Résultats d’une étude sur la place du RSE dans les entreprises du CAC 40 : Un bilan très mitigé

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    environnement-70La « Responsabilité Sociale de l’Entreprise » (RSE), déclinaison du Développement Durable au sein des entreprises, est un concept impliquant la prise en compte de manière volontaire, des dimensions économiques, sociales et environnementales de leurs activités.

    Favorisée par la loi sur les Nouvelles Régulations Economiques (NRE) de 2001 qui impose aux entreprises cotées sur le marché français de rendre compte des impacts sociaux et environnementaux de leurs activités, la RSE est devenue depuis plusieurs années une thématique incontournable au sein des entreprises.

    Aujourd’hui, pourtant, peu d’études ont été faites sur la façon dont les entreprises mettent en place leur politique de RSE, sur les moyens qu’elles y dédient et sur leurs liens avec la stratégie. C’est pour éclairer cette dimension encore trop peu connue des politiques de RSE que Macif Gestion a réalisé cette étude. En questionnant de manière approfondie et individualisée la quasi-totalité des entreprises du CAC 40, elle propose au lecteur un tour d’horizon des moyens mis en œuvre par les plus grandes entreprises cotées françaises pour intégrer la RSE dans leur stratégie.

    L’étude a deux principaux objectifs :
    – Comprendre le rôle et la place que tient la RSE dans la stratégie des entreprises du CAC 40.
    – Identifier les modes d’organisation et les outils de pilotage utilisés par ces entreprises pour mettre en place leur politique de RSE et éclairer les motivations de ces choix.

    En répondant de manière conjointe à ces deux objectifs, l’étude cherche à éclairer la question suivante :  « Le Développement Durable conduit-il à l’émergence d’un nouveau modèle économique ? »

    En d’autres termes, le Développement Durable est-t-il une stratégie de niche réservée à quelques entreprises et/ou produits ayant adopté un positionnement « Développement Durable » sur le marché ? Ou s’agit-il d’un levier de changement organisationnel et stratégique plus profond qui interroge progressivement le modèle économique de l’ensemble des entreprises cotées ?

    Méthodologie de l’étude

    – Une enquête qui a suscite l’intérêt : 90% des entreprises du cac 40 y ont participe

    Macif Gestion a réalisé une enquête par questionnaires auprès de l’ensemble des entreprises cotées appartenant au CAC 40 au cours du dernier trimestre 2008.

    L’enquête porte principalement sur :
    1) l’organisation et les outils de pilotage utilisés par les entreprises pour mettre en place leur politique de RSE ;
    2) sur la place de la RSE dans la stratégie aujourd’hui, et celle attendue dans le futur.

    L’enquête a bénéficié d’un taux de réponse exceptionnel, puisque 36 entreprises ont répondu, soit une représentation supérieure à 90% de la capitalisation totale du CAC 40 :  19 entreprises ont renvoyé le questionnaire rempli tandis que 17 autres ont préféré un entretien téléphonique.

    – Liste des entreprises ayant participé à l’étude : Air France – KLM, Air Liquide SA, Alcatel-Lucent, ArcelorMittal, Axa SA, BNP Paribas, Bouygues SA, Cap Gemini SA, Carrefour SA, Compagnie de Saint Gobain, Crédit Agricole SA, Dexia SA, EADS, EDF SA, Essilor International SA, France-Telecom SA, Gaz de France, Groupe Danone, Lafarge SA, Lagardère SCA, L’Oréal SA, LVMH Moët Hennessy Louis Vuitton SA, Michelin, Pernod-Ricard SA, PSA Peugeot-Citroën, PPR, Renault SA, Sanofi-Aventis SA, Schneider Electric SA, Société Générale, STMicroelectronics NV, Suez, Suez-Environnement SA, Total SA, Vallourec SA, Vinci SA.

    Résultats de l’étude

    – La place de la RSE dans l’organisation

    > La RSE est une thématique incontournable au sein des entreprises du CAC 40.

    – Ces dix dernières années, les entreprises ont réalisé des progrès remarquables en termes de prise en charge de la RSE dans l’organisation (mise en place de Directions du Développement Durable, de politiques de RSE formalisées, de chartes d’engagement, d’objectifs chiffrées de réduction des gaz à effet de serre, du suivi des pratiques des fournisseurs notamment sur les Droits de l’Homme, etc.).

    – La RSE est perçue de plus en plus comme un levier interne de changement et de motivation.

    – Les Directions du Développement Durable ont trois principaux objectifs :
    1. veiller à la cohérence de la politique de RSE au niveau du groupe ;
    2. diffuser les bonnes pratiques de RSE issues des Directions Opérationnelles ;
    3. assurer un reporting RSE pertinent et consolidé.

    – Le véritable enjeu est alors d’assurer un bon équilibre entre la déclinaison des orientations faites au niveau du groupe et les initiatives locales.

    – La prise en compte de l’environnement normatif, sectoriel et sociétal dans la politique de RSE est apparue comme un des points les mieux maîtrisés par les entreprises du CAC 40.

    > Mais la prise en compte de la RSE dans l’organisation et ses outils de pilotage est encore inaboutie.

    – La participation de la Direction Générale et/ou de la Présidence, de la Direction du Développement Durable et des Directions Opérationnelles aux différentes étapes de la politique de RSE reste inégale.

    – L’adaptation locale de la politique de RSE et sa prise en compte dans les pratiques opérationnelles n’est pas pleinement assurée.

    – La qualité et la pertinence du reporting RSE sont encore faibles.

    La place de la RSE dans la stratégie

    > L’intégration croissante de la RSE dans le modèle économique des entreprises du CAC 40 semble être désormais inévitable.

    – La RSE est devenue une thématique essentielle des relations de l’entreprise avec son environnement, notamment pour maintenir sa légitimité.

    – L’augmentation des exigences en termes de normes légales et l’importance croissante des critères de RSE dans les appels d’offres font  progressivement de la RSE un pré-requis nécessaire pour l’exercice de l’activité.

    – Une bonne gestion de la RSE permet de réduire les risques de l’entreprise et devrait donc permettre une meilleure compétitivité sur le long terme.

    – La RSE permet de motiver et de fédérer les salariés autour de valeurs communes.

    – La RSE devient un moyen d’améliorer l’efficacité de l’entreprise. En  s’intéressant à la dimension RSE de ses activités, l’entreprise pourra mieux maîtriser sa complexité, innover, et faciliter la communication entre les différentes entités, améliorant ainsi ses processus de gestion.

    – Pour l’ensemble de ces raisons, une bonne gestion de la RSE est vue comme un moyen d’assurer la pérennité de l’entreprise sur le long terme.

    > Mais la mobilisation de la RSE dans les pratiques reste encore très limitée.

    – Alors que la RSE est envisagée d’abord comme un levier de management interne, la politique de RSE est encore peu adaptée aux spécificités de l’entreprise.

    – Peu d’entreprises ont intégré la dimension RSE dans leurs outils de pilotage.

    – Une des résistances à l’intégration plus grande de la RSE dans la stratégie trouve également son origine dans la difficulté à en mesurer les retombées économiques futures.

    L’étude de ces processus dresse un bilan mitigé pour les entreprises du CAC 40. Il est vrai que les entreprises ne se posent plus la question du bien-fondé du Développement Durable pour leur avenir, la RSE sera une dimension stratégique de leur modèle économique et elles s’y préparent. Mais les moyens qu’elles y consacrent et la façon dont elles les utilisent restent sans commune mesure avec les défis auxquels elles font face. L’intégration de la RSE dans l’organisation et ses outils de pilotage reste inégale et souvent partielle. Changer de modèle économique, ce n’est pas seulement créer de nouvelles activités ou de nouveaux indicateurs, c’est aussi transformer ceux qui existent.