Tribune / Avis d’expert : Valoriser un système d’information décisionnel dans l’assurance en tirant partie de Solvency 2

Par Nathalie Mostowski, Directrice Associée du Cabinet de Conseil ORESYS

Dans le monde des assurances, quatre thèmes récurrents font l’objet d’une attention particulière de la part des dirigeants, compte tenu de la complexité et de l’étendue des données à interpréter : le suivi des engagements et des risques par rapport aux questions de solvabilité, l’analyse des portefeuilles, la performance commerciale des produits et des réseaux, l’optimisation des coûts et des processus.

Couvrir ces besoins réclame une vision intégrée sur les données de l’entreprise, avec la possibilité de « croiser » les informations entre ses métiers, l’assurance de manipuler des données fiables, la capacité d’analyser le passé et de se projeter dans l’avenir.

La directive européenne Solvency 2 justifie à elle seule une approche décisionnelle de nature à constituer des centres de données fiables et des tableaux de bords de pilotage qui vont non seulement contribuer à ses exigences, mais aussi constituer un levier pour la performance des assureurs.

Des infrastructures cloisonnées

Or, la plupart des infrastructures existantes dites décisionnelles présentent des limites en termes de couverture des besoins, de performance et d’évolutivité. Elles répondent surtout à des besoins de reporting, suivi opérationnel et de production. Généralement le fruit d’initiatives par métier, elles sont cloisonnées, sans prise en compte des besoins de coordination d’ensemble. L’approche est souvent guidée par les outils et les solutions techniques. Enfin, les utilisateurs sont inondés d’indicateurs et ces derniers ne sont pas toujours pertinents.

Quelles sont alors les pistes à explorer pour valoriser le capital de données des systèmes d’information des sociétés d’assurance de manière à concevoir un outil d’aide à la décision cohérent et évolutif, tant sur le plan opérationnel que stratégique, offrant une vision globale et partagée de l’entreprise.

La plus importante concerne l’étude de conception du Système d’Information Décisionnelle (SID). Elle permet d’avoir une vision globale des besoins de pilotage pour cadrer la solution cible à mettre en œuvre (aspects fonctionnels / technique / organisation), avec en priorité une approche métier.

Démarche de cadrage

La démarche intègre plusieurs cadrages clés, dont le cadrage fonctionnel, avec l’identification des sujets de préoccupation métiers qui contribuent aux enjeux des dirigeants (assurer le développement rentable, répondre aux exigences réglementaires, fidéliser ses clients…).

Le cadrage fonctionnel est réalisé en interrogeant Directeurs et Responsables de services. Il faut ainsi identifir une dizaine de sujets de pilotage -toujours déclinés spécifiquement au contexte de l’entreprise – tels que la vision globale et partagée du portefeuille, le suivi des canaux de vente, le pilotage de la rentabilité des contrats et des offres, l’analyse de la performance des offres sur le marché, la relation clients « à 360 degrés », l’exploitation du potentiel des clients et prospects, le pilotage des risques par nature, l’amélioration des processus de gestion.

Le point fort de la méthode n’est pas d’établir la liste exhaustive des indicateurs mais d’en relever un échantillon représentatif pour illustrer le sujet et comprendre les besoins de croisement d’informations permettant de modéliser le SID.

En effet, dans les métiers de l’assurance, produire les bons indicateurs et répondre aux besoins de simulations et de prévision suppose une modélisation dimensionnelle élaborée. Elle assure la qualité de la réponse au besoin d’analyse, conditionne son niveau de performance et favorise son évolutivité. Passer de la « base de données » à un système de pilotage moderne va réellement produire un outil d’aide à la décision et d’anticipation efficient. Les expériences que nous avons menées en la matière ont permis des prises de décisions stratégiques, grâce à une visibilité accrue, par exemple sur la rentabilité des produits par rapport aux profils des clients, ou sur les ressources mises en œuvre par types de sinistres.

En somme, la démarche globale permet de conjuguer exigences réglementaires dictées par Solvency 2 avec pilotage par anticipation et performance économique. D’un côté, on bénéficie d’un puissant levier de performance, de l’autre, on estompe la question du seul besoin de transparence.