Les assureurs lorgnent sur la micro-assurance dans les pays en développement

La micro-assurance est en essor dans les pays en développement et intéresse de plus en plus les grands assureurs privés, même si l’offre ne répond pas encore vraiment aux besoins de leurs habitants.

Tout comme le micro-crédit, qui a contribué à son développement, la micro-assurance se destine aux personnes disposant de faibles revenus, pour leur proposer des produits d’assurance à des prix abordables, entre 1 et 10 dollars par an généralement.
Ce marché est aussi énorme qu’inexploité: environ 4 milliards de personnes « ont des besoins largement insatisfaits en matière de gestion des risques », selon une étude du réassureur Swiss Re.

Les marges attendues sont faibles mais les grands assureurs voient plus loin, espérant gagner et fidéliser de nouveaux clients qui, s’ils accèdent un jour à la classe moyenne, passeront à des produits d’assurance conventionnels. Les produits d’assurance vie et crédit, les plus simples et les plus rentables, dominent le marché de la micro-assurance. Mais ils « ne fournissent généralement pas une couverture adéquate » pour ces populations et « visent souvent à protéger » les instituts de micro-crédit, selon cette étude.

Or « les enquêtes montrent que la santé est le besoin le plus fréquemment cité par les usagers de la micro-assurance », parce que c’est « un besoin urgent de liquidités, et parfois une question de vie ou de mort » où l’on risque de se ruiner pour payer les soins, remarque Michael J. McCord, président du MicroInsurance Centre.

Dans l’agriculture

De même, la micro-assurance agricole contre les risques liés aux événements climatiques ou aux évolutions économiques défavorables, ainsi que la micro-assurance dommages sont encore sous-représentées car le risque de pertes est élevé et l’évaluation des dommages difficile. Assureurs et réassureurs privés multiplient toutefois les expériences dans ces domaines ces dernières années.

Dans le secteur de la santé, Swiss Re va tester cette année à Haïti une offre destinée à indemniser rapidement des femmes entrepreneurs en cas de pic de choléra dans le pays, qui peine à se relever du terrible séisme du 12 janvier 2010. « Le nombre d’admissions à l’hôpital comme facteur paramétrique est utilisé dans l’indice employé pour déclencher l’assurance », remarque Steve Evans, responsable du site spécialisé dans le transfert de risque Artemis.bm, soulignant le caractère innovant du procédé.

Swiss Re mène également un programme de micro-assurance contre le risque de sécheresse en Ethiopie, qu’il va étendre au Sénégal. Son rival allemand Munich Re a lancé en 2010 une couverture crédit à destination de coopératives aux Philippines pour les prémunir contre le risque de fortes intempéries, comme les typhons, et a annoncé en décembre un projet pilote similaire dans les Caraïbes.

Développement

« Les produits indexés vont fortement se développer dans les années à venir » pour les pays en développement, facilitant la prise en charge de risques complexes, prédit Martin Hintz, expert en micro-assurance de l’assureur allemand Allianz, qui a lancé des produits de micro-assurance agricole indexés sur la pluviométrie pour environ 1.000 petits exploitants au Mali et au Burkina Faso.

Car en définissant les paiements en fonction de paramètres simples à prendre en compte, comme des données météorologiques par satellite, « l’assureur s’épargne le coût de l’évaluation des dommages subis par le client, le risque de fraude est exclu et l’indemnisation arrive donc plus
rapidement », ajoute M. Hintz.

« Un gros travail de terrain reste toutefois à faire pour expliquer les principes de l’assurance à des populations disposant souvent d’un niveau
d’éducation très faible, conviennent les assureurs. D’où l’importance pour eux de s’entourer de distributeurs locaux efficaces, ainsi que de bénéficier d’actions de soutien de la part d’ONG et des gouvernements. « L’éducation est un défi important mais pour gagner la confiance des gens les assureurs doivent surtout prouver qu’ils sont prêts à les indemniser » et à se passer des programmes de subventions des Etats, conclut M. McCord.

Francfort, 12 janv 2012 (AFP)