Sauvetage AIG : le nom des banques partenaires caché comme un secret défense

Un parlementaire américain a publié mercredi des courriers électroniques montrant que la Réserve fédérale de New York, principal acteur du sauvetage en 2008 de l’assureur AIG, voulait cacher comme un secret défense le nom des banques qui en ont le plus bénéficié.

Ce sauvetage a lieu en septembre 2008, et le nom de ces banques a finalement été révélé six mois plus tard, sous l’insistance du Congrès qui voulait savoir à qui était allé l’argent public englouti pour empêcher la faillite d’AIG.

Un membre de la Commission de surveillance et de réforme de l’Etat à la Chambre des représentants, le républicain Darrell Issa, a publié des extraits de ces courriers électroniques obtenus auprès de la Fed de New York. Ils montrent que l’institution souhaitait à tout prix empêcher que ces noms, principalement ceux de l’américaine Goldman Sachs, de la française Société Générale et de l’allemande Deutsche Bank, soient transmis au Congrès par l’autorité de régulation boursière, la SEC.

“Ils ont offert de mettre en oeuvre des procédures spéciales de sécurité pour gérer le document (…) fournissant en vue de son stockage un endroit spécial à la SEC où les dossiers relatifs à la sécurité nationale sont conservés”, écrit un responsable de la Fed de New York non identifié dans un courrier daté du 13 janvier 2009.

“Nous avons en particulier dit à l’entreprise de ne pas dévoiler que les contreparties (banques partenaires d’AIG en affaires, ndlr) avaient reçu une compensation pleine dans la transaction”, indique un autre courrier du 23 février.

“Les gens doivent avoir conscience que les renseignements écrits seront dans les dossiers de la SEC, et la SEC pourrait bien avoir une demande du Congrès pour avoir ces renseignements. Je ne sais pas s’il y a un moyen de gérer ça pour que le Congrès ne les demande pas, ou s’ils le font, pour qu’ils ne les rendent pas publics”, s’inquiète un responsable le 12 mars, trois jours avant que ces noms soient rendus publics.

Pour M. Issa, “ce n’est de la spéculation, c’est un fait que la Fed de New York a donné un plan de sauvetage à la sauvette aux contreparties d’AIG et a ensuite essayé de le cacher”.

Lors de l’audition mercredi de plusieurs acteurs de ce sauvetage, dont le président de la Fed de New York à l’époque, Timothy Geithner, aujourd’hui secrétaire du Trésor, le président de la Commission de surveillance et de réforme de l’Etat, Ed Towns, s’est emporté contre cette décision de la Fed de cacher les noms des banques en question.

“La Fed de New York faisait valoir que révéler les noms des contreparties serait en quelque sorte néfaste pour AIG. En fait, quand ces renseignements ont finalement été rendus publics sous la pression du Congrès, rien ne s’est passé!”, a-t-il souligné.

M. Geithner s’est défendu d’avoir pris cette décision, indiquant qu’à l’époque où il a mis entre parenthèses ses fonctions à la Fed, en novembre 2008 pour rejoindre l’équipe du président élu Barack Obama, ces noms n’avaient pas été réclamés.

Le président de la Fed, Ben Bernanke, s’est aussi dédouané. Interrogé par M. Towns, il lui a répondu dans une lettre qu’il n’avait “pas participé aux discussions avec la SEC à propos de questions de transparence concernant AIG”.

AIG a dû faire l’objet de quatre plans de sauvetage successifs, entraînant la mobilisation de près de 180 milliards de dollars de fonds publics au total.

Washington, 27 jan 2010 (AFP)