que la nouvelle norme réglementaire n’aura pas forcément que des impacts négatifs, malgré le caractère onéreux des charges en capital pour les investissements infrastructures selon la formule standard. Nous nous attendons à ce que les assureurs les plus grands soient aussi ceux qui manifestent le plus d’intérêt vis-à-vis de ces placements, du fait de leur capacité de modélisation et du bénéfice de diversification obtenus avec l’usage de modèles internes. Ceux-ci devront toutefois être approuvés par le régulateur et le bénéfice lié à l’utilisation de ces modèles reste encore incertain.

Virginie Crepy
Senior Analyst
Standard & Poor’s Ratings Services