Chronique : Touche pas à ma complémentaire ! Oui, mais… à quoi ?

Donat Nobilé, Gérant de Transvers Consulting, société de conseil et auteur de « Réflexions innovantes en assurance vie et non-vie » (2012) revient sur la thématique de la complémentaire santé.

Le contrat santé est un patchwork de garanties subordonnées au Régime Obligatoire et de confort, agrémenté de services d’assistance et d’accès à des réseaux de professionnels… Complémentaire ! Oui, mais à quoi ? La question mérite d’être posée quand le reste à charge moyen représente 50% de la cotisation annuelle d’un assuré (550 €).

Se pencher sur l’avenir de la complémentaire est l’occasion de dire ses quatre vérités à la dame qui ne mégote pas sur le lifting. Primo, ce n’est plus un produit de risque, faute d’aléa. Or l’aléa est le pétrole des assureurs ! Secondo, c’est un produit de consommation, les remboursements pouvant être comparés à des bons d’achat de soins ! Tertio, si tel est le cas, pourquoi ne pas s’auto-assurer davantage ? Quarto, toutes les cotisations ne sont pas consacrées au remboursement des soins, loin de là !

Plus trivialement, la complémentaire est un outil d’ajustement des pouvoirs publics pour transférer de la dette sur l’assuré, sans baisser pour autant les cotisations de prévoyance en amont, lever l’impôt et ne plus rembourser des soins où l’esthétique a une place prépondérante, tels l’optique et le dentaire.

Une troisième voie ?

Dans ce contexte coercitif, deux clans s’affrontent, quand bien même œuvrant pour la même enseigne !
Les rationalistes, tout d’abord, veulent moraliser le système, faute de pouvoir gérer le risque. Finis les mois de cotisation gratuits et les extensions de garanties. Bardés de franchises et de filtres, imagine-t-on l’avenir de tels contrats ? Le désert auto-assurantiel n’est pas loin… L’affaire du Médiator, qui aurait coûté 400 M d’euros aux assureurs santé, milite-t-elle en faveur d’une gestion du risque indépendante ?
Les marketeurs, ensuite, n’oublient pas qu’une partie des clients (de 20 à 75 % selon l’acte de soins) n’est pas satisfaite des remboursements. A l’opposé de ceux qui s’indignent quand les assurés veulent rentabiliser leur contrat (sic), ils cherchent à fidéliser en boostant leurs garanties. Pour ces derniers, le client n’est pas un assuré irresponsable qui surconsomme ce qu’il a payé. Faut-il pousser le raisonnement en remettant en question la garantie viagère attachée à l’assurance santé ?

Entre l’auto-assurance qui guette les rationalistes et le no-limit consumériste dont rêvent les marketeurs, une troisième voie ne consisterait-elle pas à sortir du cadre règlementaire et rigide des contrats responsables en instaurant l’assurance santé à la carte, en rupture avec le régime général. Dans cette perspective, il ne sera plus évident ou opportun d’accoler le vocable « complémentaire » au contrat d’assurance santé !

Donat Nobilé