Tribune : Les affres du tout tactile dans l’assurance

Retour, pour ce trimestre, sur le virage numérique du secteur de l’assurance avec Donat Nobilé.

La digitalisation serait une menace déstructurante pour les emplois dans l’assurance selon certains, une opportunité pour d’autres. C’est oublier un peu vite que les emplois des gestionnaires de contrats perdus par la numérisation peuvent être largement compensés par ceux qui exercent des métiers supports dans les domaines informatiques et des nouvelles technologies.

Ceci dit, depuis l’image du coup de pouce, utilisé par un établissement bancaire, il y a quelques années, jusqu’au dernier catalogue d’un géant de l’ameublement qui se feuillette d’un doigt, il ne faut pas occulter l’essentiel. Ce n’est pas tant la digitalisation qui est le plus à craindre mais son corollaire, le tout tactile. Une nouvelle phobie susceptible d’engendrer une race nouvelle de prospects et d’assurés qu’il faudra assister davantage eu égard aux bouleversements qu’une telle révolution ne manquera pas de créer dans leur métabolisme.

Je vous le dis, avec tout le doigté qui sied en la matière, le tout tactile va faire une place de roi au doigt et plus particulièrement à notre index, organe en pleine mutation génétique et générationnelle en passe de concentrer l’intelligence humaine. Savez-vous qu’il a fallu patienter jusqu’au XVIIIème siècle pour que le cerveau supplante le cœur comme adresse des sensations humaines ? Alors qu’il ne faudra qu’une décade pour que le doigt supplante le cerveau à son tour et cela de manière irréversible.

Naviguer sur le web n’est pas sans risque pour le e-consommateur, papivore et méfiant. Sous-estimer les dommages collatéraux de l’envahissement croissant du doigt dans notre vie, ne serait-ce pas déjà se le planter dans l’œil ?
Cet appendice phalangiste est en passe de remplacer crayon à mine, stylo à bille, plume d’oie, burin à hiéroglyphe, clavier et tablettes sur l’écritoire du temps. Dans ce contexte digital en diable, obéir au doigt, à l’œil ou pas, prendra alors tout son sens.

Certains prétendront qu’en cas de mutilation, un doigt de notre cartouchière phalangienne se tient prêt à en remplacer automatiquement un autre et sans frais en sus ; et de plus, pas de suppléant artificiel hémisphérique pour relever un lobe défaillant ou de substitut ventriculaire pour doubler une cavité bouchée. In fine, c’est toujours votre doigt, pas celui hérité d’un autre ou d’un dieu, dont vous ignorez l’existence. La preuve en est, qu’on peut perdre la main au jeu ou dans sa routine, tout en comptant sur tous ses doigts.

Donat Nobilé, auteur récemment de “Gérer le zapping de ses clients/Réflexions innovantes en assurance pour 2014 et au-delà…”, revient sur l’évolution de l’emploi en assurance suite à la digitalisation croissante des canaux assuranciels.