Chronique : L’Euro-croissance, effet d’annonce ou nouvelle offre d’épargne ?

Dans un contexte économique morose où les produits d’épargne – pourtant populaires – peinent à se développer et où le tissu économique local cherche de nouvelles sources d’investissement, proposer une nouvelle offre d’épargne peut s’avérer être une aubaine pour inverser la tendance. Mais à qui s’adresse ce nouveau produit ? Comment les assureurs peuvent-ils tirer leur épingle du jeu ?

Quels sont les avantages pour l’assureur à se lancer dans l’aventure ?

Nous assistons depuis 2008 à une décollecte des Unités de Compte au profit de l’euro : autrement dit, à une baisse de supports dégageant de la rentabilité versus une hausse de produits très consommateurs en fonds propres (exigences liées à la directive Solvabilité 2).
L’Euro-Croissance, avec son panachage euros/unités de compte, constitue pour l’assureur une opportunité de dynamiser la collecte en UC. Par ailleurs, compte tenu de la structure du produit avec un horizon de placement de minimum 8 ans, il pourra prendre le temps de constituer sa provision de diversification en se libérant des aléas conjoncturels des marchés. In fine, l’assureur peut tirer son épingle du jeu en augmentant sa part relative en unités de compte… à condition de trouver son segment de clientèle.

Et à qui pourrait s’adresser l’Euro-Croissance ?

Conjuguer une garantie en capital avec un potentiel de rendement supérieur d’environ 1% par rapport au fonds euros est une offre très attractive par les temps qui courent. La contrepartie est de bloquer son investissement pendant au moins 8 ans, ce qui peut freiner sensiblement l’engouement des épargnants, et notamment des plus modestes. Sur cette base, une approche retraite – et non forcément patrimoniale – est à privilégier car répondant au besoin d’investissement à horizon lointain tout en assurant un capital au terme.

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Dans ce cadre, ce produit Euro-Croissance n’aurait pas forcément sa place dans le paysage des supports proposés dans une Assurance Vie telle que nous la connaissons. En effet, investir son épargne à 80% sur de l’euro et 20% sur des unités de compte revient à se constituer son propre produit Euro-Croissance….sans blocage des fonds pendant minimum 8 ans pour bénéficier du rendement « prometteur » du produit.

A l’inverse, le produit Euro-Croissance est à proposer dans le cadre d’un contrat retraite de type Madelin, article 83 ou encore PERP. Ces produits, individuels ou collectifs, correspondent stricto sensu aux attentes des épargnants quadra et quinquagénaires désireux d’optimiser leurs capitaux et donc le montant de leur rente lors du départ à la retraite.
Ce produit Euro-Croissance, lancé en 2014, a certes bénéficié d’un effet d’annonce auprès de l’ensemble des épargnants. Mais pour transformer l’essai, charge maintenant aux assureurs de positionner l’Euro-Croissance comme un produit d’investissement en vue de la retraite. Ils devront par ailleurs former leurs réseaux pour faciliter la compréhension et donc la distribution de ce produit. Le régulateur se montrera en effet vigilant sur la démarche commerciale à adopter.

Matthieu Henry d’Aulnois
Manager chez SOLUCOM