Réassurance : Les cédantes devraient encore profiter de conditions très favorables

Sur un marché toujours très « soft », les cédantes travaillent avec les réassureurs et courtiers sur leur partage et connaissance des risques dont, en premier lieu, climatiques.

Avec les Rendez-vous de Septembre de Monte-Carlo, assureurs et réassureurs se préparent à leur rentrée des classes. Et pour les cédantes, la rentrée 2015 se fait en douceur, d’abord grâce à des tarifs de fournitures de réassurance toujours très raisonnables. « Sur le marché français, le cycle semble toujours baissier. Les réassureurs n’ont pas essuyé de sinistres majeurs, leurs résultats sont solides et ils présentent toujours de l’appétit au risque. Les cédantes sont assez optimistes quant aux conditions de renouvellement des traités », estime Philippe Renault, PDG de Guy Carpenter (entité réassurance de Marsh & McLennan Companies).

Mais plus que les tarifs et leur effet budgétaire très favorable pour les cédantes, celles-ci sont sensibles à la qualité du partenariat que représente les réassureurs. « Au-delà de l’apport de capacités, nous attendons un vrai partage, une confrontation sur l’analyse du risque et ce, à une échelle mondiale pour notre groupe et ses filiales », insiste Philippe Derieux, directeur général délégué d’AXA Global P&C. Les courtiers en réassurance sont également plus sollicités « pour un soutien technique, mettre en adéquation les couvertures de réassurance aux expositions aux risques, apporter plus de documentation et d’études », ajoute Philippe Renault chez Guy Carpenter.

Risques climatiques…

Cette année encore, les cédantes auront pour matière principale les risques climatiques et risques Cat’Nat’. A noter : une évolution des besoins vers davantage de couverture en fréquence de sinistres pour répondre à une multiplication de petits et moyens risques climatiques, en France notamment.

Plus globalement, dans la continuité des années précédentes, les cédantes et réassureurs vont travailler sur les risques liés au dérèglement climatique. « Il existe un besoin de développement des connaissances sur le climat tel qu’il est et tel qu’il va devenir. Nous avons besoin de mieux connaître et anticiper ces périls avec des modèles plus précis afin de produire des modèles plus précis pour des masses d’assurance qui augmentent sur des territoires de plus en plus exposés», explique Philippe Derieux d’AXA. Chez l’assureur, la tendance va d’ailleurs cette année à un peu plus d’achats de programmes de réassurance qui traduisent une hausse de la matière à assurer dans les pays émergents.

La crainte majeure reste toujours celle d’une année noire en Cat’Nat’ comme en 2011 marquée par le séisme et tsunami au Japon et des inondations spectaculaires en Thaïlande ayant entraîné, au-delà des dommages colossaux, des interruptions d’activités dans les chaînes de production en automobile ou électronique partout dans le monde.

… et cyber-risques

Au programme de la rentrée, de nouvelle matière font aussi leur apparition comme les cyber-risques bien que peu d’heures de cours sont à prévoir. « Ce n’est pas un sujet qui passionne les foules, il y a peu de changements et c’est assez surprenant », souligne Philippe Renault chez Guy Carpenter. Les mois passés ont pourtant été riches en cyber-attaques: Ashley Madison, JP Morgan, Sony Pictures Entertainment, TV5 Monde, l’attaque des sites gouvernementaux et menace djihadiste… « Cela évolue lentement en termes de prise de conscience des risques. Les entreprises ou institutions publiques ne sont pas encore toutes convaincues de l’intérêt de se couvrir. Le nombre de victimes du risque cyber est probablement plus élevé qu’on ne le croit car beaucoup préfèrent que cela ne se sache pas pour des raisons de réputation », pense Philippe Derieux. Le marché se cherche, les assureurs et réassureurs suivent une courbe d’apprentissage tout en essayant de ne pas s’occuper que des plus gros risques avec une possibilité d’anti-sélection.

Pourtant, ces besoins vont devenir « inéluctables », selon Philippe Derieux d’Axa. Le préjudice à la réputation et à l’image de marque liées aux cyber-risques inquiètent de plus en plus les entreprises. D’après le classement Aon Risk Solutions du printemps 2015, le cyber-risque a fait son entrée dans le top 10 des risques majeurs de ses clients, à la neuvième place, et ce pour la toute première fois. Mais pour autant cela ne se traduit pas encore par une croissance du marché.