L’union Macif-Maif-Matmut : L’illustration d’un phénomène de concentration en profondeur de l’assurance dommages

    Le projet de rapprochement entre les trois assureurs mutualistes Matmut, Macif et Maif, qui doit être dévoilé mardi, est une nouvelle illustration du processus de concentration que connaît l’assurance de dommages en France, qui devrait condamner beaucoup d’acteurs modestes.

    “C’est un mouvement inéluctable”, estime Pierre Planchon, responsable du marché assurance chez Ernst & Young. Le mariage entre Matmut, Macif et Maif, qui sera annoncé mardi selon plusieurs sources, va donner naissance à un poids lourd assurant plus de 11 millions de véhicules et 7 millions d’habitations.

    Une union qui fait écho à celle de MMA, Maaf et GMF, réunis sous l’étendard Covéa depuis 2005. “La taille et la dynamique de Covéa exercent une forme de traumatisme sur les autres mutuelles et les force à réagir”, analyse Cyrille Chartier-Kastler, du cabinet Facts & Figures. En passant par la Société de groupe d’assurance mutuelle (Sgam), Macif, Maif et Matmut imiteront ainsi Covéa en se dotant d’une structure de tête souple, permettant la mise en commun de moyens informatiques et de canaux de distribution.

    L’ensemble Macif-Maif-Matmut plus Covéa, Groupama et Axa, pèsera 70% du chiffre d’affaires de l’assurance auto en France, selon M. Chartier-Kastler. Les petits acteurs se retrouvent donc enserrés entre ces géants et les banques, de plus en plus présentes en assurance dommages. “Le compte à rebours a commencé pour les petits assureurs”, affirme un spécialiste du secteur. “J’ai même des doutes sur l’avenir d’assureurs de taille moyenne”, ajoute-t-il. Il souligne notamment “l’importance des budgets de marketing”, qui s’est renforcée avec le changement de stratégie des mutualistes, désormais convaincus d’investir massivement en publicité.

    L’effet de taille offre la possibilité d’économies d’échelle, déterminantes dans un univers déjà extrêmement concurrentiel sur les prix. Un contexte de marché encore accentué par la crise financière et économique. Si les assureurs “ont des portefeuilles de petite taille, dans un environnement de pression sur les coûts, sur le pouvoir d’achat, ils vont avoir du mal”, considère M. Planchon. “Pour une petite mutuelle, qui a un parc de 50.000 à 300.000 véhicules, il y a maintenant un problème de taille critique”, juge M. Chartier-Kastler, qui souligne l’importance d’un réseau consistant de garages agréés en assurance auto.

    Seul refuge possible, présenter une offre différenciée, qui n’ait pas le prix comme critère dominant. “Les petites mutuelles peuvent compenser, dans un premier temps, par la qualité de service et l’adhésion à des valeurs”, selon M. Planchon. Néanmoins, à moyen terme, il prévoit que “les grands groupes seront capables d’aller chercher aussi cette clientèle”.

    Autre facteur de concentration, défavorable aux assureurs de taille moyenne ou modeste, la mise en place des normes prudentielles dites Solvabilité II, qui modifient les exigences en matière de fonds propres. Ces normes favorisent notamment la diversification des activités, qui permet de mieux répartir les risques, un luxe réservé aux grands groupes. “En prenant ce seul point”, le rapprochement entre Macif, Matmut et Maif “a du sens”, selon M. Chartier-Kastler. Chaque entité bénéficie, en effet, de son adossement aux autres dans le calcul des fonds propres.

    Source : AFP