Carnet : Après le sucide de Pierre Wauthier, une lettre met en cause le président de Zurich Insurance

Dans une lettre d’adieu, le directeur financier de Zurich Insurance qui s’est suicidé, émet des reproches contre son président qui vient de démissionner.

L’assureur suisse Zurich Insurance a confirmé vendredi que Pierre Wauthier, son directeur financier qui a été retrouvé mort lundi, avait laissé une lettre mentionnant Josef Ackermann, son président, qui a démissionné jeudi.

Dans son édition de vendredi, le Tages-Anzeiger a affirmé que le directeur financier avait “laissé une lettre d’adieux dans laquelle il émettait des reproches contre Ackermann“.

Nous avons été informés qu’une telle lettre existe et sommes au courant de son contenu“, a déclaré Tom de Swaan, qui a repris les commandes du groupe jusqu’à la prochaine assemblée générale, lors d’une conférence téléphonique.

Il est correct (de dire) qu’elle est liée à la relation de Pierre Wauthier et de Jo Ackermann“, a-t-il ajouté, jugeant inapproprié de donner davantage de détails.

Tom de Swaan a cependant assuré que Josef Ackermann avait démissionné de son propre chef. “Je voudrais insister sur le fait qu’il s’agissait de sa propre décision basée sur ses raisons personnelles“, a-t-il affirmé. Selon le Tages-Anzeiger, qui cite une source proche sans la nommer, Pierre Wauthier se serait senti sous pression de la part de Josef Ackermann.

Lors de la conférence téléphonique, Tom de Swaan a précisé que le conseil d’administration allait se pencher sur ce point. Il a ajouté que le groupe prenait les questions de bonne gouvernance et de comportement personnel très au sérieux.

Le conseil d’administration pense qu’il est de sa responsabilité première d’examiner les questions quant à savoir si des pressions excessives ont été exercées“, a-t-il poursuivi.

Le Franco-Britannique Pierre Wauthier, qui était à la tête des finances du groupe depuis 2011, a été retrouvé mort lundi à son domicile. La police a depuis indiqué que son décès était probablement lié à un suicide.

Jeudi, Josef Ackermann a créé la surprise en annonçant sa démission, se disant profondément choqué par ce décès. “J’ai des raisons de croire que la famille est d’avis que je devrais prendre ma part de responsabilité“, a-t-il déclaré dans le communiqué publié par l’assureur suisse. Josef Ackermann, l’ancien patron de la banque allemande Deutsche Bank, a renoncé à toutes ses fonctions au sein du conseil d’administration avec effet immédiat.

Le directeur général, Martin Senn, a toutefois précisé que ces événements n’étaient pas liés à la performance du groupe. “Je veux qu’il soit clair comme de l’eau de roche qu’il n’y a pas de lien entre ces nouvelles et les activités et la performance financière de Zurich“, a–t-il déclaré.

Mi-août, Zurich Financial Groupe avait publié des résultats en baisse de 17% pour le premier semestre et avait prévenu qu’une partie de ses objectifs seraient difficiles à atteindre.

Ce ton avait nettement tranché avec celui de ses principaux concurrents, l’allemand Allianz et le français Axa, qui s’étaient montrés assez confiants sur leurs perspectives.

La veille de la publication de ses résultats le groupe avait également annoncé que son directeur de la branche assurance-vie, l’américain Kevin Hogan, quittait ses fonctions, ajoutant un nouveau départ de grande envergure au sein du groupe qui a connu d’importants changements au sein de ses instance dirigeantes au cours des quinze derniers mois.

En juin 2012, Mario Greco, son directeur des activités générales d’assurances avait également quitté le groupe pour rejoindre l’assureur italien Generali.

Dans un article consacré à Josef Ackermann, le quotidien suisse alémanique revient sur le profil controversé de ce patron qui avait l’habitude de fixer des “objectifs extrêmement élevés – pour lui-même, mais aussi pour ses collaborateurs“.

Considéré comme un banquier talenteux, ce citoyen suisse age de 65 ans, qui avait notamment l’oreille de la chancelière allemande Angela Merkel avait véritablement transformé la Deutsche Bank. Mais sa gestion ambitieuse lui avait cependant attiré de nombreuses critiques. Sa plus grande gaffe durant ses années en Allemagne reste sans doute son “V” de la victoire, tout sourire devant les photographes, au premier jour de son procès en 2004 dans l’affaire des parachutes dorés des dirigeants de l’opérateur de téléphonie Mannesmann.

Pour beaucoup ce geste avait été l’incarnation de l’arrogance du pouvoir“, note le Tages-Anzeiger.

AFP