Complémentaire santé : Retour sur la naissance des franchises cautionnées avec Jacques Garot

DOSSIER – PORTRAIT
Groupe France Mutuelle, petite mutuelle parisienne créée en 1936, est à l’origine du système de la Franchise cautionnée. Avec Jacques Garot, directeur général de Groupe France Mutuelle, nous revenons sur la création mouvementée de ce système original, pensé dès la fin des années 70 mais qui ne voit le jour qu’en 1996.

« Le marché n’était pas mûr ».

Jacques Garot est un homme dynamique, entré au Groupe France Mutuelle lorsque celui-ci s’appelait encore la Société Mutualiste Complémentaire (SMC). Au siège de la mutuelle, les directeurs historiques qui se sont succédés couvent d’un œil paternaliste la salle de réunion où une table en verre accueille l’entretien.

« L’idée de la franchise cautionnée nous est venue en 1978. Dès 1975, la Sécurité Sociale montre ses premières difficultés. Nous pensions alors qu’un système responsabilisant les assurés permettrait de les mettre face à leurs dépenses de santé » explique Jacques Garot.
A l’époque pourtant, « le marché n’est pas prêt ». Les assureurs, comme les mutuelles, se lancent dans la course au remboursement. L’objectif est alors de promouvoir la prise en charge du ticket modérateur. « Mais dans ticket modérateur, il y a l’idée de modérer la dépense. Si une partie est à la charge de l’assuré, c’est aussi pour qu’il puisse avoir conscience de payer un service de soin ».

Il faudra pourtant attendre la loi Juppé, en 1996 pour qu’apparaisse pour la première fois la notion de « responsabilité de l’assuré » dans les dépenses de santé. Le GFM n’en attendait pas tant et se décide à lancer son produit. « Notre rôle était également de faire prendre conscience de la situation, que les dépenses de santé pesaient – et pèsent encore ! – sur la collectivité ».

Autant le dire clairement, l’idée novatrice de GFM n’est pas très bien passée auprès des assureurs et surtout de la Mutualité. « Nous avons reçu toutes les critiques possibles, nous avons été convoqué par la Fédération Nationale de la Mutualité Française (FNMF) qui nous accusait de briser la solidarité et de biens d’autres maux encore ». De fait, le projet est lancé en catimini, sans aucune communication et sans en parler aux assurés déjà en portefeuille. Les clients n’y croyaient pas. « Le commentaire le plus fréquent c’est un peu : c’est trop beau pour être vrai ».

Responsabiliser les assurés

En 2003, « on a noté un changement d’état d’esprit ». Depuis 2000 déjà, le produit rencontre un certain succès. L’envol des coûts de la santé et des assurances complémentaires commencent à obliger les ménages à de savants calculs et les moins dépensiers lorgnent sur la possibilité de ne payer que ce qui est dépensé. Du point de vu de Jacques Garot, le problème est presque inverse. « Les clients des complémentaires santé se disent ‘je paye mais je ne consomme pas’ et veulent se rattraper en recourant à des soins non nécessaires, en augmentant sans raisons logiques les rythmes de consultations. »

Car l’idée de fond de Jacques Garot est bien là : les assurés sont déresponsabilisés et le système court à sa perte. « Le tiers payant est complètement déresponsabilisant. Les gens ne paient plus rien quand ils vont chez le médecin ou quand ils sont hospitalisés. Pour les très faibles revenus, c’est une bonne solution, mais on a trop longtemps entretenu l’idée que la santé était gratuite, et ce n’est pas le cas ! »

Pour lui, les franchises cautionnées sont la solution et son premier argument est de noter l’arrivée de mutuelles d’assurances et d’assureurs sur le marché avec des produits similaires. « Nous avons même été consultés par des gouvernants pour voir comment le système serait applicable à grande échelle » confie le directeur général, d’un oeil malicieux.


A suivre : « A l’avenir, les franchises cautionnées seront le seul système de complémentaire santé »