AIG en passe de perdre son procès contre son ancien patron Hank Greenberg

L’assureur américain AIG, nationalisé à l’automne, a vu rejetée par un jury fédéral mardi sa plainte contre son ex-PDG Maurice (“Hank”) Greenberg, auquel il reprochait d’avoir détourné à travers la société qu’il dirige plus de 4 milliards de dollars.

Il revient désormais au juge new-yorkais Jed Rakoff de prendre une décision finale, “d’ici au mois d’août”, selon les parties impliquées. Le juge n’est pas tenu obligatoirement à s’en tenir à la décision des jurés. Si AIG devrait être débouté, l’assureur pourra faire appel. Un porte-parole, Mark Herr, s’est dit “déçu” des conclusions du jury. “Nous continuons à croire fondées nos poursuites”, a-t-il ajouté.

Au contraire, une porte-parole de la société Starr International, dirigée par M. Greenberg, s’est dite “confortée” par la validation de ses arguments par le jury et par “le rejet rapide et complet des attaques personnelles scandaleuses portées contre M. Greenberg par AIG et ses conseils”.

Ce verdict intervient au terme d’un procès ouvert le 15 juin dans un tribunal fédéral de Manhattan, où M. Greenberg, 84 ans, avait dû s’expliquer sur la rétention par sa société d’actions AIG. L’assureur affirmait que ces titres étaient destinés à rémunérer ses cadres et à ce titre lui revenaient. M. Greenberg et les responsables de Starr International faisaient valoir au contraire que cette société n’était aucunement tenue de reverser ces titres à l’assureur.

Patron emblématique d’AIG pendant près de 40 ans, M. Greenberg avait été poussé au départ en mars 2005, à une époque où des enquêtes pour manipulations comptables visaient le mastodonte de l’assurance, un leader mondial au fonctionnement très opaque en raison de ses myriades de sociétés.

AIG s’est finalement effondré en pleine crise financière en septembre, débouchant sur une nationalisation en urgence pour éviter une faillite aux conséquences incalculables. Depuis lors, le groupe a été renfloué à hauteur de 170 milliards de dollars, en numéraire et en garanties, par l’Etat fédéral.

Dirigé par une nouvelle équipe depuis sa nationalisation de fait, AIG cherche à rembourser l’Etat, en cédant nombre de ses actifs, et les actions logées dans Starr International auraient pu contribuer à cette fin.

Starr International Company, dite SICO, visée par les poursuites d’AIG, est une société portant le nom du fondateur de ce qui est devenu AIG, C.V. Starr, et fondée en 1970. Au coeur des enjeux: les actions AIG qui y avaient été parquées depuis les années 1970, dont la valeur a bondi de 120 millions de dollars à 4,3 milliards en 2005.

M. Greenberg a été le président de SICO pendant des années, et il dirige toujours aujourd’hui cette entité. Un avocat d’AIG, Theodore Wells, avait fait valoir devant le jury que depuis sa création, “SICO était supposé prendre ces actions et les loger dans un fonds, et utiliser ces actions pour le bénéfice des salariés d’AIG, en alimentant un plan de rémunération à long terme”. M. Wells avait dépeint un Maurice Greenberg rongé par “la colère” d’avoir été poussé à la démission. M. Greenberg aurait ainsi “trahi” les engagements de SICO et “détourné” le rôle statutaire de cette entité, “en prétendant que ce n’était pas un fonds” de rémunération mais une société indépendante, et en lui faisant conserver le trésor des actions AIG.

L’avocat de SICO avait au contraire plaidé l’indépendance de cette société, affirmant qu’il est inscrit dans les statuts que le bénéficiaire de ses actifs, en cas de liquidation, n’était pas AIG mais un fonds caritatif enregistré aux Bermudes. “Je mets au défi quiconque de trouver quoi que ce soit dans ces documents qui indique que (les actifs de SICO) soient destinés à AIG”, avait martelé Me David Boies, accusant AIG de vouloir “se servir dans la boîte à gateaux”.

AFP