Chronique : Les nombreuses facettes de la solvabilité des assureurs

Dans le passé, pour pallier les insuffisances de Solvabilité I, les opérateurs de marché ont souvent eu recours à des mesures alternatives, telles que le modèle de capital de Standard & Poor’s.

Sous Solvabilité II, la mesure de la solvabilité des assureurs sera basée sur une évaluation économique des risques. Chaque assureur pourra calculer son exigence de capital utilisant la formule standard ou son modèle interne. L’utilisation du modèle interne requiert l’autorisation des régulateurs et doit répondre à de sévères exigences pour être agréé à cet effet.

Selon certain assureurs, la mise en application de ces exigences a abouti à la construction de modèles qui ne reflètent plus les risques économiques sous-jacents. Certains maintiendront ainsi deux modèles internes. Les assureurs opérant en Suisse doivent également calculer leur solvabilité selon le « Swiss Solvency Test (SST) ». Le SST est conceptuellement similaire à Solvabilité II, mais avec des différences importantes, notamment sur le capital requis pour le risque opérationnel. De plus, les assureurs qui passeront par des mesures transitoires dans le cadre de Solvabilité II devront publier leur solvabilité avec et sans ces mesures. Ainsi, pour de nombreux assureurs, il pourrait y avoir jusqu’à cinq mesures différentes de leur solvabilité.

Notre modèle de capital, appliqué uniformément dans le monde entier, nous permet de former une opinion comparable de la solvabilité des assureurs. Sa relative simplicité pouvant conduire à sous-estimer ou surestimer la solvabilité des assureurs, nous procédons à des ajustements quantitatifs et qualitatifs si nécessaire.

L’intention de Solvabilité II était d’avoir un cadre réglementaire harmonisé basé sur des principes économiques. Cependant, à la suite de pressions de l’industrie et des politiques pour en minimiser l’impact, Solvabilité II permet des ajustements parfois éloignés des principes économiques. Nous considérons que certains sont justifiées (matching et volatility adjustment), mais d’autres ajustements, comme l’extrapolation de la courbe sans risque –et en particulier l’utilisation d’un taux ultime élevé–, pourrait considérablement surestimer la solvabilité économique de certains assureurs dans un contexte de taux très bas. Cela concerne surtout les assureurs qui ont des garanties à long terme et une difficulté structurelle à trouver des actifs à taux fixe de duration longue appropriée étant donné le manque de profondeur du marché de la dette dans un certain nombre de pays européens.

En ce qui concerne les modèles internes, nous notons que certains assureurs ont décidé de suivre les pratiques du marché au lieu de développer une approche de modélisation spécifique pour leur profil de risque afin d’augmenter leurs chances d’obtenir l’approbation des régulateurs. Cette convergence des modèles internes devrait faciliter la comparaison de la solvabilité économique des assureurs. Toutefois, cela réduirait un des avantages des modèles internes : permettre des approches différentes des risques pour faciliter la stabilité du marché et limiter les comportements grégaires.

Taos Fudji,

Directeur du secteur assurance chez Standard & Poor’s