Tribune : Des chaînes d’approvisionnement trop fragiles

Dans une optique de contrôle des coûts, fabricants et distributeurs ont optimisé leurs chaînes d’approvisionnement et tout misé sur une organisation en flux tendu. Résultat : des chaînes d’approvisionnement très efficaces, mais extrêmement vulnérables, à l’image d’une voiture de rallye sans pneus de rechange.

Incendie, tempête, faillite, coup d’Etat : un événement inattendu touchant le site d’un fournisseur pourrait amener une chaîne d’approvisionnement déjà fragile à son point de rupture et perturber fortement une entreprise pourtant considérée comme performante. Affaiblie, elle deviendrait alors la proie des sociétés concurrentes qui se sont donné les moyens d’être résilientes.

Prenons l’exemple des inondations qui ont dévasté la Thaïlande en 2011. Alors que ces circonstances exceptionnelles ont contraint les fabricants de disques durs à interrompre la production, Seagate a su tirer son épingle du jeu en continuant à approvisionner ses clients. Bilan : une augmentation de 36 % de son chiffre d’affaires en fin d’exercice et une position de leader sur le marché du disque dur. Blâmant ces inondations, du moins partiellement, le groupe Toshiba, concurrent de Seagate, a dû se résoudre à revoir brutalement à la baisse ses perspectives annuelles de profit.

Autres facteurs de fragilité des chaînes d’approvisionnement : de mauvaises conditions de travail, l’absence de formation du personnel et la réduction des budgets consacrés à la gestion des risques – souvent au détriment de vies humaines, comme au Bangladesh où une usine textile s’est effondrée en 2013. Un drame qui a conduit les entreprises à mettre davantage l’accent sur la sécurité et le respect des codes de construction.

La bonne santé d’une société ne la protège pas des vulnérabilités de sa chaîne d’approvisionnement. Et lorsqu’une chaîne d’approvisionnement est interrompue, les clients ne sont plus approvisionnés, les marques voient leur image ternie et les bénéfices fondent.

La solution

Il apparaît crucial de corriger ces facteurs de fragilité, mais comment procéder ? En faisant le choix de la résilience. Si une chaîne d’approvisionnement est résiliente, toute interruption d’activité qui l’affecte sera de courte durée et aura un faible impact sur les opérations. C’est donc en misant sur la résilience qu’une société sera prête à faire face à un événement inattendu et à s’approprier les parts de marché de ses concurrents, à l’image de Seagate lors des inondations en Thaïlande.
La résilience est un voyage au long cours qui commence par la prise en compte de ses quatre facteurs constitutifs : flexibilité, transparence, responsabilité éthique et robustesse.

Flexibilité

Dans son ouvrage « The Resilient Enterprise », Yossi Sheffi, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), explique que la standardisation est une composante essentielle de la flexibilité d’une entreprise. Des processus de production et de développement de produits standardisés permettent en effet de simplifier au maximum un éventuel changement de fournisseur ou le transfert d’un employé sur un nouveau site ou sa nomination à un nouveau poste. La formation croisée ou cross-training, qui permet de combler immédiatement des postes vacants avec du personnel formé, renforce également la flexibilité d’une entreprise.

Transparence

Lorsqu’une chaîne d’interruption est interrompue, chacun de ses maillons doit savoir ce qui s’est passé et pourquoi. Plus ces informations sont faciles d’accès, plus les différents acteurs pourront réagir efficacement en modifiant des itinéraires, en replanifiant des livraisons ou en mettant en œuvre toute autre mesure destinée à limiter la durée de l’interruption. Une visibilité globale sur toute la chaîne d’approvisionnement est également un aspect essentiel de la transparence. Une entreprise doit ainsi non seulement connaître les vulnérabilités de ses fournisseurs principaux mais aussi celles des fournisseurs de ses fournisseurs.

Comme c’est le cas pour bien d’autres facteurs de succès d’une société, la résilience réelle d’une entreprise correspond à celle du maillon le moins résilient de sa chaîne d’approvisionnement. C’est pourquoi il est essentiel d’évaluer la solidité des fournisseurs externes qui opèrent dans une région donnée ou un secteur d’activité spécifique.

Responsabilité éthique

Difficile à quantifier, la responsabilité éthique est pourtant une composante clé de la résilience globale d’une chaîne d’approvisionnement, notamment parce qu’elle a un impact sur les trois autres facteurs de résilience. En l’absence d’une culture éthique forte, une entreprise aura en effet des difficultés à promouvoir une politique de communication axée sur la transparence, la flexibilité et la robustesse de sa chaîne d’approvisionnement. En matière de coûts, une vision à court terme, qui conduit à des investissements insuffisants en termes de protection contre les catastrophes naturelles ou de lutte contre la corruption, fragilise les chaînes d’approvisionnement. Les entreprises les plus performantes sont celles qui ont su renforcer leur politique de responsabilité éthique grâce à un discours et des dispositifs cohérents. Leur but : éviter que la réalisation de leurs objectifs commerciaux ne donne lieu à des comportements contraires à l’éthique et s’assurer que ce type de comportement soit signalé immédiatement, le cas échéant.

Robustesse

Une chaîne d’approvisionnement ne peut pas être résiliente si elle n’est pas robuste. Des infrastructures de transport bien entretenues, des économies résistantes aux turbulences ou encore des protections contre les tempêtes, les incendies et les tremblements de terre sont autant de paramètres qui contribuent à la robustesse d’une chaîne d’approvisionnement. Pour les cadres dirigeants, l’enjeu est de bien choisir l’implantation de leurs bureaux, usines et plateformes de distribution en tenant compte de ces différents facteurs, ainsi que d’autres éléments susceptibles d’avoir un impact sur la qualité des chaînes d’approvisionnement dans chaque pays où elles sont implantées.

Pour prendre des décisions éclairées qui lui permettront de renforcer la robustesse de sa chaîne d’approvisionnement, une entreprise doit rassembler une multitude de données et avoir une bonne connaissance du terrain. Depuis près de deux cents ans, FM Global, l’un des leaders mondiaux de l’assurance dommages, met ses ressources scientifiques et son expertise technique au service de ses sociétaires. Dans la continuité de cette approche, la Compagnie s’est donné pour objectif d’aider les cadres dirigeants à identifier les risques liés à leur chaîne d’approvisionnement à l’échelle mondiale.
Plus d’une année de travail a été nécessaire pour compiler des données chiffrées fiables sur la résilience dans près de 130 pays. Cette démarche a abouti à la création de l’indice de résilience FM Global, un outil interactif en ligne unique au monde qui permet à ses utilisateurs d’analyser et d’évaluer les pays en termes de résilience des entreprises en cas d’interruption de leur chaîne d’approvisionnement. L’objectif est d’aider les chefs d’entreprise à créer des chaînes d’approvisionnement plus résilientes ou à renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement existantes.

Ce classement annuel pays par pays est établi sur la base de neuf vecteurs distincts considérés comme les indicateurs les plus pertinents en termes de résilience des entreprises en cas d’interruption de leur chaîne d’approvisionnement. Ces neuf vecteurs sont regroupés en trois facteurs clés de résilience : économie, qualité du risque (exposition aux risques naturels, par exemple) et chaîne d’approvisionnement (infrastructures d’une région, par exemple). L’indice de résilience a toute sa place dans la palette d’outils dont disposent les décideurs pour renforcer la robustesse et la résilience de leur chaîne d’approvisionnement.

De petits investissements pour optimiser la résilience de la chaîne d’approvisionnement amélioreront considérablement la continuité des activités d’une entreprise et ses performances. La question n’est pas de choisir entre efficacité et résilience. Car il est possible, au prix d’une réflexion poussée et de mesures adéquates, d’être en flux tendu sans être fragile. Quel pilote se lancerait dans une course sans une réserve suffisante de pneus de rechange ? La vulnérabilité n’est pas une fatalité, et la résilience est son propre retour sur investissement.

par Jonathan W. Hall, directeur opérationnel de FM Global

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