Stress souverain : quels impacts sur les assureurs ?

La sensibilité du profil de risque des assureurs au stress souverain dépend principalement de la composition de leur portefeuille d’investissement et de la diversité de leurs activités.

En cas de détérioration de la qualité de crédit du souverain, le déclin de la valeur des actifs représente indéniablement le danger le plus immédiat pour les assureurs. Pour la gestion actif-passif, qui inclut celle du risque de change, et afin de se conformer aux exigences réglementaires, les portefeuilles d’investissement des assureurs sont souvent investis en grande partie en dette souveraine. Ce type d’investissement est souvent soutenu par la réglementation prudentielle, la dette publique domestique étant considérée comme peu risquée.

Les assureurs-vie sont de plus gros investisseurs que leurs confrères opérant sur le marché non-vie et sont donc plus sensibles aux fluctuations des marchés financiers. Toutefois, en l’absence de garantie sur les passifs, ces fluctuations se répercutent sur le rendement servi aux assurés sans impacter la solvabilité de l’assureur. Les assureurs dont les portefeuilles d’investissement sont suffisamment diversifiés, et donc modérément exposés au risque souverain, peuvent sous certaines conditions avoir une note de solidité financière supérieure à la note souveraine.

Au-delà des risques associés aux actifs, les perturbations macro-économiques peuvent également impacter les résultats des assureurs. En non-vie les impacts sont contrastés : l’achat d’assurance « obligatoire » est limité ; par ailleurs, une croissance économique morose s’accompagne souvent d’une réduction de la fréquence des sinistres, en particulier en assurance automobile.
Les sociétés d’assurance vie se voient plus sévèrement affectées lors d’une situation de stress économique, elles sont exposées à un taux de rachat plus élevé et moins de flux entrant, d’autant plus en situation de chômage croissant et de baisse des revenus des ménages.

Malgré les conséquences significatives que peuvent subir les assureurs en période de stress souverain, nous notons 93 assureurs dans le monde au-dessus de leur souverain. Cela signifie qu’il y a une probabilité supérieure que l’assureur évite un défaut dans l’éventualité d’un défaut du souverain ; cela n’empêchant pas que sa solidité financière soit tout de même fragilisée.

La plupart de ces 93 assureurs sont basés dans des centres financiers offshore, tels que les Bermudes et les Bahamas. Ces sociétés bénéficient souvent d’une exposition limitée au risque souverain du pays de domicile, aussi bien en termes d’investissements que de risques assurés. Ces assureurs peuvent néanmoins être affectés par le stress souverain d’autres juridictions. Les sociétés d’assurance bénéficiant du soutien implicite ou explicite (sous forme de garantie par exemple) d’un groupe plus solide financièrement sont aussi souvent notées au-dessus du pays dans lequel elles sont localisées.

Charlotte Chausserie-Laprée
Analyste crédit
S&P Global Ratings