Auto : Y-a-t-il un assureur dans la voiture autonome ?

Les voitures sans conducteur ou semi-autonome pourraient être l’une des vedettes du salon de l’auto. Qu’en pensent les assureurs ?

La voiture sans conducteur sera sans doute la voiture de demain. Et ce dans un futur proche, puisque les constructeurs – Audi, Ford, Mercedes, Toyota, Volvo, Renault-Nissan, PSA Peugeot Citroën et Valeo – travaillent sur leurs prototypes et annoncent des premières commercialisation d’ici à 2020. Les constructeurs ne manquent pas de faire de ces véhicules innovants les vedettes du Mondial de l’Automobile qui s’ouvre ce samedi 4 octobre à Paris.

La course est bel et bien lancée. En France, le projet “véhicule à pilotage automatique” voulu par le Ministère de l’Économie et conduit par Renault prévoit une première sortie de voiture sans conducteur, en condition réelle sur route, avec les autres usagers en 2015.

Pour les experts, la voiture autonome promet une baisse drastique du nombre d’accidents, une réduction de la pollution et des embouteillages.

Voiture autonome et assurance

Les assurances auto regardent-ils l’avenir avec ce même optimisme ? Pour beaucoup, le sujet reste encore bien lointain. On le comprend, la voiture autonome ne fera pas d’ombre à la voiture classique avant plusieurs décennies compte tenu d’abord de son surcoût évident. “Aujourd’hui le « LIDAR » (« Light detection and ranging ») qui désigne la télédétection par radar est une des principales technologies de ces voitures sans conducteur. Or, elle coûte aujourd’hui très cher même si le coût de cette technologie est en train de baisser, en raison de la concurrence et de la recherche dans ce domaine”, précise Gilles Mongis, responsable de la stratégie retail P&C chez Axa.

Ensuite, il faudra prendre en compte l’acceptation des conducteurs et les barrières réglementaires et assurantielles. La voiture sans conducteur va pénétrer le marché par petites étapes, déjà ouvertes par le GPS, l’ABS, les radars de contrôles et les récents systèmes de conduite assistée dans les bouchons et sur autoroute sur certains véhicules haut de gamme (réclamant une vigilance permanente du conducteur).

C’est pourquoi le sujet s’amorce doucement et prudemment chez les assureurs. “Pourquoi acheter un véhicule autonome si vous devez toujours en garder le contrôle ?”, interpellait Adrian Lund, président de l’Insurance Institute for Highway Safety, cité dans le Wall Street Journal cet été.

Mais les États-Unis ont pris le sujet très au sérieux. La Californie – berceau de la Google Car – la Floride, le Névada, l’Etat de Columbia et le Michigan autorisent désormais la circulation sur route des voitures autonomes dans des buts expérimentaux. Un premier pas.

Axa échange avec les constructeurs

En France, Axa affirme que “les voitures sans chauffeurs font partie des sujets sur lequel nous échangeons avec les constructeurs automobile”. Mais ces réflexions naissantes restent très discrètes. Allianz France indique que le sujet reste encore “trop embryonnaire” pour être analysé. Covéa renvoie la même réponse.

En Allemagne, où l’automobile est un fleuron industriel, la question est plus d’actualité chez les assureurs qui participent à “la table ronde sur la conduite autonome“, parrainée par le gouvernement depuis novembre 2013.

Véritable casse-tête actuariel

L’une des questions clé de la voiture autonome tombe sous le sens : quelle responsabilité en cas de sinistre ? On imagine les cas d’école : le conducteur peut-il s’endormir au volant d’une voiture autonome ? Le conducteur peut-il être alcoolisé ? Dans un accident, que vaudra la déclaration d’un conducteur classique face aux donnée enregistrées par une voiture autonome ?

Aujourd’hui, selon la Convention de Vienne, signée en 1968 par la France, le conducteur est seul responsable, à tout moment, du comportement de son véhicule. Ainsi, lors des récents cas de perte de contrôle du véhicule à cause d’un régulateur de vitesse dit bloqué, la justice n’a jamais retenu la responsabilité du constructeur en France. Les systèmes embarqués n’exonèrent pas le conducteur de sa responsabilité.

En Allemagne, la question de la hiérarchie des responsabilités entre conducteurs, constructeurs et éditeurs de logiciels est à l’étude. Pour faciliter la recherche de responsabilité en cas d’accident, “l’implantation éventuelle de boîtes noires dans les voitures est l’un des thèmes discutés“, indique un responsable de la table ronde, cité par Reuters.

La voiture autonome pourrait donc s’avérer un excellent mouchard. Les assureurs et les constructeurs entendent rassembler le plus de données possibles qui permettront d’établir de nouvelles polices d’assurance, “personnalisées en fonction d’un certain profil de risque”, indique Martin Stadler, expert en assurance automobile chez Allianz, cité par Reuters.

Police d’assurance auto

Mais globalement, “la responsabilité des constructeurs est susceptible d’augmenter alors que celle de l’individu d’être réduite. S’il faut partager la responsabilité de conduite entre le véhicule et l’humain, les questions d’assurance pourraient devenir plus compliquées”, estime le centre d’étude américain Rand, dans son rapport “Autonomous Vehicle Technology: A Guide for Policymakers “.

Afin de ne pas pénaliser l’innovation et les nouvelles façons d’utiliser la voiture, les polices d’assurance auto pourraient aussi évoluer vers une déresponsabilisation individuelle.
Peut-être passerons-nous, pour une partie de la prime, d’une assurance individuelle à une assurance dite « collective » où ce serait la flotte/le parc entier qui serait assuré. De plus, si nous nous engageons vers une économie partagée, il faudra réfléchir au modèle d’assurance adapté. Peut-être devrons nous proposer des assurances « à l’utilisation »”, évoque Gilles Mongis chez Axa.

Défis technologiques

En termes financiers, les assureurs pourraient être amenés à profiter du gain de sécurité des voitures autonomes. Une incertitude demeure : “il n’est pas encore établi clairement que la réduction dans la fréquence des accidents mènera à une baisse des coûts totaux des sinistres”, soulignent les auteurs de l’organisation Rand dans leur étude, à cause du coût supplémentaire des technologies. “L’enjeu est de savoir si ces deux tendances vont s’équilibrer ou non”, précise-t-on chez Axa. Un enjeu pour les primes d’assurance.

Enfin, les assureurs devront relever d’autres défis dont celui de la confidentialité et de la protection des données personnelles. “Ces voitures étant connectées, elles peuvent être vulnérables aux cyber attaques visant à prendre le contrôle du véhicule ou bien simplement à collecter les données des utilisateurs”, insiste Gilles Mongis chez Axa. Un scénario catastrophe pour les assureurs pourrait être une prise de contrôle malveillante des véhicules, provoquant des sinsitres en masse…