Anniversaire : Le réassureur helvétique Swiss Re célèbre 150 ans d’existence

Le groupe helvétique Swiss Re, le numéro deux mondial de la réassurance, souffle cette année la 150ème bougie d’une société façonnée par les drames et les catastrophes.

Connu notamment pour son gratte-ciel londonien, surnommé localement le gherkin (le cornichon), Swiss Re est aujourd’hui un groupe mondial qui pèse plus de 28 milliards de dollars en Bourse et emploie 11.193 personnes à travers le monde.

A ses débuts, en 1863, la société pouvait accueillir l’ensemble de ses collaborateurs dans un petit appartement de deux pièces au centre de Zurich.

Swiss Re est née sous l’impulsion de Moritz Grossmann, le patron de la société d’assurance Helvetia, à partir du constat que le système de l’assurance sous sa forme de l’époque était inefficace. Il s’associa alors à deux banques, dont Credit Suisse, pour créer une société qui proposerait un filet de sécurité aux assureurs. L’idée était de mutualiser les risques en transférant une partie des primes et des risques associés à cette entité, qui disposerait ainsi de réserves plus vastes et plus diversifiées.

Simple dans son énoncé, le principe supposait cependant la mise en oeuvre de systèmes complexes, qui n’ont cessé d’évoluer au fil du temps. “Un événement fondateur a été le grand incendie de San Francisco de 1906”, souligne Niels Haueter, l’historien de Swiss Re lors d’un entretien avec l’AFP.

En pleine expansion, la Californie avait été un véritable “eldorado” pour les assureurs. Mais les risques liés aux tremblements de terre avaient clairement été sous-estimés.
Bien que ceux-ci ne soient, déjà à l’époque, pas couverts, les secousses telluriques avaient endommagé les canalisations de la ville, empêchant les pompiers d’accéder à l’eau et d’enrayer l’incendie. “Pour le coup, il était souvent impossible de déterminer si une maison avait été détruite par le tremblement de terre ou par le feu”, rappelle Niels Haueter.

Si l’incendie laissa une lourde facture à Swiss Re, il allait donner un véritable essor au principe d’exclusion, devenu aujourd’hui une caractéristique classique des contrats d’assurance.

Le naufrage du Titanic allait également laisser une marque, montrant qu’avec le XXème siècle la taille des sinistres allait changer.
Le groupe allait franchir une nouvelle étape. La planche à billet avait tourné à plein régime pour financer la guerre au point que l’étalon-or fut suspendu en Allemagne.

L’hyper-inflation, et la volatilité des taux de changes qui en découla, devint un casse-tête pour les réassureurs, les contraignants à réévaluer constamment leurs taux pour disposer de réserves suffisantes.
Swiss Re changea alors radicalement sa façon de travailler. La société s’entoura d’économistes, investit l’argent directement dans les pays où les risques étaient couverts et, surtout, diversifia ses placements en actions.

Payante à ses débuts, cette stratégie montra pourtant rapidement ses limites avec la crise de 1929. “Swiss Re a alors dû passer les pires dépréciations d’actifs de son histoire. La société a été sauvée par l’étendue des réserves accumulées, mais elle a ainsi appris que les risques financiers étaient aussi importants que les sinistres”, explique Niels Haueter.

Après la seconde guerre mondiale, Swiss Re connut une phase d’expansion rapide, notamment grâce à l’assurance pour l’automobile et les grands projets d’infrastructures.

En 1965, l’ouragan Betsy, qui s’abattit sur les Bahamas, la Floride et la Louisiane, allait cependant marquer un nouveau tournant. Cette violente tempête fut la première à générer des dégâts supérieurs à un milliard de dollars. “Betsy a été un événement clef qui a montré que le secteur devait accorder davantage d’importance  aux catastrophes naturelles”, note Niels Haueter.
Celles-ci sont depuis devenues une activité de référence pour le réassureur, comme l’ont rappelé l’an dernier l’ouragan Sandy ou plus récemment les inondations en Europe Centrale.

Parmi les événements des dernières années, le plus marquant reste indéniablement les attentats du 11 septembre. Swiss Re a alors cumulé les coûts sur ses différentes lignes d’activités, au point que le groupe enregistra sa première perte depuis 1868.
Ces attentats ont transformé la couverture des risques liés au terrorisme, poussant plusieurs États à établir des programmes nationaux pour se poser en assureur du dernier ressort.

Au fil de ces événements, Swiss Re n’en a pas moins joué un rôle de stabilisateur pour les assureurs qui auraient été incapables de faire face à ces catastrophes sans son soutien. “Swiss Re est un réassureur très réputé “, souligne Vincent Brulhart, professeur aux universités de Lausanne et de Genève. “C’est précisément l’expérience et les compétences accumulées au fil des années, ainsi que son développement sur les marchés internationaux qui font de cette société un des fleurons de l’industrie suisse de l’assurance”,  ajoute-t-il.

Avec AFP