Edito : Le tiers perdant

Jusque-là, la Mutualité française aura joué de malchance lors de la mandature de François Hollande. Lorsqu’elle a combattu avec plus ou moins grande fermeté les mesures portées par Marisol Touraine, tels que l’ANI ou la généralisation de la complémentaire au plus de 65 ans, les réformes passent. Certes en obtenant parfois des concessions. Et lorsqu’elle soutient la ministre de la Santé, les mesures trépassent. Dernière en date, la généralisation du tiers-payant.

Une des mesures ambitieuses de la loi Santé pour le gouvernement et « élément déterminant pour l’accès aux soins de tous » pour Etienne Caniard, la généralisation du tiers-payant avait donné naissance à une association des organismes complémentaires d’assurance maladie, visant à mettre en place un dispositif « simple et clair » pour les praticiens. Preuve de l’implication de la FNMF, elle avait réussi à porter son futur ex numéro 2, Emmanuel Roux, aux manettes de cette sorte de FFA de niche.

Mais c’était sans compter sur une armée blanche de quelque 100.000 hommes prêts à raccrocher le stéthoscope si le tiers-payant généralisé voyait le jour. Trop de paperasse, peur des retards de paiements de la part des mutuelles ou simplement le fait que ce soit obligatoire sont les principaux arguments avancés par les praticiens pour balayer la mesure d’un revers de la blouse. Les tentatives d’Etienne Caniard pour rassurer les médecins n’y auront rien fait. 99 ans après l’épisode russe, l’armée blanche symbolisée par les praticiens aura tenu tête à l’armée rouge, la couleur personnifiant la Mutualité française. Et la décision du Conseil constitutionnel aura porté un sérieux coup à la mesure.

Mais pas l’estocade puisque les médecins volontaires pourront y avoir recours. Reste à savoir si ces volontaires se généraliseront sous la pression des patients qui pourraient choisir leur praticien selon qu’il pratique, ou non, le tiers-payant sur la part complémentaire. Il reste une carte à jouer pour les complémentaires.