3 questions à Martin CORIAT, Directeur Général – LE LYNX

Martin Coriat, LeLynx.fr

Edito – Newsletter Février 2018

Depuis les années 90, la Grande-Bretagne fait l’objet d’une attention particulière car elle est régulièrement en avance d’une rame en matière de révolution du monde assurantiel : FSA, phone-marketing, comparateurs, tarification comportementale, rémunération du courtage sur honoraires, etc.
Après plusieurs années à diriger Confused –  maison-mère du Lynx – comment analysez-vous les deux marchés, britannique et français ?

Q : Quelles sont les grandes caractéristiques qui distinguent la Grande Bretagne du marché français ?

M.C. : Les différences sont nombreuses et aussi paradoxal que cela puisse paraître venant de moi, je dirais que parfois comparaison n’est pas raison.

Ce qui m’a frappé en commençant à travailler sur le marché britannique concerne tout d’abord la distribution d’assurance, bien différente du marché français : peu de mutuelles, une part limitée des bancassureurs et une absence de réseaux d’agents généraux. En revanche, un marché historiquement de courtage où les courtiers jouent encore un rôle significatif et une envolée des assureurs directs depuis les années 90, notamment sur le marché des particuliers où ils dominent largement la distribution. Bref un autre monde.

La deuxième différence vient de la cyclicité du marché britannique notamment sur le marché du particulier qui voit les primes moyennes fluctuer de parfois 30% d’une année sur l’autre.  Ces variations de prix expliquent en partie la fluidité du marché et l’habitude qu’ont pris les consommateurs de changer régulièrement d’assureur.

Enfin, le système de gestion des sinistres avec de multiples intervenants est source de coûts et de complexité pour le consommateur comme pour l’assureur et l’on redécouvre l’avantage des conventions de place telles qu’elles existent en France.

Je pourrais continuer longtemps cette liste et y ajouter l’usage de la data et des nouvelles technologies, le rôle et le pouvoir du régulateur sur la conduite des affaires et évidemment le rôle clé joué par les comparateurs. En tous cas ces principales caractéristiques du marché anglais le rendent passionnant, unique mais aussi particulièrement concurrentiel pour les opérateurs.

Q : Quelles sont aujourd’hui les grandes (r)évolutions de ce marché ?

M.C. : Le marché britannique fourmille d’innovations,  aidé par la dynamique et les sommes d’argent investies dans les Fintechs et Insurtechs. Parmi ces innovations, certaines s’éteindront et d’autres ont vocation à transformer plus ou moins en profondeur le marché. Dans cette dernière catégorie, je listerais notamment l’usage en temps réel des données. En effet les assureurs britanniques modifient désormais leurs primes instantanément pour des raisons de souscription, de lutte contre la fraude, voire opérationnelles. Il est maintenant de plus en plus courant que les prix changent plusieurs fois par heure et varient en fonction du comportement de l’assuré notamment sur Internet. Il faut également noter que l’accès à des bases de données partagées et fiables tant sur les véhicules, les comportements ou les assurés facilite cette approche statistique. Nous sommes malheureusement encore loin de cette qualité et quantité d’information disponible pour les opérateurs français.

Q : Quelles tendances du marché UK sont-elles susceptibles d’atteindre le continent ?

M.C. : Cette question est difficile tant le comportement des consommateurs, la structure des acteurs et l’histoire des deux marchés d’assurances diffèrent. Néanmoins, on peut voir que l’usage des données externes comme celles venant des véhicules, des sites Internet ou du comportement des assurés prendra un rôle de plus en plus important et mènera à une segmentation beaucoup plus fine des méthodes de pricing. A la clé plus de disparités de prix pour les assurés, des gagnants et des perdants mais on peut penser que ceux qui travaillent déjà sur ce nouveau type de données auront un coup d’avance à jouer. Chez LeLynx, nous avons vu que les assureurs s’intéressent de plus en plus aux données collectées ce qui renforce l’idée que des changements d’approche sont en cours…

Martin CORIAT, Directeur Général – LE LYNX