Chronique : Après la course à la taille, Groupama doit tailler dans le gras

Louis-Christian de Baudus est le directeur de la rédaction de La Lettre de l’Assurance. Cette chronique a été publiée dans l’hebdo News Assurances Pro daté du 3 novembre.

Fin de règne pour Jean Azéma. Le directeur général de Groupama S.A. a finalement payé de son poste la situation « un peu tendue » dans laquelle évolue le groupe depuis plusieurs mois maintenant.

Si l’homme était apprécié, tant en interne où son éviction a été vécue comme un choc brutal qu’au sein d’une profession où il a su nouer de solides amitiés, elle n’en était pas moins pressentie – voire annoncée – par de nombreux observateurs.

Ironie du sort, ce fût déjà, en 2000, un coup de tonnerre qui permit à Jean Azéma d’accéder aux commandes de Groupama S.A.
Le mot d’ordre de cet ingénieur agricole de formation, qui aura passé 36 années à évoluer au sein du groupe mutualiste et de ses composantes, sera en fait assez simple : faire entrer Groupama dans le « Top 10 » de l’assurance en Europe.
Un moyen : une opération transformante. Un outil : l’introduction en bourse de Groupama S.A.
Une hérésie pour les tenants de l’identité mutualiste, mais l’assureur n’a jamais craint le mélange des genres : déjà, en 1998, le rachat du Gan avait suscité pas mal de commentaires…

Au final, Jean Azéma n’a pas atteint la grande ambition qu’il s’était fixée. Mais cela ne l’a pas empêché pour autant de radicalement changer la face du groupe qu’il dirigea pendant plus de dix ans. Et ce au prix d’une stratégie de développement agressive. A l’international, l’assureur fait ainsi preuve d’un appétit féroce. Une boulimie qui a pu, parfois, alimenter les sujets de conversations dans le petit monde de l’assurance, mais qui porte aujourd’hui à 30 % la part de l’étranger dans le C.A. global du groupe.

En France, Jean Azéma a assis Groupama sur des positions incontestables en intensifiant la présence du groupe, à grand coup de renforts médiatiques, sur tous les métiers et tous les canaux de distribution.

A l’envie de grossir à tout prix succède aujourd’hui la nécessité de tailler dans le « gras ».
L’éviction de Jean Azéma – dont on rapporte qu’elle s’est jouée d’une seule voix au conseil ! – est un premier signal fort de ce revirement.

Louis-Christian de Baudus