Avant : La continuité dans l’alternance
C’est le jour où l’on obtient ce que l’on veut que l’on comprend ce qu’on a perdu pour l’obtenir.
Cet aphorisme grinçant s’applique malheureusement à de nombreuses situations de notre vie. Je l’appliquerai ici au changement de paradigme du mode de gouvernement en France depuis quelques années.
On était peut-être un peu lassé, avant, de cette situation de domination temporaire alternée entre des gouvernements aux idées qui semblaient contraires. On avait l’impression que l’on était en permanence en train de faire et défaire.
Cependant on ne se rendait pas compte qu’en réalité une immense majorité des décisions avaient une forme de continuité. Nos yeux étaient braqués sur les mesures emblématiques des uns et des autres en négligeant leur volonté commune sur beaucoup de points d’essayer d’avoir une gestion cohérente de fond.
Nous avions en général une vraie volonté de limiter les déficits, d’éviter la mainmise excessive de l’État sur les finances de la nation pour ne pas décourager la création d’emploi et limiter le chômage.
Était-ce entièrement satisfaisant ? Non. Cependant les différents gouvernements depuis les années 80 avaient enfin obtenu de réduire le taux de chômage au 8ième niveau des préoccupations des français (https://www.ipsos.com/fr-fr/ce-qui-preoccupe-les-francais) alors que cela avait été le point d’angoisse de plusieurs générations depuis les années 80.
Tous ont essayé de réformer les retraites pour s’adapter au vieillissement de la population et sauver le futur de notre jeunesse.
Désormais : Immobilisme et incohérence
Tout cela a changé. Au début, ce n’était qu’un effritement des volontés politiques communes, des « frondes ». Ces frondes ont fini par prendre le dessus sur les unités et le paysage politique français s’est fracturé.
Chacun peut clamer son avis haut et fort. C’est ce qu’on a gagné. Qu’a-t-on perdu ? L’action politique responsable. Les seuls consensus que les assemblées trouvent sont les plus démagogiques et le gouvernement « gratte » sans cohérence et sans vision de long terme pour que tout ne s’effondre pas à court terme.
Pour nous autres assureurs, cela se ressent bien sûr, entre autres, dans la politique concernant l’assurance santé.
D’un côté il y a une volonté de voir disparaître les complémentaires santé ou de limiter fortement leur rôle et de confier une plus grande partie de ce rôle à la sécurité sociale (la fameuse « Grande sécu »).
Cela s’est illustré par les différentes législations de plus en plus normatives et contraignantes (ANI, 100% Santé) poussant à l’inflation des garanties et préparant la bascule de ces parties normées vers le régime obligatoire.
De l’autre, une volonté de désengagement de la sécurité sociale tout à fait contradictoire.
Vous pouvez ajouter à cela l’inflation des taxes et contributions diverses, associée à une pression démagogique et illusoire sur les assureurs pour limiter l’inflation des primes rendues inéluctables par les politiques publiques elles-mêmes.
En effet, en obligeant les complémentaires santé à rembourser les « tickets modérateurs », puis le 100% Santé et en obligeant les entreprises à souscrire à des complémentaires santé responsables, l’État a lui-même fait sauter les verrous de responsabilisation des patients par le reste à charge.
Une des dernières trouvailles (en proposition) est d’interdire les options de surcomplémentaire non responsables dans les contrats d’entreprise car elles seraient « inflationnistes » alors que la législation a introduit ces dernières années des tombereaux de réglementation infiniment plus inflationnistes.
Je ne fais pas ce que je dis, je ne dis pas ce que je fais
Alors pourquoi l’État pousse pour encore plus de désengagements de la sécurité sociale qui vont immédiatement impacter les assurés des complémentaires santé du fait même du contrat responsable qui oblige celles-ci à prendre en charge ce désengagement ?
Parce que ce ne sont pas les mêmes qui vont payer. La sécurité sociale est financée majoritairement par les travailleurs (les jeunes) alors que la charge des primes des complémentaires santé est proportionnellement beaucoup plus élevée pour les retraités.
L’État cherche discrètement à « compenser » son absence d’action sur la réforme des retraites en transférant de la charge des actifs vers les retraités via les complémentaires santé tout en dénigrant celles-ci.
C’est ça, le bateau ivre, je ne fais pas ce que je dis, je ne dis pas ce que je fais.
Winston Churchill déclarait : « La démocratie est le pire système de gouvernement, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l’histoire. ». Cela signifie qu’il est illusoire de blâmer nos gouvernants ou nos élus pour cette situation. C’est nous qui les avons placés là. C’est à chacun d’entre nous de faire en sorte de prendre conscience que le compromis et une certaine unité sont la voie pour redonner de la cohérence à l’action publique.
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