Malgré la crise l’assurance vie retrouve les faveurs des épargnants

    Après s’être détournés de l’assurance vie détrônée par des placements à plus court terme comme le Livret A en raison de la crise, les Français y reviennent progressivement, même si ce retour en grâce reste fragile. “Le ciel s’éclaircit” pour l’assurance vie, se félicite Gérard Bekerman, président de l’Association française d’épargne et de retraite (Afer).

    Cette impression est confirmée par les chiffres les plus récents de la Fédération française des sociétés d’assurance (FFSA), qui font état d’une hausse sur un an de la collecte nette (cotisations moins prestations) en février, pour la première fois depuis juillet 2007. Une embellie après deux années difficiles, marquées par un mouvement de décollecte nette fin 2008, du jamais vu. Inquiets des déboires des banques, très présentes sur le marché de l’assurance vie, les épargnants ne voulaient plus entendre parler depuis deux ans de leur ancien placement préféré et privilégiaient à l’inverse l’épargne immédiatement disponible.

    Un sentiment renforcé par les mauvaises performances de contrats d’assurance vie dits en “unités de compte”, plus liés aux variations des marchés financiers que les traditionnels contrats en euros. L’assurance vie est un placement de long terme souvent utilisé dans le but de se constituer un complément de retraite. L’épargnant qui retire son argent avant huit ans est pénalisé fiscalement. Le retour en grâce de l’assurance vie s’explique par la baisse de la rémunération des placements à court terme, refuge privilégié depuis le début de la crise, estime Meyer Azogui, président de la société indépendante de conseil en gestion de patrimoine Cyrus Conseil.

    Produit vedette de 2008 et du début 2009, le Livret A a vu son taux passer de 4% à 2,5% début février, au point que sa collecte a chuté drastiquement. Sa rémunération pourrait même être revue à 1,25%, voire moins, dès le 1er mai. L’ensemble des produits à court terme, principalement les Sicav dites “monétaires” (investies dans des titres à court terme), les comptes ou les dépôts à terme ont également répercuté la baisse historique des taux de la
    Banque centrale européenne (BCE).

    Assureurs et banquiers profitent de cette désaffection pour promouvoir l’assurance vie et proposent, pour 2009, des taux garantis supérieurs à 4%, voire à 5% dans certains cas pour les contrats en euros. “Il n’y a pas aujourd’hui d’équivalent sur le marché”, juge Sabine Gräf, directrice d’études au sein du cabinet Precepta (groupe Xerfi). Au point que M. Azogui parle de “dumping”. “C’est à qui donnera le taux le plus élevé pour 2009, voire 2010”, ajoute-t-il.

    Le scénario désormais évoqué d’une sortie de crise en 2010 pourrait également favoriser l’assurance vie, selon Michel Collombet, associé au sein du cabinet Eurogroup. Mais si la crise se prolongeait, ce rebond pourrait être de courte durée. Plusieurs années de faible croissance pèseraient en effet sur la capacité d’épargne des Français.

    Effet secondaire, l’aggravation des déficits publics et sociaux pourrait conduire l’Etat à chercher des ressources fiscales supplémentaires, notamment du côté de l’assurance vie et de ses 1.147 milliards d’euros de dépôts.

    AFP