Les assureurs mondiaux veulent éclairer le G20 sur le risque systémique

Les 80 plus grands assureurs mondiaux, réunis dans l’Association de Genève, remettent ce matin un rapport sur le risque systémique et l’assurance. L’objectif est de démontrer que le secteur de l’assurance n’a rien à voir avec le secteur bancaire, et que les risques systémiques, s’ils existent, sont mineurs. Le rapport en profite pour proposer des solutions de surveillance globale.

L’une des particularité de la crise aura été de faire revenir sur le devant de la scène l’assurance dans l’économie mondiale. Plus que de revenir, il s’agit plutôt d’une façon de se démarquer des banques quand se posent les questions de la régulation financière mondiale et quand le G20 demande des recommandations aux différents acteurs pour superviser un secteur d’activité.

L’Association de Genève, qui regroupe les principaux assureurs mondiaux, continue son travail auprès des instances mondiales et remet à Londres un rapport à l’association internationale des superviseurs de l’assurance – IAIS en anglais – à propos du risque systémique.

Cinq recommandations principales ont été formulées par l’Association de Genève. Celles-ci visent à remédier aux lacunes de la réglementation actuelle et à renforcer la stabilité financière.
La première mesure, « la mise en œuvre d’une supervision de groupe efficace pour les compagnies d’assurances » revient à superviser toutes les activités d’un assureur et de ses filiales, même si celles-ci ne réalisent pas des opérations d’assurances. « Le renforcement de la gestion du risque de liquidité » porte lui sur des problèmes liés à des effets de commerce ou le prêt de titres.

Les trois autres mesures concernent plutôt la stabilité financière et une approche macro-prudentielle. La « réglementation accrue de l’assurance Garantie Financière », comme « l’amélioration des pratiques de gestion des risques » ou la « création d’organismes de surveillance macro-prudentielle représentant correctement le secteur de l’assurance » portent en effet plus sur des dérives constatées au niveau de la finance mondiale et d’acteurs comme les « monoliners » ou l’opacité de certaines pratiques éloignées du métier d’assureur.

Critères de risque

Le rapport, pour cibler les risques systémiques, s’est appuyé sur les critères de surveillance définis par le Conseil de stabilité financière (CSF – FSB en anglais) et sur les précédents dans l’histoire.
Les critères du CSF – la taille, l’interconnexion et la substitutabilité – auxquels s’ajoute le critère de temps avancé par l’IAIS, ont été pris pour base et la conclusion du rapport est simple : l’assurance ne présente pas dans de risque systémique dans ces activités principales. La taille des assureurs n’est pas de nature à déstabiliser fortement les marchés financiers.

Selon le rapport, aucun assureur n’entre dans la catégorie des « too big to fail » qui peut engendrer une gestion moins prudente de l’entreprise. Le conseil serait même plutôt de laisser tomber ceux qui ne respectent pas les règles pour assainir le marché. L’interconnexion est limitée et les assureurs peuvent s’appuyer sur une bonne substitutabilité pour que le secteur tienne même en cas de faillite de l’un d’entre eux. Enfin, le critère de temps est très favorable au secteur dont le métier est d’encaissé avant de décaisser de façon beaucoup plus lente.

Il reste tout de même deux activités que le rapport pointe du doigt et qui pourraient très bien représenter un risque important, voire systémique, en cas de dérives. Il s’agit des négociations de produits dérivés dans des bilans hors assurances, comme ce fut le cas avec des assureurs multipliant de façon opaque les activités bancaires et d’une mauvaise gestion du financement à court terme issu des effets de commerce ou du prêt de titres, ce qui entraînerait un risque de liquidité.

Ne pas presser le capital

Pour écarter les risques de rachat d’assurance-vie et de catatsrophe naturelles, les deux principaux risques qui pèsent sur les assureurs, l’Association de Genève s’appuie sur des faits précédents comme la crise boursière de 2001-2003, la crise financière de 2008, mais également les catastrophes naturelles de 2005 par exemple.
Malgré tout, ces calculs empiriques ne parviennent pas à persuader complétement. Par exemple, le calcul du taux de rachat d’assurances-vie en cas de crise est estimé entre 5 et 6% alors qu’il est, en situation normale, de 4,5%. Le rapport conclu que les assureurs pourraient couvrir 20 fois ce risque, ce qui mathématiquement les place à une couverture de 100% en cas de rachats.

Surtout, les assureurs veulent se prémunir contre la hausse de capital, souvent entendu comme réponse à tous les maux financiers. « Mal calibrer les réformes liées au risque systémique serait dommageable non seulement pour le secteur de l’assurance en particulier, mais également pour l’économie en général » conclu un assureur de l’Association de Genève.