Il faut du dialogue social pour contrer le stress au travail

Face aux risques psycho-sociaux au travail (stress, dépression..), il n’y a “pas de miracles” ni de bonne pratique unique, ont expliqué jeudi des experts réunis à Paris, insistant notamment sur la nécessité d’un “dialogue social” pour endiguer le phénomène en entreprise.

Si “les risques psycho-sociaux ne sont pas nouveaux”, il y a “une accélération du phénomène qui est importante”, a reconnu François Cochet, du cabinet d’experts Sécafi, lors d’une table ronde organisée par l’association des journalistes de l’information sociale (Ajis).

“On est passé du déni à une forte mobilisation depuis un an et demi”, a ajouté Philippe Douillet de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), qui reçoit “de plus en plus d’appels de comités de direction” qui souhaitent mettre en place des journée sur le stress.

Mais il n’y a pas de “one best way”, a-t-il ajouté, citant les entretiens collectifs ou individuels de salariés, ou les questionnaires. “Il n’y a pas de déroulé de méthode valable partout” a insisté M. Cochet. “Il n’y a pas de recette miracle, il faut se garder de vouloir aller trop vite”, a-t-il ajouté, inquiet par exemple de France Télécom, qui a annoncé que tout allait changer en janvier, après les suicides de 25 salariés en 18 mois. Selon lui, il faut d’abord du “dialogue social”, qui doit être “le fil conducteur” de toute action de prévention.

“La reproductibilité n’est pas possible en matière de risques psycho-sociaux”, a renchéri Valérie Langevin, de l’Inrs (Institut national de recherche et de sécurité), précisant qu’il faut cependant “un consensus minimum sur la présence de risques psychosociaux” dans l’entreprise et “une garantie d’un plan d’action”, préalables nécessaires selon elle à la mise en place d’un questionnaire aux salariés.

Elle identifie aussi, parmi les axes que doivent déployer les entreprises, la nécessité de mettre en place des préventions primaires (c’est-à-dire centrées sur les causes du stress) ainsi que la nécessité de faire “intervenir des consultants extérieurs”, pour “poser le diagnostic” et “évaluer les facteurs de risques”.

Pour Patrick Legeron, du cabinet Stimulus, “la notion de risque doit se calculer scientifiquement”, en mettant en place des “indices de risques” et en “mesurant simultanément l’individu”, pour mesurer “l’anxiété, la dépression”. “Cela s’appelle la psychométrie”, a-t-il insisté. “Quand on aura un indicateur, on aura une cartographie”, a-t-il ajouté, défendant aussi la mise en place d'”autopsies psychologiques”, une méthode d’analyse du parcours d’un suicidé par le recueil précis d’informations dans l’entourage du défunt, afin de déterminer l’impact du travail dans le passage à l’acte d’un salarié.

“Mesurer c’est utile”, mais “une cartographie n’a d’intérêt que comme pilotage d’une approche qualitative” de prévention, remarque M. Cochet.  Selon lui, après chaque suicide, il faut enquêter pour “rechercher tout ce que l’entreprise aurait pu repérer et faire pour empêcher les suicides”. ¨Parfois, on ne trouvera rien”, lorsque les raisons du suicide sont plus personnelles que professionnelles, reconnait-il.

Paris, 12 nov 2009 (AFP)